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Mad Max : Fury Road, la critique

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ReviewLe 15 Mai
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10 /10
On a aimé
• Une conception phénoménale
• Une vraie expérience de cinéma
• Plusieurs niveaux d'interprétation
• Un trio d'acteurs au sommet
On a moins aimé
• Où est passée l'Interceptor ?
• Faudra-t-il attendre 15 ans pour le prochain ?

Quinze ans après son apparition dans l'esprit de George Miller, Mad Max : Fury Road fait enfin surface dans nos salles obscures, après un developpement hell qui restera sans doute dans les anales du cinéma Hollywoodien. Avec cette longue gestation, puis avec des bandes-annonces à couper le souffle, on craignait pourtant que l'attente desserve le nouveau film du réalisateur Australien. Force est pourtant de constater qu'après une course-poursuite de deux heures, Fury Road tient toutes ses promesses, et se permet même de dépasser nos espoirs les plus fous.

En effet, peu de films peuvent rivaliser avec les standards d'excellence imposés par ce quatrième Mad Max. Sa longue genèse, associée à l'expérience d'un réalisateur qui fête ses 70 ans cette année, donne naissance à un métrage d'une maturité exceptionnelle, et ce, à tous les niveaux.

Un devoir bien préparé 

Premier d'entre-eux, l'imagination. Mad Max : Fury Road est une parade de véhicules tous aussi improbables les uns que les autres, que George Miller nous fait adorer avant de les faire exploser dans un déluge de poudre et de métal. Mais outre les monstres mécaniques qui le fascinent depuis le premier opus de la saga, le réalisateur donne vie à un monde post-apocalyptique complètement dingue, qui digère parfaitement toutes les influences d'un genre, qui, rappelons-le, doit tout ou partie de son imagerie au second Mad Max. La boucle est donc bouclée avec brio, George Miller repoussant les limites de son inventivité pour nous plonger dans un univers formidablement ludique, rendu crédible par quelques plans bien sentis, en témoigne l'introduction du personnage de Hugh Kaeys-Byrne, Immortan Joe, un Dark Vador post-armageddon rendu culte au premier coup d'œil. Le vilain, comme tous ses sbires, ses adversaires et le monde qui l'entoure (ses coutumes, son langage...) sont d'ailleurs autant de jouets de luxe avec lesquels George Miller va s'amuser dans une réalisation aussi ludique qu'inspirée, mais nous y reviendrons. Car avec ses créations, le metteur en scène ne régale pas seulement la vue, il flatte l'ouïe avec un argot apocalyptique fait de néologismes et d'expressions idiomatiques inédites mais instinctivement compréhensibles. Un vrai bonheur pour les junkies d'imaginaire que nous sommes.

Dans sa conception également, le film est incomparable. Déjà fascinant sur le papier, Mad Max : Fury Road doit la puissance de sa course à un travail d'amont colossal, réalisé par 5 story-boarders qui ont imaginé des milliers de tableaux. Une anecdote de cinéphiles capricieux qui prend pourtant tout son sens une fois la course-poursuite lancée. Pas un cadrage à côté, aucun plan superflu : George Miller livre une vraie œuvre d'art en terme de mise en scène grâce à sa pré-production Herculéenne. Le résultat éclate à chaque nouvelle séquence, parfaitement découpées, rythmées à merveille, et qui nous permettent de suivre, voire d'admirer, des dizaines de véhicules et d'individus mus par la folie. Les efforts précédant la réalisation ne sont d'ailleurs jamais aussi payants que dans les scènes d'action, dont la conception "en niveaux" fait écho au jeu-vidéo. Encore une fois, la boucle est bouclée pour George Miller, qui s'inspire de la riche industrie vidéo-ludique après avoir servi de maître à penser aux concepteurs de ces dernières années par l'intermédiaire de son Mad Max : The Road Warrior.

Enfin, c'est dans sa réalisation, qui ne fait jamais qu'appliquer les deux étapes précédentes, que Fury Road se montre incroyable. Immense course-poursuite de deux heures, le métrage ne s'arrête que pour nous laisser le temps de souffler pour mieux nous battre : l'immersion est totale, et bien aidée par la bande-son de Junkie XL, qui sert aussi bien d'effet que d'accompagnement sonore. Chaque combat, chaque course est plus démente encore que la précédente, dans une logique de surenchère qu'on a rarement vu aussi maîtrisée. Peu importe le nombre d'engins et de guerriers propulsés à l'écran, George Miller maintient un niveau de lisibilité à en faire pâlir tous les maîtres du cinéma d'action. On notera au passage l'importance de la photographie, qui se veut changeante - et parfois même clignotante - et tout à fait symbolique.

 

La science du mouvement

Mais s'il y a une chose à retenir du nouveau George Miller, un mot qui lui colle à la peau, c'est bien le mouvement. Côté scénario, c'est la fuite vers l'avant qui vient le rappeler. Dans la réalisation, c'est d'abord des effets de mise en scène, cherchant à accélérer les mouvements des personnages, puis dans le montage que le mouvement est admirablement travaillé, servant d'appui à une symbolique précise, ou de vecteur à l'action. On notera par exemple que les mouvements de Max, par leur rapidité, n'ont rien d'humain lorsqu'il est traité comme une bête, et qu'ils redeviennent normaux au cours du film, c'est à dire aux contacts d'autres individus.

Ce mouvement, comme le film, ne va qu'en s'accélérant. Et George Miller suit la cadence, avec une réalisation tout bonnement hallucinante d'un point de vue technique. Comme filmé sur un tapis roulant toujours en marche, le film met en scène, la plupart du temps, trois niveaux de mouvement : les véhicules qui rugissent au milieu du désert, allant dans un sens, leur passagers, obligés de se défendre pour survivre, dans l'autre, et les caméras, se déplaçant de manière fluide au beau milieu de ce (magnifique) chaos.

C'est simple, le réalisateur ne s'arrête jamais de bouger. Les plans fixes doivent par exemple se compter sur les doigts d'une main, George Miller associant toujours ses savants cadrages à un mouvement de caméra, un zoom, un décalage, qui tous, donnent à Fury Road non seulement l'apparence, mais également la consistance d'une énorme course-poursuite. Un résultat tout bonnement bluffant qui peut compter sur l'utilisation de décors et de véhicules réels - de côté-là aussi, le travail est colossal - pour se rendre plus impressionnant encore.

La trinité

Mais bluffer le spectateur à grands coups de belles images et d'action bruyante ne suffit pas, encore faut-il donner aux spectateurs des repères pour survivre dans ce joyeux enfer. Ne cherchez pas plus loin, ces repères s'appellent Charlize Theron, Nicholas Hoult et Tom Hardy. Et si nous attendions ce dernier comme jamais, ces deux collègues n'en sont pas moins étincelants. Pour un peu, Charlize Theron, d'une classe impériale dans son rôle de Furiosa, volerait presque la vedette à Tom Hardy avec un jeu presque aussi taciturne et pour autant ô combien accrocheur. L'actrice sud-africaine, du haut de ses quarante ans, prolonge enfin la tradition de l'héroïne d'action, des dizaines d'années après Sigourney Weaver et Linda Hamilton.

Face à elle, on retrouve donc un Tom Hardy bestial, qui parvient à s'approprier un rôle emblématique sans jamais rien sacrifier de son charme habituel. Grognard, imposant, mimétique, le Britannique livre une nouvelle performance à la mesure de son talent. Son charisme silencieux servant à merveille la la figure presque fantomatique qu'est le guerrier de la route. A ses côtés, Nicholas Hoult n'a pas à rougir de son interprétation, évolutive, tout aussi subtile, et qui constitue la principale porte d'entrée vers le message dense amené par Mad Max : Fury Road.

I'm looking for redemption

Les premiers films Mad Max étaient déjà lourds de sens, explorant notamment la course à l'or noir et les méfaits qui en découlent, mais Fury Road va beaucoup plus loin. Si la réalisation du film tient plus de la nouvelle vague de réalisateurs Hollywoodiens, soucieux de réinventer la mise en scène de l'action, le propos, lui est celui d'un vieux sage, qui est conscient du chemin que le monde a parcouru. Il nous l'indique dès l'introduction, qui, dans un bel écho à Mad Max : Road Warrior, met l'emphase sur l'eau, et non plus sur le pétrole. Jim Jarmusch et Jean Claude Van Damme apprécieront.

Relisant les dérives de la société de consommation à la lumière brûlante d'un monde post-apocalyptique, George Miller livre un message aux multiples interprétations, et qui n'a pas peur de se frotter à des gros mots comme l'écologie, le patriarcat ou le capitalisme, au sens premier, c'est à dire le droit de propriété. Et il y a assurément des dizaines d'enseignements à tirer de ce Fury Road, qui comme la mythologie qui l'inspire, utilise des événements simples pour faire passer des messages hautement plus complexes.

Avec la pugnacité d'un jeune réalisateur en quête de gloire et l'humilité d'un metteur en scène au sommet de son art, George Miller, après trois bijoux - chacun à leur manière - nous offre le diamant le plus pur qui soit : un monument de réalisation et de symbolique, tous les deux riches de sens, et qui a déjà des airs d'intemporel classique. A découvrir en salle de toute urgence, histoire de soutenir un projet vieux de quinze ans, qui aurait très bien pu rester l'arlésienne ultime. 


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