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Kallocaïne, la critique

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ReviewLe 19 Jan
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10 /10
On a aimé
• La réédition de cet ouvrage méconnu
• Une dystopie qui résonne avec l'actualité
• Le cheminement du personnage principal
On a moins aimé
• Un ou deux passages qui nuisent à la dynamique du récit, au profit des idées

Parmi les dystopies cardinales, on trouve Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley et 1984 de George Orwell. L’empreinte de ces deux romans dépasse la simple cadre de la littérature pour s’infuser dans l’inconscient collectif comme des références ultimes. L’œuvre de Karin Boye, Kallocaïne, mérite à bien des égards de jouir du même traitement.

Publiée pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1940, en Suède, elle a connu une première vie en France grâce à une traduction réalisée en 1947 par une obscure maison d’édition avant de devenir totalement introuvable. Pour rétablir cette œuvre à sa juste place, les éditions des Moutons Électriques ont décidé de ressortir ce classique méconnu dans une toute nouvelle traduction.

Leo Kall est un petit employé dans la ville chimie n°4, un camarade-soldat. Toute sa vie est réglée par l’État qui régente chaque élément de son quotidien jusque dans les sphères les plus intimes. Cette société vit dans une paranoïa permanente où l’autre : le mari, la femme, le voisin ou l’étranger sont considérés comme une menace au système. Le personnage principal s’en remet totalement à ce support de pensée confortable sur lequel il ne cesse de se reposer au point d’être un citoyen zélé prêt à tout pour la grandeur de l’État-mondial. En tant que chimiste, il met au point la Kallocaïne, un sérum de vérité qui oblige celui à qui on l’injecte de révéler tous ses secrets. Cette découverte va amener le personnage principal à côtoyer toutes les strates de la société. Car si la police requiert, de manière évidente, les connaissances du chimiste pour résoudre les crimes. Les bureaux de la propagande s’intéressent aussi à ce produit, afin de lutter contre toutes pensées intimes séditieuses contraires au bien de l’État.

Dans cette société à la pensée monolithique, plus le héros s’exposera aux vérités des autres et plus son monde intérieur se fissurera.

Kallocaïne traite de sujets forts sans pour autant s’embourber dans son propos. La dynamique du récit arrive à maintenir l’adhésion du lecteur. Nous suivons l’aventure du point de vue unique de Leo Kall qui raconte l’histoire. Tout le récit s’articule autour de ses certitudes, ses obsessions, ses doutes. Les évènements s’enchaînent bien et offrent une lecture agréable, malgré un ou deux passages où l’auteur met de côté l’action pour faire passer ses idées.

Il faut découvrir ce chef-d’œuvre méconnu de la littérature mondiale. Jusque-là, sur SyFantasy, aucun livre ne m’avait semblé aussi nécessaire à faire connaître, à partager. Kallocaïne mérite de sortir de l’ombre, car même s’il a été publié en 1940, il continue d’éclairer notre époque avec sa lumière crue. Kallocaïne est comme 1984 ou Le Meilleur des Mondes, une dystopie qu'il est nécessaire de lire et de relire pour réfléchir sur l’état de notre société et ses dérives. Un indispensable.

(Karin Boye, Kallocaïne, traduction Leo Dhayer, Collection Hélios, Janvier 2016, 240 pages, 7,90 €)

Galerie Photo Kallocaïne, la critique

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