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It Follows, la critique

7
ReviewLe 06 Fev
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9 /10
On a aimé
• Artistiquement brillant
• Un casting touchant et au diapason
• De (vraies) références parfaitement digérées
On a moins aimé
• Un style qui ne peut pas plaire à tous
• Une incohérence en forme de grain de sable
Dépecer une bête de festival n'est jamais chose aisée. Prompt à nous faire grimper aux rideaux, celles-ci souffrent aussi de la surconsommation d'un cinéma industrialisé, à milles lieues des ambitions mesurées de ces productions de passionnés. Plus encore quand il s'agit de séparer le bon grain de l'ivraie, avec un film qui vient d'enflammer le public chaud bouillant de Gerardmer et qui se paye aujourd'hui l'attention d'une sortie nationale en salles, aux côtés d'un autre film signé par des auteurs qui ont depuis longtemps déserté le terrain de l'indé'. 
 
 
Né d'un cauchemar récurrent de son réalisateur, It Follows propose une histoire diaboliquement simple, en ce qui concerne son plot au moins : lorsque vous couchez avec une personne atteinte par "la malédiction", vous vous retrouvez suivi par un être / une goule à la forme changeante jusqu'à ce que vous transmettiez ce même virus à votre prochain partenaire sexuel. Ou pas. Si la créature (qui pourra prendre de multiples formes, de vos cauchemars à votre ex en passant par votre propre mère - et ce n'est pas un hasard face à la montagne de thèmes développés) vous attrape, elle vous tue. Si elle vous tue, elle remontera ensuite à celui qui vous l'a transmise. À moins qu'elle ne l'ait finalement jamais vraiment abandonnée. Et c'est déjà là l'une des premières originalités de ce film, qui se développe avec un soin artistique tout particulier (on y reviendra) tout en semblant reposer sur une idée pas plus recherchée que celles des classiques de l'horreur adolescente des 90's. Pourtant, passionné par l'idée d'une seconde lecture métaphorique difficile à extraire, David Robert Mitchell trahit sa propension à suivre les codes du scénario de genre, en n'hésitant pas à transgresser ceux-ci pour les besoins de son histoire et d'une lecture plus poétique encore qu'elle n'y paraît. Pas étonnant que celui qui se réclame d'un cinéma "entre rêve et réalité" joue alors de sa propre oeuvre pour glisser une autre lecture encore, en évoquant clairement le fait que les héros d'It Follows pourraient être une version à peine plus vieille de ses adolescents ô combien marquants de The Myth of American Sleepover.
 
Malgré ce que vend l'affiche et la hype autour du film, celui-ci peine à convaincre en tant que film d'horreur pur jus, malgré son introduction qui donne le ton. Plus proche de la veine d'un cinéma d'auteur américain de plus en plus en train de définir ses propres codes de réalisation (un comble pour un genre qui repose sur le fait de s'en affranchir) à grands coups de chefs d'oeuvres aux approches similaires ces dernières années. Un cinéma à taille humaine, où l'emphase est mise sur les personnages, les émotions, la bande-son, la symbiose d'une production et, bien entendu, la finesse d'une réalisation.
 
Ainsi, en bon film d'auteur qui n'en est pas vraiment un, It Follows peut s'appréhender comme une copie proche du cinéma de Nicolas Winding Refn (qui prévoit, lui aussi, de basculer dans l'horreur), le tout supporté par la finesse adolescente d'un Gus Van Sant. Pourtant, David Mitchell Roberts, qui a déjà fait ses classes "d'apprenti Van Sant" avec son précédent film, qui lui aussi traitait de la vie de jeunes issus de la classe moyenne à Detroit, se revendique d'avantage de Carpenter et Cronenberg, deux figures que l'on retrouve aussi parfois dans sa représentation de l'horreur la plus abrupte, ou par ses cadrages diaboliquement froids et anxiogènes. Très fin avec ses propres références malgré des gimmicks de réalisation reconnaissables entre mille, David Mitchell distille son message presque uniquement grâce aux situations et n'appuie jamais un propos lourdingue à travers la bouche de ses personnages, tous parfaitement campés par un casting écorché vif, tous absolument adolescents. Mention spéciale à Maika Monroe, dont la justesse n'a d'égal que le futur dégagé qui s'annonce devant elle.
 
Enfin, pour en finir avec les qualités incontestables d'un film qui fait déjà date dans le cinéma de genre des années 2010, on notera la FOR-MI-DABLE (je pèse mes mots) partition de Disasterpeace, compositeur de la bande-son du jeu indé' Fez et chouchou des défenseurs de 8-bits le jour. Ici, Rich Vreeland de son vrai nom, bascule dans la nuit la plus totale et s'adonne à livrer une composition malsaine, saturée, lourde, puissante, âpre, parfois presque avare dans la façon qu'elle a d'effleurer des mélodies bonnes à devenir des tubes chez Carpenter Brut, ici propres à accompagner le propos d'un film aussi trouble que la jeunesse qu'il dépeint. Là aussi, le score fera date et c'est sûrement l'avènement d'un (autre) futur artiste majeur auquel on vient d'assister. Si le film vous hante pendant de si longues heures, Disasterpeace n'y est clairement pas pour rien.
 
 
Si une chose est sûre avec It Follows, c'est que son propos s'étend bien au-delà de son visionnage, derrière son aspect premier degré 100% Hollywood labellisé. Ainsi, vous proposer une analyse du second niveau de lecture disséminé par David Robert Mitchell relève presque de l'impudeur. Le film vous attrape, vous renvoie à vos propres peurs, les tord, les déforme, les matérialise au travers d'une goule à l'aspect toujours capital, vous relâche au moment de sa conclusion pleine de sens quand il s'agit de mettre un mot/un concept sur cette présence, puis vous rattrape dans les heures qui suivent son visionnage.

Le réalisateur installe sa réflexion en vous et, sans l'ignorer, vous laisse à vos questions. Ainsi, dans une traduction purement synthétique des concepts développés, le réalisateur commettrait une erreur (d'incohérence) en début de film. Mais de quelle erreur pourrait-il s'agir quand son propos est de matérialiser les angoisses adolescentes, de celles qui vous poursuivent et qui sont connues pour échapper à toute justesse, à toute logique ? Que son message cache une relecture du SIDA ou des MST, comme on peut le lire, ou que cette créature représente plus poétiquement le fardeau amoureux, bien moins douloureux quand il est partagé à deux, quelle importance ? Le réalisateur a gagné dès lors qu'il vous renvoie à cette période de questionnements, caractéristique de cet âge d'errance, où les amis, la solitude et l'amour font figure de socle. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, dans ce récit éthéré et toujours nébuleux, les protagonistes adultes sont presque absents, au même titre que les enfants. It Follows fait partie de votre adolescence, tant il parvient à la capturer et, de nouveau, vous l'imposer.
 
 
Volontairement coincé entre sa révérence au cinéma de genre et l'avènement d'un cinéma d'auteur qui n'a plus assez de mains pour compter ses petits chefs d'oeuvres, It Follows marque un arrêt au stand pour tous les amoureux d'un 7ème Art différent.
Maitrisé de bout en bout par un réalisateur qui signe son deuxième film seulement - sans la moindre concession jusqu'à maintenant, celui qui vient d'enflammer les festivals partout où il a été projeté mérite toute votre attention et nous rappelle une chose fondamentale : quand le cinéma est à taille humaine et l'oeuvre d'artistes passionnés, il a énormément (de pistes) à nous donner.
 
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