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La Maison dans Laquelle, la critique

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ReviewLe 25 Mar
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10 /10
On a aimé
• La justesse du regard sur l'enfance
• La Maison
• L'humanité des personnages
• L'onirisme
• L'objet livre
On a moins aimé
• la couverture s'abîme trop vite (pour chipoter)

« Salut à vous les avortons, les prématurés et les attardés. Salut les laissés-pour-compte, les cabossés et ceux qui n’ont pas réussi à s’envoler ! Salut à vous, enfants-chiendent ! »

Parfois, un livre ne fait pas que nous raconter une histoire, il ouvre une porte au fond de soi et chaque fois que nous reprenons sa lecture, nous pénétrons dans une pièce où nous nous abandonnons malgré nous corps et âme. La Maison dans Laquelle fait partie de ces rares livres qui sont capables de créer ce sentiment singulier, qui élève la littérature au rang de magie.

Mariam Petrosyan n’avait pas prévu de publier son roman : il existe aujourd’hui sur les étals des librairies par un heureux concours de circonstances. Elle commence la rédaction de ce qui deviendra La Maison dans laquelle à l’âge de dix-huit ans. Elle consacre dix ans de travail sur son texte. Dans les années 1990, elle laisse un exemplaire du manuscrit à des amis. L’ouvrage va vivre ainsi pendant quinze ans voyageant de lecteur en lecteur jusqu’à ce qu’il tombe dans les mains d’un éditeur qui le dévore en quelques jours. Entre-temps, Mariam Petrosyan est devenue plasticienne, illustratrice et graphiste. Le livre est un best-seller en Russie, pays de sa première publication, et depuis le succès s’étend au fil des traductions.

La Maison, lieu principal du récit, est entourée d’immeubles qui la dominent et déparait dans le paysage urbain. Elle recueille des enfants handicapés, aveugles, impotents, autistes. À travers la voix de certains de ces pensionnaires - Sphinx, Fumeur, Roux, Tabaqui... - on suit leur quotidien dans ce foyer aux règles singulières. La première chose qu’ils font : abandonner leur prénom, tous les indices de leur vie passée restent à la porte. Ils sont à la fois les enfants perdus de Peter Pan et ceux de Sa Majesté des mouches, ils évoluent en microsociété, en clans disparates qui n’échappent pas aux rivalités. Chacun des groupes a son propre usage, ses codes vestimentaires, son chef. La Maison est leur territoire.

Il n’y a pas d’apitoiement dans ce livre, si les enfants sont handicapés, ils ne sont pas des êtres à plaindre. Ils vivent pleinement à l’intérieur de ce refuge, ils y aiment, ils y rêvent, ils se construisent, se déconstruisent et se recomposent encore. Le lieu n’est pas neutre, il dicte aussi ses règles auxquelles les pensionnaires se plient à chaque génération qui se succède. Il peut au détour d’un mot ouvrir des voies vers un univers plus onirique où la pensée magique et la superstition triomphent en maître. 

Contrairement, à Sa majesté des Mouches ou La vie devant soi, ce roman ne met pas la jeunesse en scène pour mieux faire passer son propos. La Maison dans laquelle raconte l’enfance et l’adolescence sans aucun fard, ni angélisme ou arrière-pensée. Si la Maison évoque par instant le pays d’Oz de L. Frank Baum elle se meut en Oz, la série carcérale de Tom Fontana, par la violence qui surgit comme un éclair, qui strie le ciel et disparaît aussitôt.

La confection du livre par l’éditeur Monsieur Toussaint Louverture capture à merveille l’ambiance du roman, avec sa couverture comme un tableau noir où le titre semble écrit à la craie. Les près de mille pages de l’œuvre ne doivent pas être considérées comme un repoussoir, il suffit de commencer une phrase pour se faire piéger par ce texte. La Maison dans laquelle offre ce que la littérature fait de mieux ; il dévoile un monde foisonnant, sensible, éprouvant parfois, puisqu'il peut au détour d’un mot changer totalement et emprunter des chemins plus oniriques. Un roman qui convoque mille références dans l’esprit de son lecteur, qui cherche vainement à donner un point d’ancrage à ce qu’il découvre, alors qu’en réalité, il se trouve happé dans le maelstrom vertigineux d’un ouvrage sans pareil.

(Mariam Petrosyan, La Maison dans Laquelle, Traduit par Raphaëlle Pache, Éditions Monsieur Toussaint Louverture, mars 2016, 960 pages, 24,50 €)

Galerie Photo La Maison dans Laquelle, la critique

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