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Édito #21 : Under the Skin, autopsie d'une vision

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evenementsLe 30 Jui
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Under the Skin était l'OVNI annoncé dans cette année qui aura vu de nombreux films de science-fiction se tirer sainement la bourre. De la SF certes, mais difficilement classable à côté d'un Edge of Tomorrow et même complètement à l'opposé d'un Transformers qui présente une vision aux antipodes du cinéma que nous nous apprêtons à disséquer. Car Under the Skin, c'est d'abord une vision de réalisateur, le genre de film qui sert de message artistique et qui affirme la conception que se fait Jonathan Glazer du cinéma et de la science-fiction plus spécifiquement.

Déjà, il faut partir à la chasse aux idées reçues sur ce film. S'il est clairement présenté comme un film d'auteur, il n'en demeure pas moins l'adaptation d'un roman de Michel Faber, l'un de ces nombreux romanciers qui ont capitalisé sur le succès du Da Vinci Code pour en sortir une parodie plus ou moins inspirée (avec Le Cinquième Évangile). De plus, le doute a longtemps plané sur les images réelles du film. La plupart des rencontres que fait Scarlett Johansson et qui ne montent pas dans sa camionnette sont effectivement tournées en caméra cachée, le reste malgré son grain de documentaire est bien du jeu d'acteur.

Le réalisateur anglais Jonathan Glazer n'en est qu'à son troisième long-métrage en quinze ans, mais ne chôme pas entretemps puisqu'il travaille activement dans le monde de la publicité et des clips musicaux. Des clips pour des gens aussi tarés que Radiohead ou Massive Attack, des vidéos souvent sublimes. Le problème avec ce genre de réal', c'est que le sens est porté par la chanson et que passer de ceux-ci à une réalisation narrative ne se fait pas forcément sans difficulté, le travail étant sensiblement différent. Il embarque avec lui une esthétique forte et marquante, qui va prendre le pas sur le sujet, reproche que l'on avait déjà fait à Tony Kaye lors d'American History X. Cet autre réalisateur de clips n'avait pourtant mis la réalisation devant son sujet qu'en de rares occasions, comparé au film de Glazer qui se veut être une expérience sensitive et émotionnelle avant d'être un film qui amène à la réflexion.

Intention louable, d'autant plus que dans la SF moderne, on oublie souvent que ce genre a souvent été l'occasion d'expérimentation artistique avant d'être largement récupéré par l'industrie hollywoodienne. Le problème, c'est qu'ici nous sommes face à un réalisateur et une actrice qui s'amusent à faire de la mise en abîme dans tous les sens. Ainsi, il devient très vite évident que celle qui s'est révélée dans L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux joue ici une allégorie, qui renvoie à elle-même et son statut de star. Son détachement par rapport au réel, la distanciation qui se créée à cause de son image de célébrité ainsi que le jeu constant qui est fait autour de sa sensualité.

Car Under the Skin est aussi une ode à la sensualité de l'actrice, qui va souvent se déshabiller voluptueusement devant des hommes-proies. Le problème, et c'est là où la réalisation conceptuelle rattrape et écrase la narration, c'est que souvent l'image ne suit pas le propos. Si être antithétique entre le sujet et l'image est une figure de style efficace et marrante, en user et abuser tout du long devient vite lourdaud et plombe le film. Souvent d'ailleurs, l'on sort du film quand la réalisation de Jonathan Glazer prend plus de place que le film lui-même, on assiste alors à un étalage technique et conceptuel un poil prétentieux. Quand on regarde des œuvres du vidéaste Ange Leccia, on se surprend à voir de la narration là où nous avons une vidéo qui se veut pourtant totalement objective. Par le travail sur l'émotion mais aussi par la confrontation des images. Chose que semble avoir voulu reproduire Glazer sans parvenir à s'effacer derrière la caméra, il semble vouloir hurler à chaque plan son génie. Nous le remarquerions sans doute plus s'il n'insistait pas autant dessus.

Under the Skin est très loin d'être un mauvais film, porté par une performance assez ardue de Scarlett Johansson qui n'a visiblement pas peur de faire le grand écart à chaque nouveau projet. Plein de bonne idées, de trouvailles visuelles, il lasse par son trop plein d'intentions artistiques qui finissent par devenir vides à force d'être aussi ostentatoirement mises devant le regard médusé du spectateur. Surtout que l'on se dit durant tout le film que Nicolas Roeg, autre réalisateur britannique, avait traité d'un sujet assez semblable dans L'Homme qui venait d'ailleurs, où le rôle de l'alien déphasé revenait à un David Bowie qui tutoyait les sommets de l'étrangeté. Ce film, qui était un fer de lance de l'équivalent anglo-saxon de la Nouvelle Vague et qui amenait la déconstruction narrative vers de nouvelles limites, était lui aussi un véritable OVNI en son temps, rempli d'intentions artistiques affirmées. La différence se situe dans la position de son réalisateur, car si dans le cas de Roeg le film était d'une étrangeté toute à fait délicieuse, il parlait par lui-même. Under the Skin semble être plus proche d'un travail de posture et se révèle parfois même malhonnête en usant le sens jusqu'à la lie pour cacher le fait qu'il n'y ait pas tant de fond dans ce film qui aurait pu être bien mieux traité.

 


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