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Du Where is Rey au report de Star Wars VIII : Lucasfilm aurait-il sous-estimé ses personnages ?

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ChroniquesLe 24 Jan
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Il y a quelques jours, nous apprenions que le huitième épisode de la saga Star Wars, qui sera réalisé par Rian Johnson (Looper), allait accuser un petit retard de quelques mois, repoussant sa sortie de mai 2017 - date à laquelle Star Wars fêtera ses quarante ans - au mois de décembre de la même année. Une annonce qui a souvent été discutée à la lumière du second Avatar de James Cameron, lui aussi repoussé depuis, mais qui cache peut-être une vérité plus profonde. 

Revenons quelques années en arrière. Nous sommes en 2012 et la productrice Kathleen Kennedy devient la co-présidente de Lucasfilm, des années après avoir rejoint l'entreprise de George Lucas en tant que secrétaire. Quelques mois plus tard, le créateur de Star Wars, qui souhaitait relancer la saga, confie son bébé à Disney, et dans le même temps, Kennedy prend la tête de la firme, placée sous le commandement de Walt Disney Studios. La productrice et présidente ne chôme pas, et reprend ainsi les rênes de la saga culte, pour la mise en chantier d'une nouvelle trilogie. Son leitmotiv étant alors : "the origin story of a female Jedi" (l'histoire d'une femme jedi).

The Origin Story of a Female Jedi

C'est avec cette idée, qui restera la même, qu'elle ira séduire bien des créatifs, dont le scénariste Michael Arndt (Toy Story 3, Little Miss Sunshine) qui planchera très tôt sur le sujet. Et au fil des mois et des têtes pensantes invitées, dont les co-scénaristes J.J.Abrams et Lawrence Kasdan (l'Empire Contre-Attaque), le leitmotiv ne bouge pas d'un iota : la prochaine trilogie Star Wars aura une héroïne, ou ne sera pas. Une initiative particulièrement louable quand on connaît l'état des représentations à Hollywood. De plus, elle a un sens caché pour la saga Star Wars, puisque Lucas avait plusieurs fois envisagé de donner à Star Wars une héroïne en guise de personnage central : d'abord pour celui qu'on appellera quelques années plus tard Un Nouvel Espoir, puis pour l'ébauche d'un Episode VII qui ne sera jamais. 


Les cadres comme les créatifs de Lucasfilm ont donc toujours été investis par l'idée d'offrir à la saga et au monde une héroïne, qu'ils on un temps appelé Kira, et que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Rey (Daisy Ridley). Seulement, vous n'êtes pas sans savoir que les financiers d'Hollywood, accompagnés de certains artistes, rejettent souvent les projets gravitant autour d'un personnage féminin, considéré comme plus risqué ou problématique. A ce titre, le début de l'année 2015 fut complexe pour les équipes de Lucasfilm.

Un problème interne 

L'heure est en effet aux opportunités de licensing, Star Wars étant, depuis ses débuts, associé à un empire du produit dérivé qui n'a rien à envier à celui d'une lointaine galaxie. Selon certaines sources de Sweatpants and Coffee, c'est à ce moment que Lucasfilm se heurte à un premier problème. Les cadres du studio présentent en effet aux responsables du merchandising une vague de produits menée par Rey. Ce qui a tôt fait de surprendre les décisionnaires, qui ne partagent pas l'enthousiasme de Kathleen Kennedy et de ses équipes sur le sujet. Résultat (hypothétique) : la présence de Rey dans les jouets et produits estampillés The Force Awakens est limitée, et l'accent est mis sur un certain Kylo Ren (Adam Driver).

Dès le Force Friday, qui se tenait le 4 septembre dernier, beaucoup de fans remarquent ainsi la discrétion de Rey dans le catalogue des différents fabricants. Quelques analyses plus tard et nombreux sont les supporters de la saga à s'émouvoir de l'absence du personnage féminin dans certains produits. L'initiative "Where is Rey ?" et son hashtag sont alors créés, pour sensibiliser le public à la délicate problématique des personnages féminins et leur retranscription sur les rayons des magasins de jouets.

Where is Rey ?

Si ces centaines d'exemples ont été trouvés par les fans sur le web, c'est la récente absence de Rey dans le Monopoly labellisé The Force Awakens qui reste le plus surprenant, mais aussi le plus parlant d'entre-eux. Et si son fabricant, Hasbro, a depuis promis de corriger cette erreur, elle a poussé plusieurs fans de Star Wars à enquêter sur les dessous de l'affaire, qui est aussi artistique que commerciale, finalement. 


Ce n'est pas la première fois que l'on remarque que les personnages féminins sont sous-représentés du côtés des toys. Des candidates nous parviennent très régulièrement, et certaines sont depuis très connues et analysées par des sociologues ou des spécialistes de l'industrie du jouet. Comme Black Widow pour Marvel Studios par exemple. Ou Gamora, au sein du même univers. Et ce n'est pas la première fois que Star Wars se retrouve au cœur de cet étrange phénomène, puisque récemment c'est Hera, de Star Wars Rebels, qui se montrait très discrète dans le merchandising adapté de la série de Disney XD. Petite parenthèse au passage : même les films un rien plus girly comme Frozen se sont retrouvés pris au piège de cette sous-représentation : à l'époque, Disney avait été pris de court par les demandes colossales de toys à l'effigie de ses héroïnes.

Bien (trop) souvent, on considère que ces "disparitions" sont le résultat d'une industrie du jouet fondée sur des gammes très genrées, avec une majorité de jouets associés soit aux garçons soit aux filles, avec peu de jouets mixtes. C'est sur les fabricants que la faute est donc rejetée. A raison, en partie, car comme nous le montre l'exemple de The Force Awakens, le problème est bien plus épineux qu'on le pense, et peut aussi naître en aval. Ce qui donne tout de même naissance à des cas de figure tout bonnement schizophréniques : la lutte de Kathleen Kennedy et ses troupes pour plus de diversité devait commencer en interne, vraisemblablement.

Du jouet au film

C'est ce que confirme John Marcotte, fondateur de l'association/site internet Heroic Girls, qui milite en faveur d'une représentation plus positive et régulière des femmes dans la culture populaire. En discutant avec des cadres de Disney, l'auteur a pu apprendre que Lucasfilm avait en effet paniqué face à l'idée d'une héroïne centrale à l'histoire et au mechandising, pour mieux se rabattre sur un classique de Star Wars : le vilain. Ludique - qui n'a jamais voulu jouer les méchants - l'antagoniste de chaque film de la saga mène généralement la charge pour ses toys. Kylo Ren reprend ainsi le flambeau qui était jadis tenu par Dark Vador ou Dark Maul. Seulement, comme nous le confie John Marcotte, Disney est aujourd'hui soufflé par le succès de Rey et regrette déjà son investissement dans la marketisation de Kylo Ren auprès du grand public.


Car il se trouve qu'il a adopté, et en masse, le personnage de Rey, mais aussi celui de Finn (John Boyega), là où tous les canons hollywoodiens donneraient perdant des héros féminins ou issus des minorités. Résultat, la nouvelle vague de produits The Force Awakens sera très largement orientée vers ces deux protagonistes. Mais comme nous le disions, la problématique dépasse le simple cadre de l'industrie du jouet, pour aller, justement, toquer aux portes d'Hollywood et de ses soit-disant principes.

Kathleen Kennedy peut assurément être fière d'elle. Elle s'est accrochée à son idée, et si elle fait forcément partie de l'équation en qualité de présidente de Lucasfilm, il semblerait qu'elle ait obtenu les résultats qu'elle attendait. The Force Awakens est un carton au box-office certes, mais ce sont aussi ses nouveaux personnages qui rencontrent le succès. A commencer par Rey, c'est certain, mais Finn lui emboîte bien vite le pas, tout comme Poe Dameron (Oscar Isaac) qui s'offrira bientôt une série de comics, couronnant son statut de fan-favorite et de sex-symbol des internets.

C'est là que nous raccrochons les wagons avec Star Wars VIII, repoussé à décembre 2017. Avant l'annonce officielle de la semaine dernière, de nombreuses rumeurs faisaient état de réécritures pour le scénario de Rian Johnson, qui serait en train de revoir sa copie pour développer le rôle de nos nouveaux héros, et notamment celui de Rey, pour son film. Et nous ne sommes forcément pas innocents dans ce constat.


Depuis la sortie de The Force Awakens, les théories fusent et les toys se vendent par palettes entières. Si ce septième opus était un test pour mesurer l'ouverture d'esprit du public, nous l'avons passé haut la main et il est logique que Lucasfilm prenne des décisions en conséquence. Il est même plutôt sain d'apprendre que le studio est tout à fait capable de retarder le film de quelques mois pour l'améliorer, et donner à son héroïne la place qu'elle mérite.


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