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Nous allons très bien, merci, la critique

5
ReviewLe 02 Sep
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9 /10
On a aimé
• L'ambiance
• L'intelligence du texte
• Les personnages
• L'hommage au genre de l'horreur
On a moins aimé
• Le jeu sur les points de vue qui peut paraître déroutant

Après l’histoire de zombie, L’éducation de Stony Mayhall, Daryl Gregory revient au Bélial avec un court roman qui questionne la théorie du monomythe de Joseph Campbell. Le succès de cet essai, Le héros aux mille et un visages, fut si important qu’il influença l’écriture de Star Wars de George Lucas. Cette théorie considère qu’il existe une trame universelle à tous les mythes. Même si le livre, Nous allons très bien, merci, aborde ce sujet, il s’attarde surtout sur les tropes du genre horrifique à travers le point de vue des victimes survivantes. Au fur et à mesure de l’histoire, on retrouve l’empreinte des grands films d’horreur.

Cinq personnes, toutes survivantes d’actes abominables, se retrouvent à suivre une thérapie dans un groupe de paroles. Stan, victime d’une famille cannibale qui l’a découpé morceau par morceau pour en faire son repas. Barbara, jouet d’un fou qui l’a utilisée comme une œuvre d’art en gravant sur ses os. Harrison dont l’horreur à laquelle il a échappé enfant a fait l’objet de livres. Greta, quant à elle, dissimule sa peau parcheminée de cicatrices. Martin vit réfugié derrière ses lunettes noires pour atténuer la réalité effrayante qui s’agite sous ses yeux. Sous la houlette de Jan Sayer, leur psychanalyste, elles vont essayer d’apprendre à surmonter leur traumatisme.

Le récit s’articule autour des témoignages des personnages, mais il ne s’enferme pas dans ce procédé. Les événements vont lier les protagonistes entre eux au-delà de l’acte de psychothérapie au point que la notion de groupe va prendre le pas sur l’individu. L’auteur accentue d’ailleurs ce passage en jouant sur la focalisation du récit en début de chaque chapitre. L’effet de style obtenu est aussi troublant qu’intéressant. Daryl Gregory le justifie d’ailleurs dans son interview qui clôt le livre.

 

Nu descendant un escalier de Marcel Duchamp est évoqué dans le livre. 

Au-delà de toutes ces considérations, il faut parler du sentiment de lecture. Je pourrais continuer à évoquer les milles références qui me sont apparues au fil des mots, m’étendre sur du name dropping, parler de Lovecraft, de King, de Carpenter, citer des titres de films ou continuer à vanter toute l’intelligence de son auteur pour revisiter et interroger les codes de l’horreur qui justifie les multiples nominations de ce livre (Nebula, Locus, World Fantasy award...), lancer comme ultime argument pour attirer le chaland que Wes Craven* travaillait à son adaptation... Mais il y a l’histoire avant tout qui nous prend dès le départ, où l’on est immergé dans la psyché des personnages. Nous les voyons se débattre avec leur démon. Nous cherchons dans leurs non-dits ce qu’ils cachent. Nous éprouvons une véritable empathie pour eux. Nous comprenons leur trouble. Nous les accompagnons à travers les pages dans la suite de leur cauchemar.

La seule frustration que l’on pourrait éprouver à la dernière page c’est que l’on aurait aimé que le livre ne se termine pas. Après tout, nous suivons une histoire qui s’attache à traiter de ce qui se déroule après les œuvres d’horreur. De manière insatiable on aimerait en savoir toujours plus, aller plus loin continuer comme les Parques à dérouler le fil de leur destin dans la lutte contre leur démon.

Peut-être qu’un éditeur atténuera cette frustration, en publiant la préquelle de Nous allons très bien, merci. Daryl Gregory propose de suivre l’enfance du personnage d’Harrison dans un livre destiné à la jeunesse. En attendant, nous pourrons retrouver dans le courant de l'année de 2016 son nouveau livre, Afterparty, aux éditions du Bélial'

 

Détail de la couverture américaine. 

Si vous aimez les films d’horreur et que vous voulez connaître ce qui se passe après pour les survivants, lisez ce livre. Si vous n’aimez pas ces films ne fuyez pas pour autant, même si ce thème reste central, l’auteur nous offre surtout une réflexion très intéressante sur le syndrome de stress post-traumatique et sur la fatalité.

(Daryl Gregory, Nous allons tous très bien, merci, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laurent Philibert-Caillat, couverture d’Aurélien Police, Le bélial', août 2015, 200 pages, 16 €)

* Cet article a été rédigé bien avant d'apprendre la mort de Wes Craven et prend malheureusement un funèbre écho. Changer le temps d'un verbe dans une phrase n'est pas toujours une chose facile. En cette triste occasion, je vous conseille d'autant plus, de découvrir le livre de Daryl Gregory pour en apprécier l'hommage qui est fait au genre horrifique, dont il fut l'un des maîtres, et surtout de voir ou de revoir les films de cet immense cinéaste.


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