Home News Critiques Dossiers Evenements Chroniques Bandes annonces Podcasts TV
ConnexionInscription
Actualités > Retour

Les Maîtres du Fantastique #3 : Mary Shelley

5
ChroniquesLe 20 Jan
partager cet article

Les Maîtres sont de retour ! Et pour l'occasion, c'est l'une des plus grandes figures de la littérature fantastique, créatrice de l'une des créatures les plus utilisées au cinéma et à la télé ainsi que poète romantique reconnue qui s'invite et dévoile une existence bien remplie. Une vie douloureusement tragique, qui sera le terreau d'une œuvre qui révolutionnera le genre.

Dès le début, la tragédie

Mary Wollstonecraft Godwin naîtra en 1797, à l'orée du siècle où tout changera, l'époque des grandes révolutions industrielles et de la création des systèmes de pensée actuels. Son père est un philosophe et journaliste, sa mère surtout est une philosophe féministe qui prendra radicalement position pour le Droit des Femmes à une époque où il n'était pas encore envisageable qu'elles puissent en avoir. Cependant, Mary ne sera que très peu influencée par sa mère puisque cette dernière mourra des suites de l'accouchement de sa fille. Premier drame d'une vie qui en comptera un grand nombre.

On apprendra après sa mort que les époux Godwin vivaient une relation assez libre puisqu'on apprendra que la sœur de Mary, Fanny Imlay, est en fait née hors mariage. Le veuf n'en aura cure et va élever ses deux filles selon la pensée dissidente qui l'agite. Il ne les scolarise pas, préférant qu'elles écument les bibliothèques par elles-même, les amenant régulièrement dans la nature pour qu'elles puissent saisir toute sa beauté, leur présente des intellectuels qui viennent lui rendre visite (et qui sauvent son entreprise de la faillite complète) tels que le fameux poète Samuel Coleridge.

Alors que Mary a quinze ans, son père décide de l'envoyer passer un séjour chez William Baxter, penseur dissident écossais qui achèvera de lui faire une éducation politique a contrario des courants de pensée bourgeois qui émergent à l'époque et qui jettent les fondations du libéralisme naissant. C'est lui qui va lui enseigner le cynisme, lui dictant de ne rien respecter en dehors des lois de la Nature. Ce courant proche de l'athéisme est alors très mal vu à l'époque, et c'est une vie de radicalité qui s'offre déjà à Mary.

Percy Shelley

C'est aussi durant cette période qu'elle rencontrera Percy Shelley. Ce jeune homme brillant déjà auteur de La Nécessité de l'Athéisme, pamphlet qui lui vaudra d'être chassé d'Oxford et désavoué par sa famille aristocratique. Il est notamment inspiré par les écrits sociaux de William Godwin, auquel il va fréquemment rendre visite pour discuter d'une existence libertaire, de révolution intellectuelle et même de son adoption d'un mode de vie végétarien. C'est ainsi qu'il rencontrera sa fille, qu'il va fréquenter alors même qu'il est déjà marié.

Mary va alors le suivre en France (Percy a laissé sa femme enceinte derrière eux) quand son père désavouera cette relation, en contradiction avec ses propres idéaux de réforme du tissu social. Fauchés mais heureux, ils vont parcourir ensemble une bonne partie de l'Europe avant de rentrer, sans le sou. Cependant, tout ne va aller que de mal en pis puisque Mary va tomber enceinte et que Percy est définitivement sans une livre en poche. Cerise sur le gâteau, le père de Mary ne veut plus entendre parler d'eux et le jeune poète doit souvent s'absenter pour éviter les créanciers.

Le drame ne fera que continuer cependant, puisque Mary Godwin va perdre son enfant peu après sa naissance. Profondément dépressive, elle va cependant tomber une seconde fois enceinte. En même temps, Percy profitera d'un héritage pour pouvoir les installer dans un cottage qui les éloigne enfin de la misère.

Le Prométhée moderne

Peu après la naissance de leur second enfant, les deux amants vont s'installer un temps en Suisse, sur les bords du Lac Léman, en compagnie du grand poète Lord Byron (qui a mis enceinte Claire Clarmont, fille de la nouvelle femme de William Godwin et qui suivra les deux poètes partout où ils iront). C'est à cet endroit qu'ils vont tous ensemble découvrir la tradition des littératures fantastiques allemandes et françaises. Ils vont par jeu décider d'écrire leur propres histoires fantastiques. De là naîtra l'idée brillante de Frankenstein, prévu comme une nouvelle et qui sous l'influence de Percy va devenir un roman éternel. Mary Godwin y montre comment l'homme moderne déforme une nature dont il ignore tout. Elle va montrer que l'industrialisation et la modernité prévue éloigne l'homme de considérations qui devraient être au cœur de sa pensée, telles l'empathie, la nature ou la spiritualité. Il sera publié pour la première fois en 1818.

De retour en Angleterre, ils s'installeront à Bath. Le suicide de Fanny Imlay, la demi-sœur de Mary, sera annonciateur d'une spirale s'enfonçant dans la tragédie. Un autre suicide suivra, celui de la femme de Percy. La famille de ce dernier étouffera l'affaire (la bienséance, le nom familial, tout ça). L'amant de Mary cherchera à récupérer la garde de son enfant, et on lui conseillera de se marier pour aider sa cause. C'est ainsi que Mary Godwin devint Mary Shelley, pour rien, car être un athée libertaire et radicale était un argument suffisant pour retirer la garde d'enfants qui seront envoyés en famille d'accueil chez un pasteur.

La naissance du troisième enfant du couple Mary-Percy et la publication de Frankenstein, ainsi que du récit de leur voyage en Europe, semble pourtant les sauver de ce marasme. Ils décident, alors que l'Angleterre, sans discontinuer fait tout pour les remettre sur le chemin vertueux, par la ruine s'il le faut, de fuir pour de plus accueillants cieux. Ils partiront sans espoir de retour pour l'Italie.

"Un pays que le souvenir peindra comme un paradis."

L'Italie est censé être un nouveau point de départ pour le couple. Ce serait trop demander au destin de parfois passer sa route ? Mary Shelley verra ses deux enfants emportés par la maladie et rentrera dans une profonde dépression dont plus rien ne semble la sortir désormais. Elle mettra au monde un quatrième enfant, mais c'est véritablement l'écriture qui permettra de la sauver. Elle va s'enfoncer dans une orgie de mots et en tirera des œuvres restées cultes.

Notons ainsi Mathilda, où prenant appuis sur sa propre vie, elle va dans ce roman aborder les thèmes de l'inceste et du suicide. Surtout, elle va écrire durant cette période Valperga, un roman historique sur le seigneur de Lucques qui conquit Florence au XIVème siècle. C'est un prétexte pour elle pour exposer ses idéaux politiques, sur la l'indépendance politique des petites communautés face aux impérialismes des plus grands pays, sur un gouvernement (qu'elle ne conçoit qu'en République) qui serait pour une fois basé sur la raison et les sentiments.

Le malheur continue cependant et en 1822, elle va faire une nouvelle fausse couche, avec seulement l'intervention de Percy qui lui sauvera la vie. Cependant, ce dernier s'éloigne de plus en plus de sa femme au dernier degré de la dépression et commence à de plus en plus aller voir ailleurs. Sur la base de leur union libre, il n'avait jamais hésité à fréquenter d'autres femmes, il encouragea même sa femme à faire de même (mais elle sera beaucoup plus exclusive), mais il tendait à s'éloigner de plus en plus, devant Mary Shelley qui était parfois amorphe la journée entière. Cependant, ils n'auront jamais l'occasion de se rabibocher, puisque Percy Shelley va mourir noyé lors d'une balade en mer.

Retour en Angleterre

Ultime coup du sort pour Mary Shelley, elle décide de rentrer en Angleterre. Définitivement fauchée, elle demande d'abord de l'aide au père de Percy. Celui-ci accepte à une condition (le petit salaud), qu'elle lui laisse la garde de son enfant, Percy Florence, le seul qui lui reste. Bien sûr, elle va refuser, mais il arrivera tout de même à l'empêcher de publier toute biographie de son fils, qu'il méprise ouvertement. Il faudra attendre la mort de Sir Timothy Shelley pour que Mary connaisse enfin la sécurité matérielle.

Elle va consacrer les dernières années de sa vie à l'éducation de son fils, qu'elle enverra en école publique, chose inconcevable pour les classes bourgeoises et aristocratiques de l'époque, ainsi qu'à l'écriture. Elle publie notamment en 1826, Le Dernier Homme, conte philosophique qui sera le premier à aborder le thème du dernier être humain sur Terre.

Elle va mourir en 1851 d'une tumeur au cerveau, après avoir souffert pendant plus de dix ans de migraines chroniques et de paralysies partielles. La vie de Mary Shelley aura donc été un combat contre l'existence de tous les instants, pourtant elle n'aura jamais cessé d'inviter l'Homme à avoir de plus hautes aspirations et d'accepter pleinement son potentiel sans aller à l'encontre de la Nature.

Stanzas

Oh, come to me in dreams, my love!
...I will not ask a dearer bliss;
Come with the starry beams, my love,
...And press mine eyelids with thy kiss.

'Twas thus, as ancient fables tell,
...Love visited a Grecian maid,
Till she disturbed the sacred spell,
...And woke to find her hopes betrayed.

But gentle sleep shall veil my sight,
...And Psyche's lamp shall darkling be,
When, in the visions of the night,
...Thou dost renew thy vows to me.

Then come to me in dreams, my love,
...I will not ask a dearer bliss;
Come with the starry beams, my love,
...And press mine eyelids with thy kiss.

Assez étrangement, il n'existe aucune bonne traduction de ce poème en français. Même si nous conseillerons toujours la langue originale en matière de poésie, il est tout de même intéressant de voir que les "universitaires" ont semblent-ils toujours préféré Percy Shelley, dont on ne peut nier le talent, à Mary Shelley, cantonnée au rôle de "femme de" alors que la qualité de son œuvre est indéniable. Sans doute le travail de sa mère aurait méritée d'être plus largement diffusé.


Publicité

Podcast 72
Le 15 Mar
7

Wookie Leaks #30 : Star Wars Rebels

Chose promise, chose due ! En moins de quinze jours, deux épisodes de Wookie Leaks, notre podcast spécialement dédié à Star Wars ! Et après un opus...


Articles liés

auteurs & mots-clés
Chronique Littérature Frankenstein Mary Shelley
5 commentaires Vous devez être connecté pour participer
connexion
Valider
inscription rapide C'est parti !
inscription standard C'est parti !
Publicité