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Pink Floyd - The Piper at the Gates of Dawn

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DossierLe 26 Avr
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Aux confins du psychédélisme, les membres de Pink Floyd n’ont eu de cesse d’avouer leur amour au fantastique et à toutes ses déclinaisons. Si de nombreuses compositions de Nick Mason, David Gilmour, Roger Waters et Richard Wright portent un label  SF avoué et inexorable, Syd Barrett a aussi eu l’occasion de mettre en avant son amour pour l’imaginaire. Un imaginaire différent, plus porté vers le conte enfantin poétique que vers les grandeurs astronomiques des autres membres du groupe.

Pour ce présent dossier, c’est le premier album mythique du groupe, The Piper at the Gates of Dawn qui nous intéresse. L’album est composé essentiellement par Syd Barrett, premier chanteur/guitariste des Pink Floyd et génie musical à la carrière éphémère mais à l’influence phénoménale. Ce sont ses thèmes qui ressortent à l’écoute de l’album : un condensé de poésie, magie, conte, fantastique et… psychédélisme.

 

1. | Syd Barrett, une légende à lui tout seul

Chapitre I | Syd Barrett, une légende à lui tout seul

Album composé à Abbey Road en 1967 dans le mythique studio n°3, les Pink Floyd étaient alors voisins des Beatles qui enregistraient l’un de leurs plus grands albums au studio n°2 : Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band. L’influence mutuelle entre les deux groupes alimente encore de nombreux débats. Syd Barrett n’a jamais caché son amour pour les Beatles qui furent certainement une de ses plus grandes influences d’écriture : « Syd adorait John Lennon et aurait presque préféré mourir que de le rater » nous apprend par exemple sa petite amie de l’époque.  Norman Smith, producteur de l’album avoua quant à lui : « Le Floyd craignait les Beatles, Syd semblait plus motivé par les rencontrer que de faire partie de son groupe ». De son côté, Paul McCartney assistait quelques années plus tôt à un concert mythique de Pink Floyd à l’UFO Club et fut tellement sonné devant le spectacle qui lui était proposé que certaines voix pensent que l’influence du concert se ressent à travers Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, notamment le manager du groupe : « Je suis persuadé que les Beatles copiaient ce que nous étions en train de faire ». Chacun y fera son propre avis, McCartney a cependant avoué que le premier album des Pink Floyd était une merveille.

C’est dans ces conditions que The Piper at the Gates of Dawn voit le jour durant l’été 1967. Le nom de l’album provient d’un nom de chapitre du roman Le Vent Dans les Saules de Kenneth Grahame, livre qui a imprégné l’imaginaire de Syd Barrett. Classique de la littérature enfantine britannique souvent comparé à Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll (à noter que le titre du premier album solo de Barrett est une référence directe au Chapelier Fou), le roman est sorti au début du XXème siècle et propose un mélange singulier d’aventure et de mysticisme avec des protagonistes animaliers. Il est intéressant de noter ce mélange qui sied (Syd, sied, vous l’avez ?) à merveille à l’écriture et aux chansons de l’album qui sont un appel au voyage poétique fantastique accouplé au rêve enfantin.  Très peu de personnes ont touché la grâce et la beauté poétique de son écriture sur cet album. Son influence est encore aujourd’hui considérable auprès de la scène musicale britannique et son décès en 2006 avait suscité un vif émoi.

2. | Voyage Intergalactique

Chapitre II | Voyage Intergalactique

Même si l’album fait la part belle au conte enfantin, deux titres mettent en avant les prémices de ce que sera le Floyd sans son poète maudit. A une différence essentielle : ici, c’est Syd Barrett aux manettes de ce voyage intergalactique.

L’album s’ouvre avec Astronomy Domine, quatre minutes de musique spatiale aérienne qui viennent s’imprégner d’un texte halluciné où Syd en profite pour nous donner un petit cours d’astronomie. Il y parle des satellites d’Uranus que sont Obéron, Miranda et Titania  mais aussi de Titan, plus gros satellite de Saturne. C’est bien un voyage à travers notre système solaire que nous propose le natif de Cambridge. Ce schéma concocté par seedfloyd.fr nous le présente :

Voici les paroles prononcées par Syd durant la chanson :

"Jupiter and Saturn,

Oberon, Miranda and Titania

Neptune, Titans

Stars can frighten"

Syd Barrett nous amène donc faire un aller-retour Terre/Neptune tous frais payés, de quoi réviser en musique le positionnement de nos planètes, merci Syd !

Plus qu’un voyage, Syd Barrett est aussi là pour faire revivre des légendes, comme le fameux Dan Dare, pilote de notre escapade à travers les planètes.

" Blinding signs flap flicker flicker flicker

Blam pow pow

Stairways scare Dan Dare who’s there "

Dan Dare est un héros de comics anglais qui a vu le jour en 1950 dans la revue Eagle #1 des mains de Frank Hampson. Son influence sur la culture pop est non négligeable.  En effet, Doctor Who, Chris Claremont et son Captain Britain le remercient mais plus « surprenant », le scénariste Jonathan Hickman fait un clin au personnage dans Avengers avec Izzy Dare, petite fille de Dan Dare (Captain America a d’ailleurs une pensée pour son ami d’autrefois). Warren Ellis (Ministry of Space), Elton John (Dare Dare Pilot of the Future) ou encore David Bowie (DJ : « I feel like Dan dare lies down ») sont des artistes qui ont été marquées par le personnage de Hampson.

Dan Dare sent bon le space-opéra pré-années 70  comme pouvaient l’être Perry Rhodan de l’autre côté du Rhin ou encore Flash Gordon. Un voyage à la rencontre de diverses races extraterrestres, le rêve spatial « pulp » à son meilleur. A noter qu’Arthur C. Clarke a eu l’occasion de travailler sur le titre.

 

Le thème spatial reviendra ensuite sur l’album avec Interstellar Overdrive. Sans paroles, Interstellar Overdrive est un bijou space-rock instrumental barré, complètement fou et renversant. Puissante et belle à la fois, inquiétante et grandiose, la chanson annonce de façon discrète  le futur du groupe et rappelle par moment des titres qui sortiront quelques années plus tard sur Atom Heart Mother et Meddle. Interstellar Ovedrive est l’une des premières chansons improvisée et instrumentale pour un groupe de rock. On ferme les yeux pour se perdre dans les confins de notre galaxie à une vitesse interstellaire.

3. | Syd, conte-nous une histoire

Chapitre III | Syd, conte-nous une histoire

Une des plus grandes qualités de Syd Barrett qui a façonné le personnage et sa légende est son incroyable capacité à nous raconter des histoires. Merveilleux poète et conteur, ses talents ressortent de plein fouet à travers The Piper at the Gates of Dawn. Ses textes possèdent une sensibilité extrême, le conte et l’enfance n’ont de cesse de revenir à travers ses paroles entonnées par sa belle-gueule mais cachent aussi une personne violente qui meurt à petit feu suite aux ravages du LSD.

La grâce du texte de Barrett se ressent dès le deuxième titre de l’album : Lucifer Sam. Une comptine anodine qui narre l’histoire d’un chat siamois « That cat’s something I can’t explain » nous chante Barrett. Il en profite pour mentionner  Jenny Spires, sa petite amie de l’époque qu’il traite ni plus ni moins de sorcière : « Jennifer Gentle you’re a witch ». Lui aurait-elle jetée un sort ? Au départ, le titre était un projet de film et devait s’appeler Percy the Ratcatcher. A noter l’orgue de Richard Wright sur ce titre qui se rapproche des miaulements d’un chat pour coller au texte et une ressemblance dans la progression de la chanson avec le thème de Batman par Neal Hefti qui connut une année avant la sortie de The Piper at the Gates of Dawn un succès important.

Le conte prend tout son sens avec Matilda Mother : Barrett y présente une mère racontant un conte à son enfant avant de s’endormir.

" Oh oh Mother

Tell me more

Why’d you have to leave me there
Hanging in my infant air, waiting
You only have to read the lines of
Scribbly black and everything shines
"

Syd Barrett en profite aussi pour nous raconter le conte en question : une histoire qui commence de façon classique (There was a king who ruled the land) mais qui évolue ensuite de façon surréaliste, amenant des images assez étrange :

" With silver eyes, the scarlet eagle
Showered silver on the people

Bells to tell the King the news
A thousand misty riders
Climb up higher once upon a time
"

Diverses interprétations sont possibles, j’y vois personnellement ni plus ni moins qu’une révolution ou la chute d’un roi, d’autant plus avec l’image forte de l’aigle, symbole par excellence des victoires militaires qui ont façonné de nombreux courants de notre histoires (Rome, Napoléon,..). Comme nous le dit très bien l’auteur de la chanson : « The words have different meanings ». CQFD.

Enfin, l’amour des contes de Syd est exprimé de façon limpide dans la chanson :

" For all the time spent in that room
The doll’s house darkness old perfume
And fairy stories held me high up
On clouds of sunlight floating by
"

Une bonne odeur de coin de feu se ressent et on ne peut mettre de côté le parallèle conte de fée/ LSD dans la chanson. «And fairy stories held me high up » comme nous le dit très bien le concerné… A noter que Matilda Mother est chantée en majorité par Richard Wright mais la voix de Barrett est présente pour soutenir le texte qu’il a lui-même écrit.

 

Le trip psychédélique des chansons de l’album est omniprésent et reflète la période Barrett. Les paroles de Flaming proviendraient par exemple directement d’un trip sous LSD. Voici le contenu de ce voyage déjanté et irréel : la chanson démarre sur des nuages bleus,  le protagoniste de la chanson (Barrett ?) est étendu sur un édredon. Il s'enfuit alors sur la rosée brumeuse en étant assis sur une licorne (un point pour Hélène) et un pissenlit. Il se noie ensuite dans le ciel ( !), voyage par téléphone (répond à ça Doctor Who !). Et pendant tout ce délire musical, Barrett joue à cache-cache :

" Yippee, you can’t see me
But I can you
"

Il est impossible de décrire les paroles surréalistes de Barrett. Il est dans son monde, dans son imaginaire, il contrôle les différents pans de sa création, il dirige la musique et les textes à sa guise. Son univers est conséquent, les frontières sont injoignables. La beauté de Flaming est  caractéristique de la beauté des textes uniques de Barrett. Le timbre de voix si particulier de Barrett, comment il arrive à insuffler une vie et une beauté à sa chanson sidère à chaque écoute. Les chœurs de Roger Waters ne sont pas en reste (la très belle montée après Watching buttercups cup the light).

Que dire maintenant de The Gnome ? Certainement inspirée de l’imaginaire de J.R.R Tolkien (un auteur qu’adorait Syd), la chanson relate l’histoire de Grimble Grumble, un gnome vivant dans sa maison avec un train de vie confortable qui eut un jour une grande aventure.  Syd rappelle à notre imaginaire le merveilleux monde de la Comté. Il suffit alors de remplacer le gnome par un Hobbit et nous sommes face à l’histoire (très) résumée de Bilbo le Hobbit. The Gnome est une  très belle chanson qui démontre encore une fois la beauté des textes de Barrett, bien loin de ses contemporains d’alors.

Enfin, ce côté enfantin se ressent une dernière fois avec les deux dernières chansons de l’album : Scarecrow et Bike.

Sous forme de comptine, Scarecrow parle d’existentialisme (chaque personne est un être unique maître de ses actes et de son destin) avec une forme de tristesse résignée (The black and green scarecrow is sadder than me).

Bien entendu, l’image de l’épouvantail du Magicien d’Oz n’est pas loin. N’oublions pas que dans le livre de L. Frank Baum, celui-ci se plaint de ne pas avoir de tête. De son côté, l’épouvantail de Syd ne pense pas (His head did no thinking his arms didn’t move).

Lorsqu’on connait l’amour de Syd pour les contes, cette ressemblance est donc tout sauf anodine. Sous ses airs de ballade pop enjouée, Scarecrow est donc une chanson mélodieuse assez triste, que ce soit pour le sort de l’épouvantail ou celle du protagoniste qui clame :

" But now he’s resigned to his fate
‘Cause life’s not unkind, he doesn’t mind
"

Après tout, l’épouvantail n’a pas à se soucier des difficultés de la vie humaine alors que Syd, en pleine crise, se situe à un tournant de sa vie. 

 

Pour ne pas changer, Syd termine l’album avec une nouvelle pépite du nom de Bike. Magnifique titre écrit pour Jenny :

" You’re the kind of girl that fits in with my world
I’ll give you anything, everything if you want things
"

Cependant, la chanson s’amuse aussi avec la légende de l’invention du LSD ! Encore une fois, sous ses airs candides, Syd arrive à insuffler une noirceur à ses textes de façon tellement aisée et pragmatique que ça en devient effrayant. La légende précise que le LSD aurait été inventé dans les années 40 par un chimiste qui manipulait l’ergot de seigle. Un jour, après avoir manipulé l’ergot il se sentit quelque peu fiévreux  et rentra chez lui en vélo : il venait ni plus ni moins que de vivre un trip sous LSD.

Pendant la chanson, Syd en profite pour énuméré ses amis imaginaires préférés : une souris du nom de Gerald et des bonhommes d’épice. Il termine la comptine enfantine en invitant la fille dans une chambre :

" I know a room of musical tunes
Some rhyme, some ching, most of them are clockwork
Let’s go into the other room and make them work
"

Syd, you’re a wizard.

Avec The Piper at the Gates of Dawn, Syd Barrett est au paroxysme de son talent. Jamais il ne retrouvera la beauté terrifiante de son écriture. Jamais il ne retrouvera sa poésie délirante sur un album entier. Il restera quelques bribes sur ses deux albums solos, géniaux mais inégaux. Il n’aura suffi que d’un album (et demi) avec Pink Floyd et deux albums solos pour faire rentrer Syd Barrett dans la légende. Une légende qui a façonné le mythe Pink Floyd et qui a insufflé l’âme de la musique britannique.

Sources

Destiantion-rock.com

Rock Fever

Seedfloyd.fr

Les Inrocks

SydBarrett.com

Si vous êtes intéressés par l'histoire de Syd Barrett, je vous conseille l'excellent livre de Mike Watkinson et Pete Anderson publié aux éditions Camion Blanc : Syd Barrett, Le Diamant noir.

Chapitre I | Syd Barrett, une légende à lui tout seul

Album composé à Abbey Road en 1967 dans le mythique studio n°3, les Pink Floyd étaient alors voisins des Beatles qui enregistraient l’un de leurs plus grands albums au studio n°2 : Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band. L’influence mutuelle entre les deux groupes alimente encore de nombreux débats. Syd Barrett n’a jamais caché son amour pour les Beatles qui furent certainement une de ses plus grandes influences d’écriture : « Syd adorait John Lennon et aurait presque préféré mourir que de le rater » nous apprend par exemple sa petite amie de l’époque.  Norman Smith, producteur de l’album avoua quant à lui : « Le Floyd craignait les Beatles, Syd semblait plus motivé par les rencontrer que de faire partie de son groupe ». De son côté, Paul McCartney assistait quelques années plus tôt à un concert mythique de Pink Floyd à l’UFO Club et fut tellement sonné devant le spectacle qui lui était proposé que certaines voix pensent que l’influence du concert se ressent à travers Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, notamment le manager du groupe : « Je suis persuadé que les Beatles copiaient ce que nous étions en train de faire ». Chacun y fera son propre avis, McCartney a cependant avoué que le premier album des Pink Floyd était une merveille.

C’est dans ces conditions que The Piper at the Gates of Dawn voit le jour durant l’été 1967. Le nom de l’album provient d’un nom de chapitre du roman Le Vent Dans les Saules de Kenneth Grahame, livre qui a imprégné l’imaginaire de Syd Barrett. Classique de la littérature enfantine britannique souvent comparé à Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll (à noter que le titre du premier album solo de Barrett est une référence directe au Chapelier Fou), le roman est sorti au début du XXème siècle et propose un mélange singulier d’aventure et de mysticisme avec des protagonistes animaliers. Il est intéressant de noter ce mélange qui sied (Syd, sied, vous l’avez ?) à merveille à l’écriture et aux chansons de l’album qui sont un appel au voyage poétique fantastique accouplé au rêve enfantin.  Très peu de personnes ont touché la grâce et la beauté poétique de son écriture sur cet album. Son influence est encore aujourd’hui considérable auprès de la scène musicale britannique et son décès en 2006 avait suscité un vif émoi.



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