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La stratégie Ender, la critique (roman)

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ReviewLe 06 Nov
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8 /10
On a aimé
• De nombreux thèmes abordés
• De bonnes relations entre de bons personnages
• Un intrigue bien menée
On a moins aimé
• Rien n'est insurmontable
• L'intelligence en héritage génétique

Note de l'auteur : cette critique est écrite avant le visionnage de l'adaptation cinématographique.

Que faire face à un ennemi qui réfléchit toujours mieux que nous, et qui a la puissance nécessaire pour nous effacer de la carte ? C'est l'un des multiples angles d'attaque avec lequel on peut lire La Stratégie Ender d'Orson Scott Card, mais il y en a bien d'autres. Lister toutes les idées et angles d’approche de ce roman serait trop long et vous gâcherait une partie du plaisir, donc nous n’aborderons qu’une partie de ceux-ci, qui nous semblent les plus intéressants. De l'aveu même de l'auteur rencontré aux Utopiales le week-end dernier, la première étincelle qui a donné ce livre est l'idée de la salle de combat qu'on trouve sur la station spatiale, et comment les perceptions du combattant doivent être changées dans un repère en trois dimensions et sans pesanteur. Mais La Stratégie Ender c’est avant tout l’histoire d’Andrew Wiggin, jeune enfant malaimé à qui l’on confie le sort de toute l’Humanité, et qui devra subir les pires épreuves pour avoir la force de subir cette charge.

Des décennies après avoir failli être exterminée (à deux reprises) par la race alien des Doryphores, l’Humanité se prépare à une troisième invasion. Pour cela la Flotte Internationale prépare les enfants les plus prometteurs à devenir les meilleurs commandants possibles, dans un monde où les différentes nations vivent désormais en paix. Une paix qui pourrait ne pas durer alors qu’on oublie peu à peu les enjeux globaux, et que l’entraînement n’est presque plus qu’un jeu pour certains élèves. Alors que malgré, ses capacités hors du commun, Peter Wiggin s’est révélé trop violent pour devenir le « sauveur » de l’humanité, et sa sœur trop douce, le gouvernement demande exceptionnellement à la famille Wiggin de concevoir un autre enfant. Ce « troisième », surnommé Ender (celui qui vient en dernier mais aussi celui qui termine les choses) rejeté par ses camarades pour ce statut désormais interdit, grandit sous l’influence de ses deux ainés, l’amenant à devenir le plus prometteur. Il est alors envoyé à l’École de Guerre.

« Quelle que soit la pesanteur quand vous arrivez à la porte, n'oubliez pas : la porte ennemie est en bas. »

De l’importance de la préparation

Si on peut imaginer que l'adaptation cinématographique à sortir aujourd'hui, réalisée par Gavin Hood, se concentrera principalement sur le grand spectacle et les combats spatiaux, le livre est beaucoup plus psychologique et suit principalement l'entraînement d'Ender à l’École de Guerre. La majorité du récit se déroule à travers son regard, avec quelques exceptions nous montrant par exemple l’évolution (très importante) de Peter et Valentine Wiggin sur Terre, et les conversations du Colonel Graff sur l’entrainement d’Ender. C’est d’ailleurs cette partie qui nous permet d’anticiper certains points de l’histoire, et d’avoir une idée un peu plus avancée qu’Ender sur le pourquoi de certains événements.

L’histoire se base principalement sur les relations qu’a Ender avec les autres personnages, qu’ils soient adultes ou élèves. Il faut noter qu’Ender n’a que 6 ans au début du livre, et que même les grands auxquels il se confronte ne sont plus vieux que de quelques années. On assiste presque à une étude sociologique sur les comportements de groupe et la psychologie des enfants. Ce n’est pas pour rien que la Flotte utilise des enfants : ils n’ont pas encore les acquis et le formatage des adultes, et peuvent encore apprendre à penser autrement, et surtout à modifier leur façon de penser pour s’adapter aux changements de situation. Exactement ce qu’il faut à l’humanité pour parvenir à vaincre les Doryphores.

 

L’homme doit-il être un loup pour l’homme ?

« Peut-être peut-on être commandant sans être fou. Peut-être que le fait de connaître la folie signifie que tu n'es pas obligé de la subir. »

L’une des réflexions développée tout au long du livre est de savoir si pour survivre, l’homme ne se doit pas d’écraser son prochain. Non pas forcément par haine ou par méchanceté, ni pour prendre le pouvoir, mais pour d’une part s’affranchir d’un pouvoir des autres sur nous, et pour les pousser à devenir également « meilleurs ». C’est le grand conflit intérieur d’Ender qui est de savoir, après toutes les persécutions qu’il a subit, s’il vaut vraiment mieux que ceux qui lui ont fait tant subir.  C’est la même chose du côté du Colonel Graff qui avoue volontiers que pour le bien propre d’Ender, il serait préférable qu’il ne soit pas celui dont ils ont besoin, car il risque de s’en trouver détruit. Les déboires moraux de Graff amènent à l’un des autres thèmes du roman.

L'individu contre la société

Ce n’est probablement pas un hasard, alors que ce livre a été écrit pendant la Guerre Froide, si les Doryphores sont représentés comme une espèce symbiotique, n’ayant pas de conscience individuelle mais agissant en tant qu’organisme plus large. On peut y voir là une critique du Communisme de l’époque, et pourtant Orson Scott Card applique à l’humanité même un des grands principes du Communisme : la société prime sur l’individu. Que valent quelques vies volées, voire des milliers, face au sort de toute une espèce ? C’est probablement cet aspect du roman, en plus de l’idée de s’adapter et comprendre l’ennemi, qui en fait une référence dans les écoles de l’Armée américaine. Et c’est ce point que beaucoup aujourd’hui trouveront discutable, car trop militariste. Le propos reste cependant modéré par le fait que, si Ender a en quelque sorte été « commandé » à ses parents par la flotte, il a eu le choix de refuser de partir, en sachant que ce serait plus difficile que de rester.

 

Pourquoi nous nous battons

« - Pourquoi combattons-nous les doryphores ?
- On donne toutes sortes de raisons, répondit Graff. Parce que leur Système est surpeuplé et qu’ils sont obligés de coloniser. Parce qu’ils ne supportent pas l’idée qu’il puisse exister d’autres êtres intelligents dans l’univers. Parce qu’ils ne croient pas que nous soyons des êtres intelligents. Parce qu’ils ont une religion bizarre. Parce qu’ils ont vu nos anciennes émissions vidéo et ont décidé que nous étions désespérément violents. Toutes sortes de raisons.
- Que croyez-vous ?
- Peu importe ce que je crois. »

Si on peut considérer un aspect très premier degré au roman, encensant le devoir militaire et la victoire à tout prix, les choses sont en réalités bien plus subtiles qu’il n’y parait. Certains parmi les élèves ne voient plus que la compétition au sein de l’école, oubliant l’objectif final, mais les têtes pensantes sont là pour voir que l’avenir n’est certain pour personne. Et une question vient alors à Ender, et il n’est pas le premier à se la poser, de savoir pourquoi la guerre a eu lieu, et pourquoi la destruction d’une espèce est inéluctable. Les fans de Battlestar Galactica se souviendront peut-être d’une conversation entre une Numéro 8 et William Adama, se résumant à « L’humanité ne s’est jamais posée la question de savoir si elle méritait de survivre. Peut-être n’est-ce pas le cas ». Sans en dire plus, la discussion entre Ender et Graff sur le sujet est au moins aussi intéressante, et se rapporte à la nature même de l’Homme, individuellement ou non.

 

Le soldat parfait

Pour finir et parce qu’il faut forcément trouver des défauts au roman, revenons sur les origines d’Ender. Né d’une famille a priori normale, il est le plus jeune de trois enfants tous très prometteurs mais dont il est le seul à posséder l’équilibre nécessaire à un bon commandement. Le point qui dérange ici est de savoir comment et pourquoi ces trois enfants étaient supposés devenir brillants. On n’a pas fini encore aujourd’hui de faire des études sur les aptitudes innées ou acquises des individus selon leur origine, leur milieu social et de nombreux autres paramètres. Orson Scott Card semble ici prendre la direction de l’héritage génétique, déterminant les capacités intellectuelles voire émotionnelles des enfants. Ainsi si certains traits de caractères de Peter, Valentine et Andrew varient, leur intellect semble équivalent. Peut-être qu’en 1983 c’était une idée acceptable mais aujourd’hui c’est plus gênant (bien entendu je me rends compte que c’est un argument aussi valable que de critiquer Jurassic Park pour l’apparence des raptors et la vision basée sur le mouvement du T-Rex).

Autre point négatif : la seconde partie peut-être top déséquilibrée par rapport à la première. Ender entre dans un schéma assez répétitif de nouvel obstacle / résolution du problème qui devient si redondant qu’il est raconté de plus en plus succinctement. Or cela crée une deuxième partie, où on aurait voulu voir une escalade dans la tension et les enjeux, bien moins importante que la première. Ce n’est pas forcément plus mal quand on accorde une plus grande importance à toute la première moitié de l’histoire, mais ça peut déstabiliser à la lecture : on a l’impression que tout devient trop facile.

 

« L'Humanité ne nous demande pas d'être heureux, elle nous demande simplement d'être intelligent afin de pouvoir la servir. D'abord la survie, puis le bonheur si nous y parvenons. »

 

La Stratégie Ender n’est peut-être pas le plus grand roman de SF qui soit, mais il se place plutôt bien dans le genre, demeurant assez terre-à-terre pour rester accessible à tout le monde, et explorant assez de thèmes pour en faire une œuvre majeure et mériter un cycle plus élargi. Le premier roman, déjà tiré d’une nouvelle, appartient en effet à un corpus bien plus large sur Ender et son univers. A lire pour tous les fans de SF auxquels ont laissera apprécier la conclusion et la suite de l’histoire. Quant à ceux qui souhaiterait se jeter dans l’aventure par le film, le lecteur qui est en moi ne peut que vous conseiller de jeter un œil au livre, car un film de deux heures ne pourra jamais retranscrire toutes les idées présentes sur le papier. Et pour en avoir discuté avec l’auteur, certains points très intéressants de l’histoire ne pouvaient pas être adaptés, et sont complètement éludés pour servir la narration.


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