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Édito #52 : Warhammer, l'âge de la révolution

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evenementsLe 06 Jui
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Vous ne le savez peut-être pas, mais Warhammer, le jeu de figurines historique de Games Workshop, revient la semaine prochaine dans une neuvième version qui risque de changer tout ce que nous connaissions de ce wargame à base de Fantasy et de figurines. Un retour en forme de révolution, qui prend, quelque part, le contre-pied de tout ce qui se fait dans l'industrie du divertissement en ne se contentant pas d'un reboot, d'une suite ou d'une pâle copie. Un saut sans filet pour l'entreprise britannique, qui dans les années 1970, n'était encore qu'un petit fabricant de jeux de société en bois.

Avant-propos

Dorénavant à la tête d'un petit empire, ses jeux Warhammer, Warhammer 40.000 et l'adaptation du Seigneur des Anneaux ayant traversé les mers pour s'implanter dans des magasins éponymes, Games Workshop n'en est pas moins une société en danger, qui ces dernières années, doit faire face à une numérisation globale de l'industrie du divertissement, et paie des années de mauvais choix marketing. Nous en parlions en début d'année dans un autre éditorial, l'entreprise s'était donc mise en quête d'un salut, notamment du côté de son titre historique Warhammer, aussi appelé Warhammer Battle ou Warhammer Fantasy, avec The End Times, qui reprenait la structure d'un bon gros event de comic books en plaçant les différentes armées du jeu face à la fin des temps, rien que ça.

Nouvelles figurines, formations d'armées débridées et profits maximisés étaient donc au rendez-vous, avec une trame scénaristique assez intéressante pour ramener l'intérêt du public, qu'il soit client Games Workshop ou non, sur Warhammer. Mais à la rigueur, cette logique d'événement n'était pas nouvelle pour la firme, qui avait l'habitude, il y a encore quelques années, d'organiser des campagnes mondiales dont le sort était résolu par les joueurs du globe, puis intégré à un lore qui avait tendance à rester, en dehors de cela, bien figé. Et disons-le tout de go, ce n'était que le début. Car derrière cette tiède folie empruntée au passé de l'entreprise se cache un projet bien plus ambitieux, qui vient de s'annoncer au monde après des mois de rumeurs effrayantes : 

Age of Sigmar 

C'est désormais sous ce nom que nous connaissons cette nouvelle version de Warhammer, qui pour un public extérieur à Games Workshop - et même un joueur de Warhammer 40.000 comme moi - pouvait il y a quelques jours encore être catalogué de "V9". Sauf que tout change, ou presque. Dans une démarche qui tient presque de celle d'Apple, Games Workshop, 32 ans  après la naissance du jeu, décide de revoir entièrement son produit et la stratégie commerciale qui l'entoure. Un acte, qui en soi, est déjà colossal pour l'entreprise, qui avait bien du mal à faire parler d'elle lors de ces dernières années. Pour reprendre la métaphore avec l'informatique, nous n'avons pas ici affaire à une neuvième couche de Windows ajustant les précédentes - ce qui est grosso modo le fonctionnement de tous les wargames, ajustant leurs règles et distillant les nouveautés d'une version à l'autre - mais bien un tout nouveau système, qui est d'ailleurs si éloigné de l'ancien qu'il en devient arrogant.

 

Et pour cause, cela fait des années qu'on évoquait une version de Warhammer qui s'inspirerait de son petit frère 40.000, connu pour être plus simple à prendre main. Mais plutôt que d'opter pour un soft-reboot qui aurait collé les règles d'un jeu à l'autre, Games Workshop est revenu à ses origines de fabricant de jeux - et point de figurines, même si nous reviendrons sur cet aspect - en acceptant de revoir l'intégralité de sa copie : résultat, on se retrouve avec des règles qui n'ont plus rien à voir ni avec les précédentes, ni avec les voisines ou la concurrence. Et si elles sont placées sous le signe de la simplification, elles subliment absolument ce concept en tenant sur seulement quatre pages (du jamais vu pour un jeu de cet ampleur) qui seront complétées par des petites fiches cartonnées que vous accumulerez en achetant des figurines : Games Workshop ne se contente pas de repenser les règles du jeu, l'entreprise en réinvente son usage.

Des changements statistiques 

Tout d'abord dans la prise en main de ce nouveau wargame. Avec la simplification comme crédo, Age of Sigmar entend mieux se vendre à un public large, amateur de jeux de plateaux ou de société en général. Et pour cela, Games Workshop met l'emphase sur un système de règles intuitif et nouveau. Comme 40.000, Age of Sigmar sera donc rapide à comprendre, mais encore une fois, l'entreprise a poussé la logique très loin, jusque dans l'aspect statistique des choses. 

 

On rentre dans du détail un rien nerdy pour quiconque n'est pas familier avec ce genre de produits, aussi ferais-je dans la simplicité avec deux exemples. Le premier, l'absence d'un système de points, qui permettait d'équilibrer les forces des deux (ou plus) joueurs en lice. Le second, la réduction des caractéristiques des unités de neuf à quatre chiffres ! Moitié moins de facettes à retenir pour vos unités, qui désormais, ont un mouvement, des attaques, une armure et une bravoure. Vous vous en doutez, un jeu de figurines ne peut pas se contenter de cela pour fonctionner à plein régime et proposer des synergies intéressantes, mais dans l'idée, retenez cette simplicité mathématique comme l'un des leitmotivs d'Age of Sigmar.

Philosophies de jeu et de consommation

A cet aspect technique des choses, il faut ajouter de nouvelles démarchede jeu et de consommation. Avec Age of Sigmar, tout en restant roi d'un marché de niche, Games Wokshop se veut plus accessible financièrement : si les règles tiennent en quelques pages et que le profil des unités est inclus dans la boîte de figurine leur correspondant, on économise déjà le prix d'un livre de règle et des livres d'armées qui sont d'ailleurs devenus hors de prix. Il se transforment en produits purement cosmétiques qui pourraient s'adresser aux collectionneurs ou au fans du lore, par exemple.

Mais la vraie économie réside dans le nouveau format de jeu. Là où Warhammer était jadis tourné vers des batailles gigantesques, impliquant la charge de régiments mieux ordonnés que ceux de Napoléon, Age of Sigmar, lui, s'intéresse aux exploits héroïques de protagonistes surpuissants et aux escarmouches de petites forces d'élites. On passe donc à un jeu d'escarmouche qui ne demandera pas à ses joueurs une petite fortune pour être pleinement  apprécié. D'ailleurs, la starter box de ce nouveau jeu sera proposée à 100 euros tout rond, et contiendra deux forces jouables et complètes. Et c'est là où Age of Sigmar brille le plus, puisque cette version réinvente le jeu autant qu'elle réinvente sa consommation. 

Une nouvelle approche esthétique

Le fond rejoint donc la forme, a tel point que Games Workshop a fourni un ultime et considérable effort, celui de réinventer l'apparence de ses produits. Depuis la création de Warhammer 40.000, l'entreprise se reposait bien trop sur l'univers de science-fiction gothique imaginé par le ténébreux John Blanche, laissant de côté son monde de Fantasy, qui a juste titre, était considéré comme trop proche de ses pairs. Age of Sigmar sera donc aussi une révolution esthétique, puisque de nouvelles races et unités font leur apparition, accompagnées d'un tout nouveau contexte pour le lore.

 

Oubliez "Le Vieux Monde" - qui n'a jamais aussi bien porté son nom - et dites bonjour à un univers de Fantasy plus couillu, dans lequel des îlots d'histoires errent dans l'espace-temps, une dérive parfaitement résumée par la tagline de ce nouveau produit : "mighty battles in an age of unending war" ("batailles épiques dans un âge plongé dans une guerre sans fin"). Une fois de plus, Games Workshop assume à fond cette nouvelle approche, allant même jusqu'à changer le nom des races, qui se voient regroupées dans quatre grandes alliances, l'Ordre, le Chaos, la Destruction et la Mort. Une pirouette scénaristique qui cache d'ailleurs une question de propriété intellectuelle : il est plus facile de breveter les inventions d'une race quand elle s'appelle les Orruks, et pas les Orcs. 

A tous les niveaux, des règles à l'apparence des figurines en passant par les moyens de consommation, Warhammer se voit réinventé par Games Workshop. Aux dernières nouvelles, le jeu historique de l'entreprise ne représentait plus que 8% de son chiffre d'affaire. Mais en transformant la cinquième - certes historique - roue du carrosse en une potentielle locomotive à grande vitesse, l'entreprise fait preuve d'une audace qui manque aux produits de l'entertainment de 2015. Reste à savoir si la stratégie sera payante quelque mois avant la sortie d'un d'un Total War : Warhammer entièrement tourné vers Le Vieux Monde et l'arrivée d'un certain Warcraft sur grand écran. Il est évidemment trop tôt pour conclure sur l'aspect financier des choses, mais puisque le projet parvient à séduire le joueur de Warhammer 40.000 - qui n'a jamais cédé aux charmes de son grand frère en 12 ans d'expérience - que je suis, il y a peut-être gros à parier sur Age of sigmar ! 


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