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Édito #31 : Où sont passées nos Utopies ?

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evenementsLe 02 Fev
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Le langage science-fictionnel est devenu bègue ces derniers temps. Il répète en boucle, comme une variante tristounette du syndrome de la Tourette, post-apocalyptique, dystopie et fin du monde. Comme si un obsessionnel en manque de catastrophes s'était mis prendre le contrôle du genre, influençant tous les auteurs du monde pour leur intimer de peindre leurs mondes futurs de couleurs sombres et sanglantes. L'on pourrait croire que ça toujours été le cas, que l'artiste a beaucoup plus de choses à dire s'il envisage l'avenir d'un œil peu confiant. 

Pourtant, l'utopie fut pendant bien longtemps un vrai genre littéraire. Dès l'Antiquité, Platon réfléchissait à une société parfaite dans La République (qui chez lui est synonyme de justice, marrant), où tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes et où nous vivrions tous dans l'harmonie et la bonne intelligence. Forcément, on ne peut plus penser à ça sans attirer au mieux des regards complaisants sur une naïveté plus en accord avec l'époque, au pire retentit le rire suffisant de ceux pour qui l'utopie est un doux rêve tué dans l'œuf, une donnée non quantifiable, qui ne parle pas en terme de rentabilité.

Faut dire que si Platon n'avait pas le meilleur des systèmes politiques, surtout qu'il ne l'avait pas envisagé pour une société exsangue comme la notre, il avait analysé (on parle d'une époque où le barbu de Nazareth n'était toujours pas né tout de même) que la démocratie était un système politique qui ne pouvait aller que dans le mur. Constatant que la démocratie ne pouvait que glisser naturellement vers la démagogie, les sophistes qui inventèrent la rhétorique étaient ses contemporains, elle muterait forcément en tyrannie d'un petit nombre. La dictature d'une oligarchie grisée de pouvoir qui ferait en sorte de rester à la tête de l'État.

L'élève de Socrate avait pour solution proposer de mettre comme régisseurs des philosophes-rois, des hommes éclairés qui une fois en place n'aurait pas à se soucier de question de pouvoir et pourraient conduire la société avec une vision à long-terme. Plombé par les conceptions de son époque, il n'avait pas su dépasser le clivage du tissu sociétal en différentes catégories. De même, même s'il envisageait un collège de philosophes plutôt qu'un dirigeant unique, l'Athénien avait à l'esprit un modèle politique basé sur une Cité-État, bien loin des vastes pays surpeuplés que l'on croise aujourd'hui.

Pourtant, il faut avouer que lui au moins tenta de penser à une société parfaite. Il a l'avantage d'être du côté de l'action, de ne pas se satisfaire de l'état de fait. Plus tard, plus proche de nous, ce sont les philosophes des Lumières qui firent se multiplier les utopies. Mais difficile de voir dans l'El Dorado de Voltaire plus qu'une affirmation de sa réflexion bourgeoise. Pour lui l'Utopie est un endroit d'abondance où tout le monde est tellement riche que la richesse ne signifie plus rien. Nous sommes bien loin des utopistes qui l'on précédé, les Humanistes qui justement redécouvraient après des années d'obscurantisme les textes des philosophes grecs.

Que ce soit dans l'Abbaye de Thélème imaginée par Rabelais ou L'Utopie de Thomas More, nous nous promenons dans des terres imaginaires qui prônent une société bien différente de celles que nous avons fondés depuis l'apparition des religions monothéistes. Elles partagent avec Platon un système économique basé sur le partage et du tout pour tous, mais vont plus loin que le philosophe grec sur un point : le potentiel inhérent à chacun.

"Fais ce que tu voudras."

Voilà la devise que découvre Gargantua au fronton de l'abbaye qu'il construit. Une devise basé sur une idée toute simple, comment un homme qui a déjà bien du mal à se gouverner lui-même pourrait-il gouverner ses congénères ? De même chez Thomas More, qui prône la liberté de chacun. Il est d'ailleurs assez ironique de voir que celui-ci est considéré par les communistes comme l'un des pères du socialisme tandis que l'Église l'a béatifié. Pour une fois que ces deux-là arrivent à s'entendre.

Alors pourquoi n'avons nous plus d'utopies aujourd'hui ? Toutes tendent vers plus de liberté, d'égalité et de réflexion, toutes mettent la raison comme plus haute valeur humaine. Peut-être que c'est pour cela que l'on ne peut plus voir cela de nos jours. Comme si le zeitgeist dépressif, la chape de plomb devenue paradigme, rendait plus envisageable la possibilité de voir se réaliser 1984 plutôt qu'un monde de partage et d'harmonie. Les regards condescendants auraient donc gagné ?


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