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Édito #26 : Où est John Connor ?

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evenementsLe 27 Oct
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Il y a 30 ans hier sortait en salle le Terminator premier du nom. A travers un film d'action sur fond de robot tueur et de voyage dans le temps, ce génie de James Cameron lançait l'une des sagas les plus cultes de l'histoire du cinéma, mais montrait aussi l'une des plus grandes peurs de l'Homme : voir notre civilisation réduite à néant par la technologie.Une peur qui remonte à bien plus loin que 1984, et qui fait appel à une phobie bien plus profonde : la peur de la créature qui détruit le créateur. La peur de la perte de contrôle. Une peur naturelle au fond quand on remet en question le pouvoir de l'Homme sur ce qu'il crée et touche, et de la compréhension qu'il en a.

Dans sa préface au premier tome des Robots, Isaac Asimov mentionne cette constante dans la littérature fantastique ou de science-fiction. Il lui donne alors le nom de "complexe de Frankenstein", en référence au célèbre roman de Mary Shelley. Mais si le créateur des 3 Lois de la Robotique y voyait une peur absurde dans l'incompris, peut-être avait-il lui aussi tort en ne regardant tout simplement pas le bon côté de l'équation : et si c'est de lui que l'Homme devait avoir peur ?

"Vos savants étaient si pressés par ce qu'ils pourraient faire ou non qu'ils ne se sont pas demandé s'ils en avaient le droit." -Dr Ian Malcolm, Jurassic Park

Ce n'est pas un hasard si le complexe de Frankenstein s'est tant développé au cours des derniers siècles. La science a explosé, et avec elle les découvertes multiples. Des découvertes qui sont venues améliorer nos vies, en les allongeant, en les apaisant, en retirant de la pénibilité, etc. De nombreuses avancées ont pu être vues comme telles à travers les siècles. On ne viendra pas aujourd'hui cracher su la pénicilline, sur l'avion, la voiture (là c'est plutôt sur le moteur à explosion qu'on aura des choses à redire). 

Ces grandes inventions, et bien d'autres, ont changé la face du monde. Comme le soulignerait si justement Alain Damasio, c'est le genre d'évolutions pour lesquelles on est capables de dire ce qu'on a gagné et ce qu'on a perdu. Une vie plus longue, une mobilité facilité, la capacité à découvrir toujours plus loin : voici ce qu'on a entre autres pu y gagner. La stabilité climatique et la volonté de marcher, de prendre son temps, voire de s'arrêter : voilà ce qu'on commence aujourd'hui à y perdre (même si ce n'était pas une fatalité en soit).

Le problème, c'est que depuis un siècle, la technologie évolue à une vitesse quasi-exponentielle (ce fut en tout cas le cas jusqu'à peu), les possibilités explosent, mais plus personne ou presque ne prend le temps de se poser la question : pourquoi ?

Dans un soucis de confort bien souvent, on se laisse créer des besoins par des sociétés spécialisées non dans la science, mais dans le marketing. Devant l'attrait, l'envie d'avoir plus et mieux que son voisin, d'être à la pointe, on donne toujours plus de pouvoirs à la technologie, sans se demander ce qu'on y perd. Le coup de force des dernières décennies a été de décaler la notion de besoin factuel vers celui de besoin psychologique, construit artificiellement à travers une société qui nous bombarde d'idées supposées représenter l'idéal.

Mais ai-je réellement besoin d'une carte bancaire ? Il y a 20 ans j'aurai pu vous dire que non, seulement c'était plutôt pratique pour avoir toujours de l'argent sur soi, être sûr de ne pas le perdre ou me le faire voler. Aujourd'hui certains paiements ne me seront pas accessibles sans. Demain ce sera la même chose du paiement sans contact.

Ai-je besoin d'un puce NFC sur mon téléphone ? Non mais c'est pratique, justement pour le paiement sans contact. Demain ça permettra à un conférencier de savoir qui je suis au milieu d'une salle pleine. Après-demain je ne pourrais plus accéder à la même conférence sans ladite puce.

 

La plupart des technologies qu'on nous amène aujourd'hui sur le marché sont en fait des concessions. "Nous vous apportons ce service, et en échange vous nous fournissez cette donnée, cette possibilité". Le problème, c'est que si le service fourni est très clair, l'utilisation faite de ce que nous donnons est souvent bien plus opaque, et souvent c'est un ensemble de libertés que l'on perd. Le téléphone portable a supprimé la liberté de ne pas être joignable. Le smartphone a supprimé la liberté de ne pas être localisable. Les réseaux sociaux auront bientôt supprimé la liberté de ne pas être "cartographiable".

"Celui qui renonce à sa liberté au profit de sa sécurité ne mérite ni l'une, ni l'autre". Cette phrase, que l'on attribue à Benjamin Franklin (certains disent qu'elle n'est pas de lui), tend à mettre en garde les peuples contre les dérives sécuritaires des gouvernements. Si vous me posez la question, elle est toujours on ne peu plus d'actualité politiquement, mais elle devrait aussi s'adresser à la masse de consommateurs que nous représentons. Car les gains, les conforts et la sécurité obtenus par l'amoncellement de technologie qui domine aujourd'hui nos vies, ne sont rien face à ce que l'on peut perdre par la mauvaise exploitation des données que l'on donne pour les obtenir. Les scandales récents de photos volées l'ont par exemple prouvé.

La vérité, c'est que si aujourd'hui un Terminator arrivait pour tuer John Connor, il n'aurait pas à consulter l'annuaire pour trouver sa mère. L'information est déjà en ligne.

 

"Ce n'est pas parce que la science apporte des problèmes que c'est dans l'ignorance que se trouve la solution." - Isaac Asimov

Ce constat alarmiste, de la part de quelqu'un qui se considère comme scientifique, peut paraître étrange. En réalité il est partagé par la plupart des passionnés de science-fiction, tant le sujet est au coeur des réflexion sur le sujet. Et pour ne pas rester en mauvais termes avec Isaac Asimov, je propose qu'on réfléchisse à cette citation que vous retrouverez quelques lignes au-dessus.

Car si le constat actuel peut paraître fataliste, la vérité est que la science est réellement là depuis le début de l'Humanité pour faire avancer les choses dans le bon sens. Pour découvrir, apprendre, améliorer. Mais cette démarche ne doit pas venir pour de mauvaises raisons. La science n'a pas pour but de vaincre la nature. La science n'a pas pour but de résoudre tous les problèmes.

C'est la mauvaise utilisation potentielle de la science et de la technologie qui est à craindre. Et c'est pourquoi je vous rappellerai une nouvelle fois aux sages paroles d'Alain Damasio, mais aussi ses prédécesseurs que sont Isaac Asimov, George Orwell, Aldous Huxley et j'en passe : pensez, réfléchissez, jugez, prenez conscience. Ne laissez pas le monde et la technologie guider votre vie, mais voyez comment elle peut parfois vous permettre de vivre sans que vous en soyez dépendants, et sans que vous lui vendiez ce que vous êtes.

Pour finir, j'invite tous ceux qui en ont la possibilité à venir faire un tour cette semaine à Nantes, aux Utopiales. Vous y rencontrerez des gens dont c'est le métier et la vie de pensez et d'imaginer le monde des possibles, et de tenter de prévenir les dérives d'un monde qui change trop vite. Vous y rencontrerez probablement de beaux esprits, et qui sait, peut-être le John Connor de demain.


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