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Les maîtres de la Science-Fiction #2 : Jules Verne

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ChroniquesLe 03 Dec
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Écrivain de génie et contemporain des plus grands, Jules Verne est un véritable trésor national. Aussi secret que passionnant et plein de contradictions, l'auteur Nantais reste aujourd'hui le second auteur le plus traduit en langue étrangère dans le monde, derrière Agatha Christie.

Prospectiviste de génie (prévoir le voyage sur la lune, imaginer les sous-marins, avant que tout ne devienne réel quelques dizaines d'années plus tard), amoureux d'Edgar Allan Poe et du fantastique, idole de Vladimir Poutine, poète chanteur écrivain inventeur [...] ; Jules Verne est l'une des très grandes figures de l'imaginaire à la Française, et à la Nantaise. Il est aussi un homme tourmenté, extrêmement complexe et terriblement ancré dans son époque, avec tout ce que cela comporte. Tour d'horizon d'une vie plus extraordinaire encore que ses voyages.

"Une vie d'aventure pour un franc par jour."

Né dans la magnifique ville de Nantes du côté de l'île Feydeau en 1828 d'un père juriste et d'une mère descendante d'armateurs Écossais, Jules Verne connait une enfance calme et studieuse en Loire-Atlantique. Envoyé en pensionnat à l'âge de 6 ans, il fera ensuite ses classes au très élitiste collège Saint-Stanislas, poussé par son père à réussir de brillantes études. La légende veut que, lassé de cette éducation morose et poussé par l'aventure, le jeune Jules se soit embarqué sur un long courrier en direction des Indes pour rapporter un collier à sa belle, avant que son père ne le rattrape in extremis du côté de Paimboeuf.

Épris de sa cousine Caroline Tronson ("la femme au collier"), Jules Verne fera très tôt l'expérience d'une déception amoureuse traumatisante. Cette dernière est destinée à se marier avec un autre homme, et fou de rage, Jules Verne est envoyé à Paris en 1847 par son père pour l'éloigner de son amour brûlant. L'auteur connaîtra ce schéma à plusieurs reprises au cours de sa vie, expliquant le grand nombre de personnages féminins mariés de force au sein de son oeuvre. 

Il connaîtra par la suite un Paris violent, en proie à la révolution et racontera à sa mère son expérience, toujours par lettre :

« Je vois que vous avez toujours des craintes en province ; vous avez beaucoup plus peur que nous n'avons à Paris... J'ai parcouru les divers points de l'émeute, rues St-Jacques, St-Martin, St-Antoine, le petit pont, la belle Jardinière ; j'ai vu les maisons criblées de balles et trouées de boulets. Dans la longueur de ces rues, on peut suivre la trace des boulets qui brisaient et écorniflaient balcons, enseignes, corniches sur leur passage ; c'est un spectacle affreux, et qui néanmoins rend encore plus incompréhensibles ces assauts dans les rues ! ».  

Il développera alors une passion sans bornes pour les écrits de Victor Hugo, son contemporain, au point de se vanter de pouvoir réciter chacune des pages de Notre Dame de Paris de tête. C'est d'ailleurs l'écrivain natif de Besançon qui lui donnera vraiment le goût de l'écriture, qu'il abordera dans un premier temps par de courtes nouvelles et quelques scénettes amenées à devenir des pièces de théâtre.

 

À 22 ans, par l'entremise de du chevalier d'Arpentigny, Jules Verne fera la connaissance d'Alexandre Dumas, à qui il proposera une pièce, qu'ils corrigeront ensemble avant de finalement la mettre en scène. Ce sont là ses véritables débuts d'auteur, et c'est peu dire que le Nantais n'est pas prêt de s'arrêter...

S'en suit alors un combat avec son père, qui veut faire du néo-Parisien un avoué, tandis que Verne se défend auprès de sa mère de ses capacités à bien écrire, mais de son manque total d'aptitude au métier d'avocat :

"Je puis faire un bon littérateur, et ne serais qu'un mauvais avocat, ne voyant dans toutes choses que le côté comique et la forme artistique, et ne prenant pas la réalité sérieuse des objets."

Jusqu'à 1859 et un voyage en Angleterre qui le changera à jamais, Jules Verne exerce donc son métier sans difficultés apparentes (en dehors de sa propension avouée à être hypocondriaque), solidement ancré dans le monde du Théâtre et dans son cercle d'amis de la haute société. La légende veut que c'est à cette époque qu'il rejoint les Francs-Maçons, et qu'il aurait par la suite participé à la création d'une société secrète dont on ne sait que très peu de choses encore aujourd'hui : les polaires. 

Lecteur assidu, il va hanter les couloirs de la bibliothèque de France en quête d'enseignements scientifiques, avant de se lier d'amitié avec un personnage pas comme les autres : Jacques Arago. Grand voyageur (ce que n'était pas Jules Verne, malgré sa faculté à raconter l'autre bout du monde avec une précision déconcertante, à l'image de Lovecraft), Arago poursuivit ses aventures jusqu'à la fin de sa vie, malgré sa cécité. C'est lui qui donnera l'impulsion aventurière qui manquait à Jules Verne, et c'est Edgar Allan Poe, à travers les traductions de Charles Baudelaire (excusez du peu), qui finira d'achever la destinée de l'auteur. Toujours plus secret, l'homme entretiendra à cette époque une relation compliquée avec Estelle Duschesne, alors qu'il est marié avec Honorine du Fraysne de Viane, la seule femme à avoir trouvé le chemin de son coeur. C'est alors une période plus difficile pour l'auteur, qui peine à boucler les fins de mois, que l'on soupçonne de tromper sa femme et qui s'ennuie de celle qu'il aimait autrefois. Certains Verniens vont même jusqu'à avancer que Marie Duschene, fille d'Estelle et de son mari Charles, pourrait être en réalité  la fille de Jules Verne. 

"Ce qu'un homme imagine, un autre peut le réaliser."

Mais revenons à l'écriture et à la période faste que s'apprête à connaître l'auteur. C'est en 1962 qu'il rencontre Pierre-Jules Hetzel, appelé à devenir son plus fidèle camarade puisqu'il est celui qui lui fera signer un contrat d'édition courant sur les 20 ans à venir. C'est Hetzel qui publiera la majorité de ses chefs d'oeuvre, jusqu'à sa mort en 1886. Les deux hommes connaitront un âge d'or, où les éditions magnifiques de Pierre-Jules rentreront parfaitement en accord avec les écrits révolutionnaires de Verne. Il y publiera la totalité de ses voyages extraordinaires, comprenant les classiques vous connaissez tous, tels que Cinq Semaines en ballon (son premier roman), 20 000 lieues sous les mers, De la Terre à la Lune, Le tour du monde en 80 jours et j'en passe (une bonne trentaine). 

C'est à cette période que l'on peut parler d'apogée pour l'auteur, qui parviendra à digérer une quantité phénoménale d'influences, sa passion pour les machines et les prémices de la révolution industrielle, son talent de prospectiviste et son amour de l'imagerie du voyage. Il sera d'ailleurs le premier auteur véritablement illustré (même si cette paternité se discute presque jusqu'à Gutenberg et les autres grands noms de l'histoire de l'imprimerie), grâce aux efforts de son compère et ami Hetzel. C'est avec cette collection que l'on commencera à parler de romans encyclopédiques et que l'auteur sera enseigné et offert aux plus jeunes pour les cultiver sur le monde qui les entoure.

Particulièrement riche à cette époque, Jules Verne va aller jusqu'à s'offrir un bateau colossal pour assouvir sa passion de navigateur, et donnera des fêtes fastueuses sur Amiens, sa nouvelle demeure. Sa vie sera alors un long fleuve tranquille, et l'auteur entreprendra même une gigantesque croisière autour de la méditerranée en compagnie de Pierre Verne, dont il recherchera la reconnaissance par tous les moyens. C'est en 1886 que sa vie bascule, alors que ses tentatives répétées pour intégrer l'académie Française échouent les unes après les autres, malgré l'appui de son ami de toujours Alexandre Dumas. Il est contraint de vendre une partie de son patrimoine, dont son navire, pour rembourser les dettes de son rebelle de fils. La même année, il se fait tirer dessus par son neveu, Gaston, qui le blessera gravement à la jambe et qui sera ensuite condamné à la prison jusqu'en 1938, date de sa mort.

L'année suivante, sa mère, avec qui il entretient une relation ô combien particulière, décède et Verne ne peut se rendre à ses funérailles à cause de sa jambe blessée. Devenu sédentaire malgré lui, il deviendra alors très impliqué par la vie de la ville d'Amiens, dont il intègre le conseil municipal sur une liste de Gauche modérée. C'est d'ailleurs lui qui va se battre contre vents et marées pour que le cirque municipal puisse finalement exister. C'est une épreuve clé dans sa vie, puisque c'est au travers de ce combat qu'il reprendra goût à celle-ci, malgré les décès répétés de ses proches entre 1885 et 1890. Atteint de diabète, il terminera sa vie épuisé, mais toujours concerné par l'écriture, et particulièrement par l'esperanto, langue universelle et utopique qu'il défendra corps et âme auprès des institutions les plus établies de France. Il s'éteint le 24 Mars 1905, des suites d'une énième crise de diabète. Il laisse derrière lui un héritage colossal en termes d'imaginaire, de théâtre, de chansons et de poésie, ainsi qu'un nombre conséquent de manuscrits qui seront publiés de manière posthume, afin de respecter le rythme de publication classique de l'auteur, d'un à deux romans par ans. 

Voyage au centre de la polémique.

(Re)connu pour ses oeuvres majeures et fondatrices dans le domaine de la science-fiction, Jules Verne a pourtant versé dans d'autres courants littéraires tout au long de sa vie, particulièrement avant de découvrir Edgar Allan Poe. Ainsi, déçu par de nombreux échecs amoureux, il écrira un nombre colossal de lettres à sa mère (avec qui il entretiendra une relation épistolaire pendant de très longues années) où, dans un état d'ébriété avancé, l'auteur fait preuve de rancoeur, de violence et de désintérêt profond pour l'ordre établi.
Scénariste de génie, il mettra également en scène un nombre non négligeable de pièces de théâtres, il écrira des recueils de chansons aux sous-entendus grivois à peine dissimulés, des nouvelles bien loin de l'univers pour lequel on le célèbre aujourd'hui et bien d'autres essais littéraires en tout genre.

Mais la véritable polémique n'interviendra que très tard dans sa vie, alors qu'on aurait pu l'imaginer assagi, rangé et loin des considérations politiques de l'époque. Anti-dreyfusard assumé, Jules Verne est surtout décrié pour son antisémitisme parfois primaire, qu'il faut bien mettre en relief avec les moeurs de l'époque. Ainsi, dans son roman Hector Servadac, l'auteur écrit ces lignes : 

"Petit, malingre (...) le nez busqué, la barbiche jaunâtre (...), les pieds grands, les mains longues et crochues (...), il offrait ce type si commun du juif allemand, reconnaissable entre tous".

Évidemment, il est impossible de juger un auteur du 19ème siècle à travers le prisme de notre société actuelle, et même Emile Zola (pourtant défenseur de Dreyfus) s'est hasardé à de telles déclarations. 

Sombre,  polémiste et passionné par les sociétés secrètes et parfois même combattant du libre arbitre, Jules Verne était un homme de son époque, avec tout ce que cela comporte de triste. Faut-il ne retenir que ses écrits fabuleux et son sens inné de la prospection ou faut-il sans cesse rappeler l'homme ambigu qu'il était ? C'est désormais à vous de vous forger votre propre avis, mais il est intéressant de voir que l'un des plus grands génies littéraires que la Terre ait porté ait pu être (et assumer) une personnalité ambivalente. Comme beaucoup d'autres, qui ont tu leurs déviances pour mieux plaire au plus grand nombre...


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