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Les Maîtres de la Science-Fiction #5 : Ray Bradbury

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ChroniquesLe 24 Fev
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Dans les grands classiques de la science-fiction, de ceux qui sont reconnus par tout un chacun comme des œuvres aussi essentielles qu'indispensables, on retrouve évidemment Le Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley ou 1984 de George Orwell, des romans d'anticipation qui regardent le futur avec acuité et pas forcément un grand optimisme. Une description qui colle à un autre grand classique de la SF : Fahrenheit 451, un ouvrage écrit par un Ray Bradbury qui reste définitivement l'un des auteurs les plus importants de sa génération, tous genres confondus.

De Green Town à la crise

Ray Bradbury nait en 1920 à Waukegan, petite ville rurale de l'Illinois au sein de laquelle le jeune homme vivra des années qu'il se remémore avec bonheur. Il va souvent s'y référer dans ses romans sous le nom de Green Town, sorte de représentation personnelle de l'Âge d'Or, symbole du bonheur simple qu'il regrettera alors qu'il observe la disparition de ces localités, souvent absorbées par la banlieue de grandes métropoles.

Dans les années 30, sa famille va beaucoup déménager au fil des emplois de son père qui subit alors de plein fouet la Crise. Ils vont tout d'abord se rendre en Arizona, où le jeune Ray, porté par ses lectures d'Edgar Allan Poe et d'Edgar Rice Burroughs. Les deux Edgar, l'un par ses nouvelles fantastiques qui terrorisent son jeune imaginaire, l'autre par sa saga John Carter qui lui ouvre une passion débordante pour la science-fiction, vont pousser celui qui découvre des terres arides bien différentes de son Illinois natal à prendre lui-même le crayon. Sa famille vivant sur le seul salaire famélique du père de famille, il va parfois s'essayer à la littérature sur des emballages de boucher, le papier étant bien trop cher.

Un nouveau déménagement va mener la famille Bradbury à Los Angeles en 1934. Là, le père de Ray Bradbury va enfin trouver un emploi stable auprès d'une compagnie du câble et avec 14$ par semaine, la famille va enfin pouvoir s'installer de façon permanente. Tant mieux pour le jeune Ray qui a alors 14 ans et qui tombe immédiatement amoureux d'Hollywood, lui qui habite désormais du Uptown Theater, cinéma où les films de la MGM et de la Fox sont projetés en premier lieu. Surtout, il va faire la rencontre dans cette ville californienne en pleine effervescence la rencontre de Bob Olsen.

Celui-ci est un auteur de nouvelles dans le fameux Amazing Stories, revue littéraire qui publiera bon nombre d'auteurs de SF qui deviendront reconnus. Il sera l'un des premiers à utiliser le concept de la Quatrième Dimension et l'un des premiers auteurs à user du terme de Space Marine. Cet écrivain qui vit à Beverly Hills, tout près de chez Ray, va devenir son mentor et ami. Il lui apprendra les ficelles de l'écriture et ils partageront idées et concepts sur le thème de la science-fiction. Cette relation va définitivement convaincre le jeune homme qu'il veut faire de l'écriture sa vie.

C'est aussi à cette période qu'il va entrer au lycée où il sera notamment dans les clubs d'écriture poétique (Ray Bradbury a toujours été un grand amateur de poésie) et dramatique. Très bon dans ses études, il va cependant aller à l'encontre de l'avis de ses professeurs en n'allant pas à l'université. Il expliquera plus tard qu'il a appris bien plus en allant à la librairie trois jours par an qu'en suivant des cours de professeurs qui pensent en savoir plus que leurs élèves alors que ce n'est pas forcément le cas. Il explique aussi qu'à l'époque il n'avait pas un sou et qu'il a donc choisi de livrer des journaux et de s'adonner à l'écriture de son côté.

Les débuts dans l'écriture

Alors qu'il sort tout juste du lycée, il écume les rédactions des magazines de science-fiction en essayant de faire publier l'une de ses nouvelles qu'il écrit sur les machines mises en location à la bibliothèque de UCLA, l'une des grandes universités de Los Angeles. N'arrivant pas à soulever l'intérêt des magazines pulp, il va aussi envoyer ses textes aux magazines plus généralistes. C'est ainsi que sa nouvelle Homecoming va finir sur le bureau d'un tout jeune éditeur de Mademoiselle, un certain Truman Capote, qui cherche alors des textes pour l'édition spéciale d'Halloween. Ce seront les premiers mots de Bradbury qui seront imprimés.

En 1938, il va publier Hollerbochen's Dilemma dans le fanzine Imagination, pour lequel il ne recevra pas de rétribution. Mais le rédacteur-en-chef, Forrest J. Ackerman, confiant dans le talent du jeune écrivain va lui payer son billet pour sa toute première convention de littérature SF, la First World Science Fiction Convention à New York, et va lui offrir de publier son propre fanzine. Futuria Fantasia durera quatre numéros, chacun tiré à une centaine d'exemplaire, qui seront en grande partie écrits par Bradbury lui-même.

Jeune adulte en âge d'être appelé sous les drapeaux, la Seconde Guerre Mondiale amène Ray Bradbury à devoir se présenter au recrutement, mais sa vue plus que mauvaise va l'écarter du conflit. Il va alors pouvoir continuer à écrire des histoires courtes, il va se mettre à fréquenter de plus en plus de cercles d'écrivains et va même finir par être engager comme auteur dans une compagnie de théâtre, la Wilshire Players Guild. De son propre aveu, ces pièces seront de piètre qualité.

En 1941, il va publier sa première nouvelle pour laquelle il sera rétribué, Pendulum qu'il a coécrit avec Henry Hasse (les deux auteurs se partageront 15$), qui sera publié dans Super Science Stories. Suivra The Lake, une histoire qui lui permet d'exorciser un moment dramatique de son enfance où l'une de ses amies ira se baigner dans un lac et n'en ressortira jamais, qu'il écrit seul cette fois-ci (il pourra donc mettre l'intégralité des 13,5$ dans sa poche), qui sera publié dans Weird Tales, autre fameux magazine pulp de l'époque. Il choisit donc à cette époque de devenir écrivain à temps-plein et d'en faire sa vie, ou du moins d'essayer.

 

Le temps des chefs-d'œuvre

Sa chance viendra assez vite, en 1947, quand la petite maison d'édition Arkham House va décider d'éditer un recueil de ses nouvelles, Dark Carnival. Ce livre va lui offrir une exposition inespérée, surtout qu'il va lui attirer des critiques élogieuses. Désormais installé comme écrivain, il va faire une nouvelle rencontre opportune dans une librairie où il dédicaçait : l'écrivain Christopher Isherwood. Cet ami proche de Truman Capote et Aldoous Huxley va alors discuter avec Ray Bradbury et ce dernier lui confiera son premier roman, Les Chroniques Martiennes.

Roman un peu particulier puisqu'il est composé de plusieurs histoires indépendantes que Bradbury a reconnecté par la suite pour former à la façon d'Isaac Asimov une histoire du futur qui voit les Terriens arriver sur Mars et y rencontrer les Martiens. Ces derniers seront alors décimés par une maladie ramenée par l'un des explorateurs pendant que la Terre est détruite par une guerre nucléaire. Isherwood va adorer ce livre et faire en sorte qu'il soit publié. Ce sera le premier grand succès du jeune auteur.

Pour Bradbury, Les Chroniques Martiennes ne sont pas de la science-fiction mais de la fantasy, opposant le fait que la SF décrit un futur possible alors que son roman est de l'ordre de l'imagination pure. Il va alors écrire ce qu'il considère comme son seul véritable roman de science-fiction, et au passage son plus grand chef-d'œuvre, Fahrenheit 451. Ce brûlot (hum) d'anticipation montre une société qui a proscrit la littérature, au point de brûler tous les livres qu'il reste. Cette œuvre lourde de sens, surtout que Bradbury a expliqué qu'il estimait que le futur qu'il décrit pourrait être possible dans les quarante à cinquante ans à venir, voit l'auteur s'inquiéter dès 1951 de l'omniprésence des écrans. Dès sa sortie, ce roman (très court) va faire autorité et consacré Ray Bradbury.

Pourtant, même s'il continuera à écrire de la science-fiction jusqu'au bout de sa vie, Ray Bradbury va progressivement s'éloigner de la littérature de genre. Amoureux déclaré d'écrivains comme John Steinbeck, Alexander Pope ou Tom Wolfe (ce bon goût), il va continuer à écrire continuellement, mais en se dirigeant vers des romans plus dramatiques, porteurs d'un lourd symbolisme. Son roman suivant, Dandelion Wine, est un ouvrage semi-autobiographique où se confondent sa vie (avec l'évocation notamment de Green Town), une réflexion imagée sur le retour à la Nature et des interrogations sur le monde de demain.

On peut aussi noter que Ray Bradbury alla voir au-delà de la littérature. Cet amoureux d'Hollywood, dont le témoin à son mariage n'était nul autre que Ray Harryhausen et qui était un proche ami de Gene Roddenberry (le créateur de Star Trek), a aussi travaillé au cinéma. Sa principale contribution sera le scénario de Moby Dick, film culte de 1953 adapté du roman de Melville.

Il mourra des suites d'une longue maladie en 2012. Son décès sera le déclencheur d'une foule d'hommages à travers le monde (même Barack Obama se fendra d'une déclaration publique, c'est dire). Surtout, il restera comme l'un de ces grands visionnaires à l'acuité terrible qui seront tout autant de Cassandre que l'on écoute une fois que la maison brûle :

"People ask me to predict the Future, when all I want to do is prevent it."


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