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Édito #25 : Annabelle, la poupée qui rendrait violent

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evenementsLe 13 Oct
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Annabelle est le spin-off de Conjuring : Les Dossiers Warren, un de ces films d'horreur à petit budget, facile à produire et qui rapporte énormément compte-tenu de la mise de départ. Le cinéma américain en fait ses choux gras depuis la saga Saw avec un grand nombre de continuateurs, comme Paranormal Activity ou American Nightmare. Le genre de films qui assurent une rentrée d'argent bénéfique aux studios puisqu'ils sont complétés en une petite année (Conjuring était sorti en octobre dernier, Annabelle est donc pile dans les temps).

Au-delà de cet aspect pratique, New Line Cinema est allé chercher l'inspiration de ce film dans les travaux d'Ed et Lorraine Warren, deux démonologistes célèbres aux États-Unis et qui auraient été mêlés à de nombreux cas de possessions. Annabelle est tirée de l'une de leurs affaires, où ils avaient été confrontés (selon leurs dires) à un esprit malin qui se servait de cette poupée pour terrifier deux jeunes infirmières en devenir, alors que la petite mascotte anxiogène se téléportait dans l'appartement des colocataires en laissant d'étranges messages un peu partout. Une affaire qui nécessita un bon exorcisme des familles, qui ne fut guère efficace visiblement puisque les deux époux spécialistes du paranormal déclarèrent que la poupée continua à faire des siennes après qu'ils l'aient ramenés chez eux, les obligeant à la sceller dans une boite bénite.

Ça, c'était pour la petite histoire derrière le film, qui au passage est en train d'exploser au box-office, prouvant une nouvelle fois la viabilité financière de telles productions. Un public nombreux donc, et qui aura réussi à faire parler de lui plus que le long-métrage lui-même. En effet, plusieurs séances en France ont été dérangées par une partie des spectateurs qui en profitèrent pour se battre, ravager la salle et chahuter (j'aime bien tout l'euphémisme de ce mot médiatique, en plus c'est beau "cha-hu-ter", très télégénique) le reste du public. À tel point que plusieurs cinémas, comme Marseille, Strasbourg et Montpellier, décidèrent d'en annuler la diffusion. De tels accès de violence avaient déjà été enregistrés à la diffusion de Sinister ou du dernier Paranormal Activity.

 

Depuis, les vigies de la bienséance sont de nouveau montées au créneau pour invoquer le fait que ce film violent et potentiellement effrayant n'aurait jamais dû obtenir son interdiction aux moins de 12 ans, qu'il fallait l'interdire aux moins de 16 ans, voire à l'ensemble des mineurs en lui collant la dramatique classification "Interdit aux moins de 18 ans". Parce que c'est bien connu que les films effrayants transforment de gentils agneaux en barbares d'un coup de pellicule. Parce qu'il est bien plus facile d'invoquer le grand méchant Hollywood que de regarder vers les vraies raisons d'un tel débordement.

À aucun moment les médias n'ont tourné le regard vers le climat social tendu. Car ce film, et bien d'autres de sa catégorie, attire entre autres un public venu des zones les plus défavorisées, un public qui ne va plus tellement au cinéma que pour se faire peur et jouer aux branleurs. Un public jeune et qui profite de chaque occasion pour faire savoir son raz-le-bol (pour éviter tout mauvaise interprétation de ces propos, évidemment que la méthode est contestable en premier lieu). Encore une fois cependant, le traitement télévisuel met l'accent sur les dégradations, les violences et juge le film. Encore une fois, on ne traite que du symptôme et on néglige de traiter la source du problème. Si cette méthode est appliquée avec ce film, elle est malheureusement déclinée sur un nombre de sujets croissants, puisque trouver un coupable idéal est bien plus efficace et rapide (la chaleur de l'actu' !) que s'il fallait développer une réflexion de fond. Noam Chomsky expliquera bien mieux que nous le concept de désinformation par la saturation médiatique, reste que ces effets sont toujours aussi perceptibles.

Car d'un simple coup d'œil, nous pouvons voir les centaines de films du même acabit qui furent diffusés sans débordement notable, pendant les séances de Scream ou du Projet Blair Witch le public était bien trop occupé à se pisser dessus pour détruire les sièges autrement qu'avec son urine. La vraie question à se poser serait donc de savoir ce qui a changé entre cette époque et maintenant, de regarder non pas du côté du film mais des spectateurs, de l'évolution des salles de ciné' depuis 10 ans, des stigmatisations faciles et j'en passe. Alors on pourra toujours accuser la réglementation autour du film, tête de turc toute trouvée et gueule de coupable idéale, mais il serait encore plus correct de voir ici l'effet de la malédiction entourant Annabelle. Au moins, cet argument aurait enfin quelque chose d'original.


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