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Les Maîtres de la Fantasy #1 : Terry Pratchett

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ChroniquesLe 17 Sep
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Au moment de démarrer cette toute nouvelle rubrique, qui reviendra toutes les trois semaines (entre-temps, préparez-vous à quelques surprises) pour vous présenter un de ceux qui ont eu une grande influence sur la Fantasy, nous nous sommes posé la question de savoir qui serait à même d'ouvrir le bal. Notre nature enjouée nous a poussé à choisir celui pour qui la fantasy est un lieu d'humour et de légèreté (apparente, on y reviendra), l'auteur britannique contemporain qui vend le plus de romans derrière J.K. Rowling : le grand, l'immense Terry Pratchett !

Nous tenons à particulièrement remercier l'aide apportée par Pierre Michaut, éditeur de Terry Pratchett en France avec sa maison d'édition L'Atalante, ainsi que son traducteur Patrick Couton, qui reste celui qui a été le plus intime avec les écrits du romancier.



Sir Terence David John Pratchett (son nom complet, on comprend le choix d'un nom de plume) est né en 1948 dans le Beaconsfield. De cet endroit, et du Somerset où il vivra pendant son adolescence, il en tirera ce côté assez gentleman-farmer, l'humour absurde et le goût des bonnes choses. 
Très tôt, il se découvre une passion dévorante pour l'astronomie, passant des heures à scruter les étoiles de son télescope. Pas assez bon en maths (selon ses dires), il se dirige vers la littérature de science-fiction et dévore les romans de H.G. Wells et Arthur Conan Doyle tout en arpentant les différentes conventions de SF à sa portée.
Il n'attendra pas bien longtemps pour se lancer lui-même dans l'écriture et publie dans le magazine de son école sa première nouvelle à seulement treize ans. Cette nouvelle, The Hades Business, sera même publiée commercialement deux ans plus tard. Déjà son penchant rebelle se fait ressentir quand, à dix-sept ans, il décide de trouver un travail pendant ses études et de devenir journaliste. Il est embauché au journal local où il écrit des histoires pour enfants sous le pseudonyme d'Uncle Jim. Il achève ses études sur ses jours de repos et obtient son diplôme.

L'un des épisodes de ces histoires pour enfants est une ébauche de ce qui deviendra plus tard Le Peuple du Tapis, son premier roman. Mais c'est sa rencontre à l'occasion d'une interview avec Peter Bander Van Duren, codirecteur de Colin Smythe Limited (une maison d'édition), qui va être déterminante. En effet, lui présentant Le Peuple du Tapis, Van Duren accepte de le publier en 1971. Ce roman destiné aux plus jeunes crée déjà un monde entier avec ses us et coutumes, mais dans le monde microscopique d'un tapis ! L'auteur y fait d'ailleurs lui-même ses illustrations.
Bien qu'ayant reçu peu de visibilité, ce premier travail l'encourage et il écrit deux romans de science-fiction. Parallèlement, il accepte un poste de relations publiques pour le bureau pour l'énergie dans une région qui compte plusieurs centrales nucléaires. Quelques mois plus tôt avaient eu lieu l'accident nucléaire de Three Mile Island, qui avait développé dans la population une véritable phobie des centrales nucléaires à l'époque, à croire que l'écrivain aime les défis.



Quelques années plus tard, en 1983, il écrit le roman qui lui fera rencontrer le succès, La Huitième Couleur, le premier volet de son impressionnante saga du Disque-Monde. Ce livre ainsi que le suivant, Le Huitième Sortilège, vont poser les jalons de cette série. On comprend vite que le désir de Terry Pratchett est de parodier la fantasy, d'y apporter une touche d'humour absurde. Même si à ses débuts, il ne se lâche pas autant que par la suite où sa filiation aux Monty Python sera plus qu'indéniable. Reste que les grandes lignes de son récit sont là et devant le succès grandissant de son œuvre, il quitte son travail alimentaire juste après la sortie du quatrième tome, Mortimer.
C'est d'ailleurs à partir de ce tome que l'une des autres grandes marques de la saga du Disque-Monde va faire son apparition. Celle de traiter d'un sujet qui sort du champ strict de la fantasy, ici la Mort. Ce sont souvent des sujets qui sont abordés dans un angle de vue contemporain que Pratchett va traiter avec sa vision humaniste. Il commence alors à s'inscrire dans la lignée des moralistes, qu'il ne faut en aucun cas confondre avec les moralisateurs.
À la manière des contes philosophiques que l'on retrouvait au siècle des Lumières, pas seulement en France, son histoire sert à traiter de problématiques qui secouent le quotidien de ses contemporains. Mais là où les auteurs du dix-huitième siècle mettaient en avant la réflexion, Pratchett préfère s'appuyer d'abord sur le récit et faire de la réflexion un second niveau de lecture. Ainsi, tous ces ouvrages suivants soulèveront au mois un sujet de discussion.

Il va d'ailleurs se diversifier et ne pas s'intéresser seulement aux questionnement sur les grandes questions philosophiques et aborder tout un panel de sujets. De cette manière, on retrouve en 1988 dans son roman Trois Sœurcières son hommage à Shakespeare, où il fait clairement référence aux sorcières de Macbeth. L'année suivante, avec Pyramides, c'est son amour des civilisations antiques qu'il dévoile, tout en taclant ceux qui restent enfermés dans leurs traditions.
Malgré une véritable frénésie littéraire, il ne reste pas chez lui bloqué, et s'ouvre volontiers à des collaborations, dont une notable avec un autre grand écrivain qu'il avait rencontré alors qu'il était journaliste et qu'il l'interviewait, Neil Gaiman. Ensemble, ils vont écrire De Bons Présages, une réécriture parodique de l'Apocalypse où un ange et un démon s'associent car il se contentent très bien du statu quo qui existait avant l'arrivée du fils de Satan.
Dans sa production impressionnante, il passe de thèmes plutôt sérieux, comme dans Les Petits Dieux, où il livre une réflexion sur les religions monothéistes, la philosophie et le détournement du progrès à des fins militaires, à des sujets plus légers comme le Rock dans Accros du Roc. D'ailleurs, Le Père Porcher met l'accent sur la littérature enfantine, genre qu'il n'abandonnera jamais et qu'il introduira même dans son Disque-Monde en 2001 avec Le Fabuleux Maurice et ses Rongeurs Savants.



D'ailleurs, la littérature enfantine n'est pas le seul encart qu'il fait à sa série des romans du Disque-Monde, puisqu'il va aussi dès 1999 s'intéresser à la vulgarisation scientifique avec La Science du Disque-Monde qu'il coécrit avec les scientifiques Ian Stewart et Jack Cohen où il s'appuie sur son univers fictif pour expliquer de grands points comme la création de la Terre ou l'évolution des espèces.
C'est à partir de cette période, alors qu'une étude le place comme deuxième plus gros auteur britannique en terme de ventes, qu'il va multiplier les ouvrages annexes qui ouvrent de nouvelles portes sur son univers, comme plusieurs Vade-Mecum, des livres sur l'Art, la cuisine ou même des cartes diverses et variées de lieux que l'on retrouve dans ses romans. Petit à petit, il bâti un univers cohérent et d'une richesse rarement égalée.
Il réagit aussi à la littérature contemporaine, ne regardant pas qu'en arrière, il commente régulièrement ce qu'il se fait et participe à de nombreuses conventions. Il va d'ailleurs en 2005, dans Jeu de Nains, revenir sur le bestseller Da Vinci Code et traiter du conspirationnisme tellement à la mode et qu'il voit comme une forme évoluée de paranoïa.

En 2007, on lui diagnostique une forme précoce de la maladie d'Alzheimer. Mais Terry Pratchett va prendre cette information avec son optimisme habituel en affirmant que ce n'est alors qu'un obstacle à son travail et qu'il ne s'arrêtera pas d'écrire pour autant. Il continue donc et sort Nation en 2008, un roman hors du cycle du Disque-Monde qui prend position dans un monde uchronique et qui demeure à ce jour l'un des ouvrages les plus philosophiques de l'auteur.
La même année, il est anobli et devient donc Chevalier. Il plaisante dessus en disant que c'est le rêve de tout auteur de fantasy tout en se disant ravi de cette distinction. Son état se dégradant, il va être plus impliqué sur la question de l'euthanasie, essayant de faire bouger les mentalités sur ce sujet, à travers une conférence tout d'abord, puis dans un documentaire largement diffusé par la BBC deux jours après qu'il ait annoncé qu'il avait entamé une procédure de suicide assisté. Il profite de la tribune offerte par sa notoriété pour aborder le sujet, toujours avec son optimisme habituel, dédramatisant la prise de position.
Comme il l'avait annoncé, il ne s'arrête pas pour autant d'écrire et entame même une nouvelle série d'ouvrages en collaboration avec Stephen Baxter, un auteur adepte de la hard science-fiction, avec qui il sort en 2012 La Longue Terre. Il écrit aussi un autre roman hors du Disque-Monde, Roublard, qui sort en octobre chez L'Atalante et qui est une exploration de l'univers de Charles Dickens. Il n'en délaisse pas pour autant sa célèbre saga et s'apprête à sortir Raising Steam, qui traitera des chemins du fer de son univers fictif.



Ce roman est d'ailleurs le premier à s'inscrire dans une série de dix ouvrages, un contrat qu'il vient tout juste de signer et qui démontre que sa maladie ne sera pas un frein à une créativité toujours aussi bouillonnante après plus de trente ans à écrire des ouvrages qui ont su habilement mêler un humour dans la plus pure tradition britannique et une réflexion humaniste et moraliste, toujours en train de regarder le monde avec un œil critique mais jamais condescendant. La marque des très grands, à n'en pas douter.

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