Home News Critiques Dossiers Evenements Chroniques Bandes annonces Podcasts TV
ConnexionInscription
Actualités > Retour

Star Wars : The Force Awakens, la critique

68
ReviewLe 17 Dec
partager cet article
8 /10
On a aimé
• Une introduction parfaite
• Les nouveaux personnages
• De pures réjouissances
• L'écriture est solide
On a moins aimé
• Certaines scènes loupées
• Trop de fan service
• L'aspect miroir
• Un final cut assez vilain

Attention : à l'heure où j'écris ces lignes, les critiques sans spoilers sont au moins aussi nombreuses que les spectateurs ayant déjà pu découvrir Star Wars : The Force Awakens. A ce titre, nous avons choisi d'opter pour une critique qui sera truffée de spoilers, non pas pour le malsain plaisir de piéger nos lecteurs, mais plutôt dans l'optique de vous proposer l'analyse la plus complète possible du septième opus de la saga. Vous êtes prévenus.

 

- ATTENTION : CRITIQUE PLEINE DE SPOILERS -

 

Le logo de Lucasfilm s'affiche, et la salle s'éveille. Quelques lettres, jaunes, puis bleues, et nous comprenons que J.J.Abrams n'usurpe pas sa réputation de réalisateur néo-classique, avec un premier plan qui certes reprend les ouvertures typiques de la saga, mais qui tout de suite, est teinté de modernité. L'utilisation de la 3D ne trompe pas, et nous voilà propulsés, d'une seule volée de transporteurs du First Order, dans une nouvelle génération de film Star Wars, qui on l'espère, s'inspireront de la scène d'introduction de The Force Awakens, pour le moins magistrale.

Rencontre en forme de coup de foudre entre l'écriture de Lawrence Kasdan (scénariste de l'Empire Contre-Attaque et du Retour du Jedi, faut-il le rappeler) et la mise en scène de J.J.Abrams, cette ouverture, impeccable, fait presque office de film dans le film, tant ce qu'elle déploie est vaste et savoureux. En osmose totale, le scénario et la réalisation parviennent à nous faire comprendre, en quelques minutes, quel sera l'enjeu de cette nouvelle trilogie, ses personnages - et notamment le charismatique Poe Dameron (incarné par Oscar Isaac) - et même son échelle de puissance. Une ouverture qui n'a l'air de rien et qui parvient pourtant à synthétiser ces éléments tout en étant un formidable appel à l'aventure, dans la plus pure et la plus belle tradition Star Wars.

Rendez-vous avec le danger

Une tradition légèrement chatouillée, car si l'aspect miroir avec Un Nouvel Espoir est d'emblée présent - nous y reviendrons - on remarque l'envie, chez Abrams comme chez Kasdan, d'amener la saga sur de nouvelles bases, en témoigne le traitement plutôt élaboré des pouvoirs de Kylo Ren, ou encore la notion de danger qui se dégage de cette première scène. Petite parenthèse au passage, ce sentiment va perdurer tout au long du film, et c'est sans doute l'une des grandes qualités de The Force Awakens, qui à mon sens, entend rappeler que nos héros peuvent être meurtris dans leur chair et leur esprit. Une note finalement nécessaire, après une prélogie qui avait tendance à euphémiser le danger et la mort, et la présentation d'une lignée de héros qui pourrait tromper le spectateur. Sauf que Kasdan et Abrams le précisent d'emblée : ce n'est pas parce que nous découvrons vraisemblablement les héritiers de nos personnages fétiches que ceux-ci sont à l'abri du danger. C'est même tout le contraire.

La synergie entre les deux hommes donne donc de grandes choses, et notamment des scènes très spectaculaires, mais qui n'oublient pas de raconter des histoires. En ce sens, Abrams et Kasdan renouent avec une tradition hollywoodienne du spectacle qui n'est pas qu'un simple divertissement. Et si quelques écarts sont à constater, comme la désormais célèbre base Starkiller, qu'on pourrait décrire comme la caution Indominus Rex de Star Wars, l'ensemble regorge de réjouissances en tous genres.

Le plus bel exemple étant à mon sens cette jolie séquence qui voit Finn (John Boyega) et Poe (Oscar Isaac) combattre côte-à-côte alors que l'un est au sol et que l'autre est dans les airs. Une narration visuelle qui en dit beaucoup sur l'amitié qui se nouera entre les deux personnages, dans la droite lignée de la bromance at first sight.

Abrams-Kasdan : le coup de foudre ?

Mais finalement, c'est dans les moments les plus simples ou les plus intimes que l'alchimie entre le scénariste et le réalisateur se fera réellement sentir. Lorsque Han Solo se remémore Luke, par exemple, moment assez subtilement écrit et mis en scène, et qui colle plus de frissons que n'importe quel assaut épique de X-Wing. En ce sens, Kasdan et Abrams parviennent à s'approprier l'univers Star Wars avec brio, c'est à dire nous le faire sentir au détour d'un dialogue ou d'un cadrage savamment orchestré.

Arrêtons-nous sur la réalisation pure, d'ailleurs. A deux ou trois exceptions près (que j'évoquerais plus loin) J.J.Abrams livre un travail plutôt inspiré, en mettant toute l'expérience acquise sur d'autres franchises, comme Mission Impossible et Star Trek, au service de The Force Awakens. Et outre les lens flares, on retrouve les gimmicks qui lui sont les plus chers, comme par exemple, ces personnages qui ne cessent de discuter en pleine course - ce qu'on retrouvait déjà sur les ponts d'un certain U.S.S.Enterprise. A ce propos d'ailleurs, il est amusant de remarquer qu'après avoir maltraité de le vaisseau de Kirk, Abrams maltraite celui de Han Solo. Mais malgré ces déboires, le cargo corellien n'a jamais été aussi superbe. Il faut dire que la mise en scène de l'engin, portée par des cadrages et des déplacement tout vidéo-ludiques, est redoutablement efficace, et place le Faucon Millenium à la hauteur de sa réputation de vaisseau spatial ultime de la saga, voire du cinéma. 

Il y aurait des dizaines d'autres exemples à noter, tant le film est un nid à fonds d'écran tous aussi épiques les uns que les autres, mais on retiendra que la réalisation d'Abrams, bien aidée par une direction artistique entièrement (ou presque) basée sur les travaux de Ralph McQuarrie (l'homme à qui on doit l'aspect visuel de la saga), est au moins aussi ludique et réjouissante que l'univers qu'elle met en scène. Hélas, les entorses à ce constat sont à mon sens majeures. Premier bémol, cet étrange échange entre Rey (Dasiy Ridley) et Kylo Ren (Adam Driver), qui pénètrent dans leurs esprits respectifs. Extrêmement longue, cette scène sans musique, faite de champs-contrechamps toujours plus rapprochés, n'est ni flatteuse pour les talents de leurs interprètes, ni pour l'écriture de Kasdan. Un premier moment gênant qui en prépare un autre plus colossal encore.

Je vous le donne en mille, la scène en question n'est autre que la mort de Han Solo (Harrison Ford). Contextualisée avec beaucoup de puissance, à travers des plans particulièrement esthétiques et du foreshadowing signé Kasdan (Poe nous prévenait quelques minutes plus tôt : "as long as there is light, we got a chance"), la scène manque de soin, et ne se hisse pas à la hauteur de l'impact narratif d'une telle disparition. Plus Solo se rapproche de Ren, et plus l'inspiration quitte la séquence, déjà mise à mal par un dialogue assez typique d'un Anakin Skywalker en pleine prélogie. S'en suit une mise en scène tellement typique des blockbusters qu'elle gâche ce qui aurait pu être un moment fort de la saga, le "je suis ton père" pour une nouvelle génération.

Et si certains évoqueront le propriétaire de la production - Disney, donc - pour justifier ce retour assez brutal à une mise en scène finalement commune, il faut rappeler que sur bien d'autres passages, J.J.Abrams s'autorise des choix assez osés. Et je pense à l'une des scènes les plus fortes du métrage : la dernière, qui voit Rey tendre son sabre à un Luke Skywalker (Mark Hamill) usé, qui ne s'embarrasse d'aucun dialogue, et qui fait un usage jouissif du travail musical de John Williams. Une forme de retenue qui ne réussit pas toujours au réalisateur, en témoigne des combats au sabre-laser assez chiches, malgré leur indéniable hommage aux films de sabre, pour lesquels nous attendions Abrams au tournant. Et sans littéralement décevoir, le réalisateur se fend ici de choix très maladroits, comme des travellings à travers des arbres ou des plans très resserrés. Un traitement qui ne facilite pas la lisibilité, telle qu'on peut la retrouver chez un John Wick ou un The Raid, par exemple.

Transition toute trouvée vers un autre des défauts du film, peut-être moins évident. On ressent, ça et là, la disparition de certaines scènes du montage final. Notamment du côté de Captain Phasma (Gwendoline Christie) ou du Kanjiklub (composé des acteurs de The Raid, justement) qui semblent, à en croire les réactions des personnages qui traversent leur route, plus importants que ce que le film entend nous faire découvrir. Un petit peu dommage quand on sait que ces protagonistes étaient sensés amener un peu de fraîcheur à la saga.

Miroir déformant

Qu'à cela ne tienne le film donne déjà l'impression de durer plus de quatre heures, mais dans le bon sens du terme. A bien y regarder, surtout si l'on s'amuse à compter toutes les balles avec lesquelles jonglent Abrams et son scénariste, The Force Awakens est un film impressionnant de contextualisation, qui parvient à faire cohabiter, au sein d'un univers d'autant plus vaste qu'il s'ouvre après trente ans d'ellipse, deux générations de héros et leurs enjeux respectifs. Même s'il faut le remarquer, Abrams et Kasdan ne cesseront jamais de s'appuyer sur l'aspect miroir de Star Wars. Un reflet avec un Nouvel Espoir qui est aussi beau symboliquement que flemmard en termes narratifs, mais qui est peut-être l'outil ultime dans la caisse du duo, qui peut compter sur des millions de spectateurs très au fait des événements du quatrième (et dans une moindre mesure, du premier) opus de la saga pour se concentrer sur leurs personnages. L'ensemble sera donc essentiellement dirigé par les aventures de nos protagonistes, quand le miroir sert de prétexte à la présentation éclair de rebondissements en tous genre, en témoigne une attaque sur une troisième Etoile Noire, plus brève et moins préparée que jamais.

Parlons des personnages justement. Au sein de The Force Awakens, et ça ne sera peut-être pas le cas dans l'ensemble de cette nouvelle trilogie, ce sont les petits nouveaux qui tirent leur épingle du jeu. En tête de notre nouvelle trinité, on retrouve un Finn (John Boyega) impérial, si on se permet le jeu de mot : l'interprète et son alter-ego donnent en effet l'impression d'avoir toujours eu leur place dans la saga. Tout comme Poe Dameron, qui bénéficie de tout le capital sympathie d'Oscar Isaac, transformant ainsi cet archétype de piloté émérite en personnage à part entière. Quant à Daisy Ridley, plus en retenue, elle se fait aussi efficace que discrète, sans doute parce qu'elle grandira plus que n'importe quel autre interprète avec son rôle (Rey).

A l'exception d'Adam Driver peut-être. C'est affaire de goût, mais j'ai l'impression que l'acteur, révélé par Girls, est encore enchaîné à l'écriture de son personnage, qui n'est pas sans rappeler le pénible héritage des jeunes Jedi en pleine crise d'adolescence. Mais puisque son charismatique - en termes de design, en tous cas - personnage, Kylo Ren, est lui aussi amené à être central, on peut s'attendre à une progression dans le jeu du britannique. En attendant d'en savoir plus, on se rattrapera sur la multitudes d'ajouts furtifs mais efficaces à la saga que sont Domhnall Gleeson (Général Hux) ou Andy Serkis (Supreme Leader Snoke), par exemple, qui devraient bâtir un trio maléfique assez passionnant. 

Du côté des old timers, on retrouverait avec le plus grand plaisir les Luke, Han et Leia, s'ils n'étaient pas autant entourés d'un fan service aveugle. Du moins, du côté du contrebandier, puisque Carrie Fisher porte assez fièrement son rôle de Princesse devenue générale, et que nous n'aurons pas encore l'occasion de juger Luke au-delà du design du personnage. Restera Solo donc. En un sens, la tartine de références autour du contrebandier se justifiera par son parcours au sein de cet épisode. Mais c'est à croire que Kasdan et Abrams, fascinés par le Corellien, se sont permis tous les clins d'œils possibles, jusqu'à donner dans l'humour méta' à travers Han Solo et ses réactions. Soit l'inverse, quand on y pense, de ce qu'était l'anti-héros dans Un Nouvel Espoir, à savoir un cynique convaincu. Un constat d'autant plus amer que les deux lurons nous avaient assuré, à de multiples reprises, qu'ils ne donneraient pas dans le fan service gratuit. Cinq gags en l'espace d'une scène plus loin, la promesse vole en éclat.. Pour le plus grand plaisir des connaisseurs de la saga, peut-être, quelque soit leur niveau de dévotion d'ailleurs, puisque The Force Awakens nous offre tout de même quelques références assez pointues.

Nous en venons à l'humour, qui est l'une des grandes caractéristiques de ce métrage, qu'il partage justement avec Un Nouvel Espoir. Le ton et les sujets ont changés, c'est indéniable, mais même dans les moments les plus lourds - fan service en tête - l'humour, qu'il soit écrit par Kasdan ou mis en scène par Abrams, fonctionnera toujours. Un hommage assez beau, au créateur de Star Wars, George Lucas, qui s'est toujours dit passionné par la comédie, seul genre qui aurait été susceptible de l'intéresser après la saga, comme il l'avait confié en 2005. Ca n'empêchera pas le film d'être maladroit sur certains points - et notamment les colères de Kylo Ren, qui désacralisent le personnage - mais à défaut, cela rend The Force Awakens terriblement attachant.

Trop imparfait sur des points cruciaux pour oser s'élever au niveau de films comme L'Empire Contre-Attaque, The Force Awakens dispose tout de même d'un charme fou. Et si comparer les films de la saga entre-eux est vraiment obligatoire, il convient de rappeler que J.J.Abrams et Kasdan, malgré tous leurs efforts, ne pouvaient de toute évidence pas supplanter des métrages chéris depuis plus de trente ans. En lieu et place de cet exploit, ils nous offrent un film avec un grand F, comme Hollywood savait encore les faire il y a des années : une galaxie de personnages, de décors, d'engins et de costumes hauts en couleurs et diablement attachants. Et s'il faudra sans doute un ou deux épisodes de plus à Star Wars pour se dégager d'un aspect miroir pas toujours flatteur, nous tenons ici l'un des plus beaux métrages de l'année, qui risque bien devenir un objet de culte pour toute une génération.


Publicité

Podcast 72
Le 15 Mar
7

Wookie Leaks #30 : Star Wars Rebels

Chose promise, chose due ! En moins de quinze jours, deux épisodes de Wookie Leaks, notre podcast spécialement dédié à Star Wars ! Et après un opus...


Articles liés

auteurs & mots-clés
The Force Awakens Star Wars : The Force Awakens SF J.J.Abrams Lawrence Kasdan Daisy Ridley Adam Driver Oscar Isaac John Boyega critique Review cinéma Lucasfilm
68 commentaires Vous devez être connecté pour participer
connexion
Valider
inscription rapide C'est parti !
inscription standard C'est parti !
Publicité