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Édito #62 : Quelle mouche pique Ridley Scott ?

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evenementsLe 28 Sep
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Il y a deux semaines, j'incitais Hollywood, pour de multiples raisons, à tuer le père. Quelques jours plus tard, Ridley Scott, pourtant épargné par cet éditorial, s'en fait le parfait exemple en évoquant, à plusieurs reprises, son prochain film, Prometheus 2, dorénavant connu sous le nom d'Alien : Paradise Lost. Un métrage qui en dit long sur le parcours du réalisateur, et sur l'état du cinéma de franchises à Hollywood.

Qu'on ne s'y trompe pas, j'ai le plus grand respect pour la carrière de Ridley Scott. Si je suis loin d'apprécier tous ses films, et encore moins leur dimension religieuse voire christique, je reconnais même aux pires des qualités certaines. Mais son retour sur Prometheus, après un premier opus loin d'être glorieux, n'augure rien de bon.

Et si de toute évidence, on ne peut pas encore juger sa suite, force est de constater qu'elle crée déjà bien des confusions, jusque dans l'esprit du créateur lui-même. Ce qui n'est jamais bon signe, vous en conviendrez. En sept jours, Ridley Scott a ainsi affirmé tout et son contraire, en témoigne sa dernière interview en date. Lassé par les questions des journalistes à propos du lien entre Alien et Prometheus, il répond que les deux histoires resteront à l'écart l'une de l'autre - comme lors de la pré-production du premier film, d'ailleurs. Puis, dans un twist sans précédent, révèle que le titre de Prometheus 2 est en fait Alien : Paradise Lost. Une manière d'effacer le premier opus, assurément, et de faire taire une bonne fois pour toutes les voix qui, comme la mienne, se permettaient encore de douter du lien entre les deux franchises. 

Ca n'aura échappé à personne, ce nouveau titre n'est ni plus ni moins qu'un rebranding. Une technique marketing qui consiste à revoir tout ou partie de l'identité d'une marque. Une décision qui est souvent justifiée par un changement de stratégie, de cible ou de marché. Par exemple, si vous décidez de monter en gamme, mieux vaut que votre logo soit classieux. Un rebranding d'une telle ampleur peut aussi être motivé par un scandale ou une affaire peu glorieuse, qu'on cherche à faire oublier. Vous me direz, certains spectateurs, et même certains fans de la licence Alien, ne considèrent pas Prometheus comme un scandale. Mais c'est pourtant le message que nous renvoie la décision de Scott et de la 20th Century Fox en choisissant de rebaptiser le nom, et quelque part, de le dissoudre dans un autre bien moins sulfureux : Alien. Comme si l'absence de Damon Lindelof, a priori responsable de bien des défauts de Prometheus, n'était pas déjà un signal assez fort.

Le pire, c'est que l'histoire du marketing nous montre que de telles techniques fonctionnent. Par exemple, vous avez sans doute entendu parler de l'entreprise Blackwater, une société de sécurité privée impliquée dans bien des scandales au moyen-orient. Mais qu'on ne calque pas sur Academi (sérieusement) le nouveau nom de l'entreprise. Et s'il n'y a priori pas de vies humaines en jeux avec Prometheus, le film concerne le porte-feuille de millions de spectateurs, et l'avenir de la licence Alien.

Avenir dont il a dicté la conduite il y a quelques mois d'ailleurs. Alors qu'il restait le plus discret possible sur les questions Prometheus et Prometheus 2, Ridley Scott a soudain fait un retour fracassant dans l'univers Alien lorsque Neill Blomkamp a été recruté par la Fox pour un cinquième opus. Comme le père qui ne souhaite pas laisser la boutique familiale au fils, Ridley Scott n'a pas voulu passer la main de sitôt, et sortira son Alien : Paradise Lost avant le métrage du sud-africain. Et quand on sait que le film s'intéressera finalement à la création du Xénomorphe, une question qui passionnait peut-être Blomkamp, cette réactivité soudaine de Ridley Scott a des allures de possessivité exacerbée. Dans un monde où l'univers Alien aurait entièrement été bâti par Scott, on pourrait comprendre. Mais s'il tenait tant que ça à écarter les poulains de l'écurie, pourquoi n'est-il pas intervenu dès l'Aliens de James Cameron ?

Peut-être parce que, comme lui, il a délaissé le cinéma de licences après son explosion. Après les succès que sont Terminator, Alien et leurs suites, les deux créateurs avaient voulu élever leur art et étaient partis vers d'autres horizons. Aujourd'hui, pour une raison ou pour une autre, ils reviennent jouer dans ce gigantesque bac à sable, devenu aussi ludique que lucratif pour Hollywood. Seulement, ils ne semblent faire preuve d'aucune retenue. Cameron et Scott sont-ils encore faits pour ce monde ? Sont-ils fascinés par son succès ?

On ne saurait le dire, toujours est-il que, sur bien des aspects, leurs décisions et leurs déclarations deviennent des parodies de l'accélérationisme du cinéma de licences. Ridley Scott comme Cameron ont annoncés trois et quatre films pour leurs créations les plus récentes (Prometheus et Avatar), et se permettent de commenter les itérations les plus récentes des univers qu'ils ont aidé à créer (Alien 5, Terminator : Genisys) là où ils sont restés muets pendants des années. La tendance serait-elle au retour des anciens ? Un papier de Film School Rejects revenait sur la question avec véhémence et talent, en oubliant toutefois de citer un contre-exemple qui restaurera votre foi en l'humanité : George Miller et son Mad Max : Fury Road.

Entre le vice de marketeux bien contents de reformer une licence pour les besoins d'un nouveau public et les délires de vieux réalisateurs bloqués dans leurs créations, le spectateur risque de finir écrasé. Le retour de Scott sur Alien, le vrai Alien, n'est pas nécessairement bon signe. Il est peut-être même rétrograde, à bien y regarder. En s'associant à des pratiques du style "le nom est changé, le boloss est fidélisé" Scott (ou James Cameron, a fortiori) épousent les pires pratiques du cinéma de licences, cinéma qu'ils avaient (ré)inventé. Un bien triste constat doublée d'une forme de fuite des cerveaux accablante : quitte à faire de la franchise, messieurs, inventez-en de nouvelles.


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