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Édito #76 : Hollywood et la dictature du gros budget

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evenementsLe 04 Avr
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Si vous n'ajustez pas leur coût à l'inflation, les films les plus chers de l'histoire nous viennent tous d'un Hollywood qui a moins de quinze ans. Le premier film n'étant pas né dans les années 2000 à faire son apparition dans le classement est ainsi le Titanic de James Cameron, à la vingt-sixième position. Et dans ce classement de films onéreux, on retrouve nombre de projets ambitieux, qu'ils viennent de la fantasy ou de la science-fiction. On pourrait par exemple citer le malaimé John Carter et ses supposés 263 millions de dollars, ou encore les 250 millions de dollars du troisième et catastrophique Hobbit. Tout ça pour dire que depuis plus d'une décennie, Hollywood applique l'adage "bigger badder stronger" à la lettre, sans regard rétrospectif sur les films et les franchises les plus populaires de l'histoire du cinéma.

On le sait, le business hollywoodien avance avec des œillères, et il attend souvent que la preuve formelle de toute théorie soit devant ses yeux avant d'agir. L'un des meilleurs exemples du moment, qui ne rentre hélas pas dans le cadre de SyFantasy, reste ainsi Deadpool, qui avec moins de 60 millions de dollars, un marketing en phase avec le sujet et une forme de liberté créative, a réussi à tirer son épingle du jeu, en devant le film Rated R le plus populaire de l'histoire, au sommet d'un tas de 754 millions de billets verts. A croire que bigger et badder ne mènent pas toujours au better. Un constat hyper simple, mais qu'il serait peut-être bon de ramener sur le devant de la scène, en 2016.

A l'heure des franchises immortelles, Hollywood nous sert en effet des épisodes toujours plus gros et toujours plus forts, mais qui ne sont pas forcément meilleurs que leurs aînés. Je pense notamment à des films comme Terminator Genisys, Jurassic World (que j'ai trouvé complètement décevant voire antinomique avec l'esprit du film original) la trilogie The Hobbit ou encore Prometheus, pour retourner quelques années en arrière. Autant de franchises qui, si elles ont pu rencontrer le succès (économiquement parlant en tous cas), ont déçu une partie de leurs spectateurs. Et je pense que l'importance colossale de leur budget et l'aspect rouleau compresseur de leur promotion ne sont pas innocents dans cette équation. Dans un mimétisme évident, le spectateur attend énormément des films au budget énorme, et les déceptions ou les surprises sont par conséquent décuplées.

Un effet boule de neige qui peut expliquer, au moins en partie, la violence ou l'aspect tranché des avis du public sur les gros films de ces dernières années, en témoigne le récent Batman v Superman. Et si certains reprocheront aux spectateurs cet élan fort en émotions (j'écoutais notamment Le Fossoyeur du films évoquer le sujet ce week-end), j'aurais plutôt tendance à pointer du doigt les studios, dont l'accélérationnisme ne peut que mener à des opinions toujours plus vives. Le bigger et le badder ne semblent donc réussir à personne : les studios sont toujours plus crispés quant il s'agit de payer l'addition (même s'ils prétendent parfois le contraire), et les spectateurs toujours plus tendus à la sortie de ces énormes métrages. Aussi me suis-je posé une simple question : et si la solution n'était pas un retour en arrière, une forme de décroissance ?

C'est la question que se posaient les combattants d'un des derniers Movie Fights de la chaîne YouTube Screen Junkies, qui imaginaient comment certains métrages, notamment Terminator Genisys, pourraient bénéficier d'un traitement "indépendant" en étant basés sur un plus petit budget. Et pour le coup, l'idée n'est franchement pas mauvaise, à tous les niveaux. Pour assurer un flot constant de franchises, sans lasser le public, les studios devraient peut-être jongler entre les artistes et les personnages, mais aussi les budgets. Et quand on sait qu'un plus petit budget implique également moins de pressions, et donc plus de liberté créative, le retour à une échelle plus humaine serait peut-être doublement bénéfique.

D'autant plus que cette échelle n'est pas antinomique avec l'ADN de la plupart des films de franchise. Comme Alien et Terminator, qui à leurs débuts, étaient bien des "petits films" même si l'argent qu'ils ont pu coûter et rapporter sont à relativiser à la lumière de l'inflation. Il y a quelques années encore, on se creusait la tête pour offrir une expérience au spectateur, avant de faire rentrer dans le calcul les coûts et la technique. Celle-ci n'est d'ailleurs plus aussi saluée qu'elle ne l'a été par le passé : vous pouvez faire l'expérience autour de vous, on vous parlera plus régulièrement d'effets spéciaux ratés que d'effets spéciaux bluffants, tout simplement parce que les VFX réussis ont tendance à être pris pour acquis ou s'invisibilisent, quand le numérique bancal est toujours plus facilement critiqué. Et de ce côté-là aussi, l'argent ne semble rien garantir, comme le montre l'exemple du petit Ex Machina, qui a remporté l'oscar des meilleurs effets visuels face à des pointures comme  The Force Awakens, Mad Max : Fury Road ou encore The Martian.

On se prend alors au jeu en imaginant un Terminator centré sur une idée plus que jamais d'actualité (l'arrivée de machines toujours plus nombreuses dans notre quotidien), un Hobbit plus poétique en étant synthétisé en un seul film, ou encore un Prometheus plus flippant qui épouserait l'aspect intimiste du premier Alien. L'économie réalisée pourrait alors servir à la création de nouvelles franchises, ou à défaut, être réinjectée dans un marketing bien pensé, qui à mon sens, influence énormément l'exemple de visionnage, comme nous l'a prouvé The Force Awakens en décembre dernier, ou Deadpool (pour une nouvelle fois sortir du cadre) cette année et après des mois de promotion hilarants. Et les studios ne seraient pas non plus désavantagés, dans le sens où il est bien plus profitable d'accoucher d'une moyenne production bien accueillie en salles qu'une immense machine qui faiblit rapidement au box-office.

Il y aurait donc des dizaines de bonnes raisons de revenir à des budgets et des échelles plus humains pour les films hollywoodiens et les plus grandes franchises de l'histoire du cinéma, qui sont souvent nés de paris risqués et/ou de coûts limités. Pour les renouveler ou laisser place à une nouvelle génération de cinéastes et de licences, la solution ne se trouve peut-être pas dans la course aux gros budgets, dans les immenses démonstrations de force ou les bombardements marketing, mais plutôt dans le retour à une santé créative, économique et émotionnelle en optant pour des films plus proches de l'indie que du tentpole. Ironique, quand on sait que la dernière grande mode à Hollywood consiste à engager des réalisateurs de films indépendants pour d'immenses productions.


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