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Snowpiercer (Le Transperceneige), la critique

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ReviewLe 30 Oct
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9 /10
On a aimé
• Un film tout sauf manichéen
• Un casting parfait
• La réalisation de Bong Joon Ho
On a moins aimé
• Un succès d'estime seulement

« Bête de Festival » (n.f) : Se dit d’un film excellent, qui va connaître une vie mouvementée en festivals, souvent étalée sur de longs mois, à la distribution poussive en salles pour le grand public, qui connaîtra une vie bien meilleure sur le marché de la vidéo. Par ex : Snowpiercer. Cloud Atlas. (2013)

S’il est trop tôt pour présager de la réussite de Snowpiercer, librement adapté de l’excellente trilogie du Transperceneige parue chez Casterman, il est difficile d’imaginer un avenir fabuleux pour le film du génial Bong Joon Ho, qui débarque dans quelques salles de France et de Navarre Mercredi prochain, pendant que l’éclair de Thor – The Dark World frappera notre chère France. Peu importe, à l’instar de ses précédents essais (Memories Of Murder, The Host, Mother), Snowpiercer est un film immanquable, un petit bijou de cinéma, que nous nous devons de défendre corps et âme.


Premièrement, malgré son caractère plutôt simpliste, il est de bon ton de replacer le scénario de cette nouvelle production OPUS Pictures : 2031, cela fait 17 ans qu’un train, le Transperceneige, roule à toute allure à travers le monde sur les rails de la société Wilford, magnat vu comme un fou par le monde alors que celui-ci tournait encore relativement rond. 17 ans que les plus grands états du globe ont fait face au réchauffement climatique de la plus dramatique des manières, en vaporisant un gaz on-ne-peut-plus dangereux, faisant entrer le monde dans une nouvelle ère glacière, où seuls survivent les passagers de cette Arche de Noé 2.0.

C’est ce même véhicule incroyable qui sera le seul et presque unique terrain de jeu de l’histoire narrée par le réalisateur Coréen, qui s’est retrouvé confronté depuis 2010 au problème d’un cadre aussi longiligne qu’étouffant. C’est en cela que ce dernier va laisser de côté l’aspect « train-corail » du premier volume du Transperceneige, voulu à l’époque par le regretté visionnaire Jean-Marc Lob, pour se concentrer sur un train beaucoup plus futuriste, aux ambiances bien marquées.

Très tôt, le contact avec le film est rugueux. Le budget raisonnable du film n’offre pas de plans extérieurs à la hauteur des ambitions d’un long-métrage gourmand, mais peu importe : nous sommes ici face à une œuvre d’anticipation dans ce qu’elle a de plus intéressant : la réflexion. Et ici, la froide lutte des classes de la Bande Dessinée originale laisse la place à une ambiance moins dépouillée, mais tout aussi ironique, jusqu’à en devenir cynique. Les pauvres se trouvent en bout de train, les classes moyennes se partagent les wagons centraux et l’élite se déprave près du cockpit où réside leur divinité : Wilford.  Le décor est planté, il faudra avancer au sens propre comme au figuré afin de lutter pour les droits du petit peuple. Et c’est là le génie du metteur en scène, qui va évoluer sur cette base simplissime pendant une première heure ponctuée par un premier passage du 4ème mur (à trois niveaux de lecture) de Chris Evans himself : « nous ne sommes qu’à la moitié du chemin. »


C’est en effet un autre thème qui s’offre alors à un spectateur tout acquis à la cause de « ceux du fond » : faire face à la nature humaine, ainsi qu’à ses aspects les plus vicieux et (auto-)destructeurs. Là où Robert Kirkman et ses Zombies réussissent à merveilles à se servir d’un décor pour justifier un propos peu ou proue semblable dans les grandes lignes, Bong Joon Ho va beaucoup plus loin dans la mise en exergue des travers de l’homme. Il va alors le prouver dans une scène d’anthologie, présentée sans le moindre artifice Hollywoodien,  où vont s’affronter le peuple, épris de liberté à raison, et les bêtes assoiffées de chaos (au design renvoyant aux pires souvenirs de notre histoire contemporaine), à la solde d’une caste depuis bien longtemps dépassée par son inaction.
Représentée par une Tilda Swinton (Constantine) impeccable, cette même caste deviendra alors un sujet de réflexion passionnant pour un spectateur qui découvre  qu’il lui est impossible de véritablement choisir un camp, aussi bien qu’il est impossible de lutter face au droit de naissance ou au verdict qu’offre une société basée sur la consommation et les luttes de classe au quotidien.  

C’est en cela que Snowpiercer est une réussite : son pragmatisme tragique incite à réfléchir sur notre vie de tous les jours, tant la métaphore du train peut se retrouver presque à chaque coin de rue, dès lors que chacun fait l’effort de lever la tête et de vivre en étant la personne qu’il souhaiterait rencontrer au coin de cette même allée.

Leitmotiv de sa carrière, le réalisateur ne dénonce pas, il constate.



Mais revenons quelques instants à l’aventure de notre groupe de révolutionnaires, menés par un Chris Evans à l’aura de Che Guevara, et à l’interprétation parfaite, une fois de plus. À mesure que ceux-ci avancent, et qu’ils quittent leur triste ghetto, s’offre à nous une palette de décors tous plus impressionnants les uns que les autres, symbole de la démesure du projet de Wilford, mais également et surtout de notre société. Et pour mieux accompagner le spectateur dans cette lente descente aux enfers de l’élite « qui s’ennuie »,  les images vont devenir de plus en plus décadrées, les plans resserrés à l’extrême et le sound design plus lourd. Une bonne note d’ailleurs pour la bande son de Marco Beltrami (Wolverine, World War Z), qui livre une partition solide à partir d’un piano qui joue parfaitement son rôle d’accompagnateur.

Les bas-fonds dystopiques de la première moitié vont alors laisser la place à plusieurs wagons fabuleux, où de véritables écosystèmes, porteurs d’espoirs, vont se développer et animer la triste vie d’une frange de la société qui préfère ignorer les bannis, même lorsque ceux-ci frappent (violemment) à leur porte. Mention spéciale à la salle de classe, pièce clé du film et révélatrice de tout le propos que souhaite faire passer Bong Joon Ho,  à travers la très belle performance d’Alison Pill. Entre incompréhension et absurdité, le réalisateur parvient pourtant toujours à garder son film bien en main, aidé par un Jamie Bell de retour au premier plan, par un Song Kangho cinégénique à souhait (et qui détient probablement la meilleure scène du film grâce à la géométrie du train), par un John Hurt décidément très ancré dans l’actualité ou, évidemment, par un Ed Harris toujours aussi impeccable.

Je vous épargnerai l’évocation de la fin du film, chef d’œuvre de finesse malgré ses ressorts aussi épais que les injections du Transperceneige, où se mêle bravoure, espoir et fatalité morbide, alors que le spectateur est encore et toujours abasourdi par un dialogue ô combien passionnant entre Chris Evans et Ed Harris, sublimé par le travail d’Ondrej Nekvasil, directeur artistique en charge de l’ensemble de la production.


Snowpiercer est un film aussi dur que malin. Véritable métaphore d’une société actuelle menacée par ses citoyens eux-mêmes, le film offre un regard cru et froid sur la nature humaine et sur les différentes vies menées par des hommes et des femmes nés « libres et égaux » en droit. Cerise sur le gâteau, le film ne se contente pas de nous faire réfléchir et se permet d’être une belle réussite technique, où la photographie et la réalisation font mouche, en s’appuyant sur un casting concerné et trié sur le volet, en témoigne les présences des trop rares Tilda Swinton et Ed Harris. Et pendant ce temps-là, Chris Evans est toujours le secret le mieux gardé d’Hollywood.

* Cette critique a été rédigée dans un train.


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