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Édito #51 : Hollywood appartient aux fans

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evenementsLe 29 Jui
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Internet, ce n'est pas que du porno, des vidéos de chat et des forums où les gens s'engueulent. C'est également un outil pour dénicher de nouveaux talents. Des hommes et des femmes qui grâce au web, finissent par se dénicher eux-mêmes d'ailleurs. Un peu d'huile de coude, un beau projet, quelques savoir-faire, et le tour est joué. De la même manière que la miniaturisation des appareils a démocratisé le fait de filmer, la folle expansion d'internet permet à de parfaits inconnus d'accéder au saint Graal : la réalisation d'un film hollywoodien. Ou du moins, c'est l'image que renvoie la plus célèbre colline de Los Angeles au reste du monde depuis quelques années déjà.

Comme je le disais, les fans ont gagné en pouvoirs grâce à internet. Les communautés se font plus puissantes et défendent parfaitement leurs intérêts face à Hollywood et ses décisionnaires. Une forme de victoire pour le spectateur, qui hélas ne fait pas toujours preuve de sagesse dans ses combats : on ne compte plus les pétitions anti-Ben Affleck depuis son ascension en Batman, mais on cherche encore celles qui interdisent Jai Courtney de jouer. Grâce à internet, la masse des spectateurs reprend (ou tente de reprendre) une partie de ses droits face aux décisionnaires, et dans une forme de calque, les décisionnaires déchargent une partie de leurs devoirs à la masse, dans laquelle des gens réfléchissent à leurs franchises favorites, ou créent, tout simplement.

 

Car le court-métrage d'un fan peut devenir le blockbuster de demain. Un constat qui devient réalité d'année en année. Le cas Neill Blomkamp, qui avait débuté avec des shorts plein à craquer de bonnes idées, n'est plus isolé. Au contraire, les studios cherchent à l'imiter - ne sous-estimons pas leur œillères, tout ce qui marche est susceptible d'être copié. Et si les projets sélectionnés ne sont pas toujours ceux de parfaits inconnus, il semblerait que la force de frappe des réseaux sociaux, combinée au succès économique de la culture geek, partout de nos jours, encouragent Hollywood à s'enfoncer toujours plus loin dans le fandom. Il y a peu, c'était un petit génie des effets spéciaux comme Blomkamp ou même Gareth Edwards, one-man army de son premier film, Monsters, qui débarquait aux commandes d'une grosse production. Aujourd'hui, c'est un fan persévérant qui est invité dans les locaux d'un studio, comme nous l'a montré l'exemple de Star Trek Uncharted, une grosse fan-fiction qui deviendra peut-être réalité chez Paramount. On peut même relever des success stories improbables comme celle de Jon Watts, qui d'un faux trailer a réussi à faire un film (Clown, grâce au génial Eli Roth) avant de séduire Sundance (Cop Car) puis Marvel Studios (Spider-Man). Alors imaginez ce que sera demain ? La fin des intermédiaires entre les spectateurs et les studios ? Peut-être bien.

 

Après tout, Hollywood ne se contente pas de piocher dans l'immense vivier créatif que nous représentons toutes et tous - même si nous avons tout de même l'ÉNORME avantage d'être gratuits, contrairement à des scénaristes professionnels - il nous écoute aussi très attentivement. Le parfait exemple pour cet argument n'est autre que la plus grosse franchise de tous les temps : Star Wars, dont le retour, millimétré, semble vouloir caresser les fans dans le sens du poil. C'est ce qu'il se dégage en tous cas des propos de la présidente de Lucasfilm, Kathleen Kennedy, qui semble tendre une oreille particulièrement attentive aux déclarations des fans. Le succès de cette stratégie sera à jauger en décembre prochain avec la sortie de The Force Awakens, mais pour le moment, Kennedy semble s'aligner sur les désirs des fans : on prendra en exemple l'arrivée de nombreux personnages féminins dans ce Star Wars 3.0, qui manquaient cruellement à saga, d'après de nombreux aficionados, dont je fais personnellement partie.

 

Même dans ses pratiques les moins glamours, Hollywood semble être prêt à faire place aux fans. Je pense notamment au phénomène récurrent des Yes Men, ces réalisateurs d'avantage artisans qu'artistes, qu'on envoie sur les grosses productions ne pouvant pas être conduites par de grands - et par extension trop exigeants - metteurs en scène. Une pratique qui a tôt fait d'énerver les fans et surtout les cinéphiles, mais qui tend à être acceptable quand on évoque le nom d'un réalisateur a priori fan des personnages ou de la franchise qu'il reprend. Ce fut le cas par exemple, de Colin Trevorrow. Le réalisateur de Jurassic World n'affichait qu'un seul et mystérieux film (Safety Not Guaranteed) lorsqu'il s'attaqua aux dinosaures. En revanche, tout le monde soulignait son amour pour les gros reptiles et la franchise, et il expliquera plus tard que son ambition était d'ailleurs de "faire un film de fan". Est-ce suffisant pour faire un bon film ? C'est une autre question. En revanche, on peut se dire que la passion commence à l'emporter sur l'expérience, ce qui n'est pas forcément un mal - Hollywood est rempli d'individus au C.V énorme mais sans âme.

 

On pourrait continuer la liste des pratiques Hollywoodiennes et leurs exemples, mais vous avez compris l'idée : les fans prennent le pouvoir. Pour des maniaques de la culture populaire tels que nous, c'est sans aucun doute une victoire, ou du moins, une forme de fierté. Mais il faut savoir se remettre en cause. Aussi, convient-il de prendre un peu de recul sur cette tendance, qui forcément, implique quelques dérives. Ca ne s'est pas encore vérifié dans les univers de l'imaginaire, mais cela conduit inévitablement Hollywood vers la fan-fiction et autres fantasmes ultimes de geeks. Pour le moment, seule l'adaptation de Fifty Shades of Grey est à déplorer, mais que se passera-t-il quand un studio s'intéressera à d'autres histoires impliquant la SF ou la Fantasy ? Je n'ai pas la réponse mais je suis prêt à parier que les studios s'engouffreront dans la brèche sans regarder là où ils mettront les pieds. Un constat bien triste pour l'inspiration déjà cruellement rare à Hollywood. Et puis, même si on a parfois du mal à se l'avouer, les meilleurs films, sur la durée, sont ceux qui nous surprennent, qui inventent, pas ceux qui exhaussent un à un nos vœux suites après suites, comme un bon Call of Duty bien gras.

Reprendre du pouvoir sur les décisionnaires, oui. Voir émerger de nouveaux et passionnés réalisateurs sur le devant le scène, oui aussi. Sentir nos idées flirter avec celle d'Hollywood, encore oui. Mais plonger dans un univers où les créateurs sont absents de l'équation pour que les intérêts des consommateurs (nous) et des producteurs (les studios) convergent plus facilement, non. La création sera toujours la grande inconnue, celle-là même qui transforme les films en navets, mais aussi en chef-d'œuvres. Il s'agira donc de profiter de l'immense popularité de nos œuvres favorites tout en restant conscients qu'un film de fan n'est pas toujours un bon film.


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