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Édito #77 : La science tue la fiction et la réalité détruit les rêves

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evenementsLe 18 Avr
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Il y a quelques semaines, Republ33k vous parlait d’un constat alarmant quant au cinéma actuel : les grosses productions qui se multiplient un peu partout mènent à un contrôle créatif important, qui change complètement, voire dénature le travail des créateurs. L’investissement va à l’encontre direct de ce « petit supplément d’âme » d’œuvres plus anciennes. Mais si je ne peux qu’aller dans son sens, connaissant bien la réalité du monde actuel, il est un constat qui m’est encore plus difficile de reconnaître : l’explosion technologique elle-même semble également travailler contre notre imaginaire, et l’application que nous faisons de ces technologies se trouve souvent bien décevante et en dessous de leur potentiel.

On en vient tous un jour à faire le constat qu'on est est devenu un « vieux con », qu’on trouve que tout était mieux avant et que plus rien ne sera jamais aussi bien. C’est un effet générationnel commun. Mais quand je me penche de plus près sur le sujet, je ne peux m’empêcher de penser que, concernant la science-fiction populaire, la trajectoire penche inlassablement vers le bas. Effet vieux con ou pas ? J’ai décidé de me pencher sur ce qui pourrait créer une telle situation (en dehors d’une pure problématique pécuniaire).


Avant toute chose, je me dois d’expliquer mon utilisation de « science-fiction populaire ». J’entends ici la SF qu’on trouve au cinéma et à la télévision, deux des médias les plus populaires, et j’exclue globalement la littérature. Non parce que c’est un média mineur, loin de là - et il représente le plus grand volume de production SF - mais parce que c’est un média moins recherché par la masse de la population, et donc un média plus confidentiel et moins touché par des contraintes extérieures. Ce serait donc une erreur d’inclure la littérature dans ce propos, puisqu’elle a tendance à dépasser plus facilement les barrières décrites par la suite.

Pour en revenir au sujet, je constate que je me retrouve de moins en moins à rêver devant les films et les séries que je regarde, ou pourrais-je dire parfois, que je consomme (quand on commence à parler de blockbusters ou de nombreuses séries TV). Pour vous permettre de me cerner, le film que j’ai le plus vu dans ma vie est Jurassic Park, celui que je considère comme le plus grand film de l’histoire est E.T., et celui qui a le plus construit la personne que je suis aujourd’hui est Bienvenue à Gattaca. Deux Steven Spielberg, et trois films qui font appel au rêve, à l’émotion et à la réflexion. Également trois films qui me sont relativement contemporains, mais je vais de toute façon étayer mon propos avec Star Trek, ou encore la créature de Frankenstein (issue de la littérature mais devenue fortement populaire au-delà du média).

On ne compte plus les titres du genre « On a regardé Gravity avec un astronaute, c’est vraiment trop [bien / de la merde] ». La science progresse à une vitesse si incroyable ces dernières décennies, accompagnée d’Internet pour favoriser la transmission de la connaissance, que même notre imaginaire est remis en cause. Ce qui était science-fiction devient science, et l’invitation au rêve disparait derrière l’invitation à débusquer des inepties. On arrive dans monde où la connaissance vient freiner l’imagination.

Star Trek est un très bon exemple de cette prise de pas de la science. Il faut se rappeler que dans les années 60, de nombreuses technologies présentées dans la série n’existaient pas, comme l’IRM, les tablettes tactiles, les systèmes de vidéo-conférences et j’en passe. À vrai dire la série a même influencé les (futurs) scientifiques à développer ces technologies, qui ont révolutionné le monde, et si la téléportation ou les warp drives ne sont pas encore pour demain, sachez qu’on y travaille. Il y a encore moins de 10 ans, j’avais du mal à trouver une clé USB de 4Go, et aujourd’hui on commence à stocker des vidéos dans de l’ADN de synthèse. Une technologie qui, si on parvenait à la maîtriser et à l’industrialiser, changerait une nouvelle fois la face du monde.

Mais si vous prenez Star Trek aujourd’hui, ce qui reste de la fiction va surtout concerner des espèces extra-terrestres, ce qui n’enlève cependant rien au génie de la série originale et de son propos. Seulement, transposée dans les années 2000/2010, la franchise se transforme en films d’action forts dans leur forme, mais totalement dénués de fond.

En évoluant toujours plus, le public se détache inlassablement de sa capacité à fantasmer le monde du futur. Pire, il assiste à l’arrivée en puissance de technologies longtemps prédites, mais utilisées à plus ou moins mauvais escient, ou à un fragment de leur potentiel. Les dystopies du passé deviennent notre réalité, dans le plus grand des calmes, et l’espoir de voir les choses s’améliorer par la technologie disparait ainsi peu à peu.

C’est loin d’être vrai dans le domaine de la médecine, qui a fortement progressé ce dernier siècle, mais ça reste presque indéniable pour le reste. Le monde accueille les bras grands ouverts des technologies à l’utilisation douteuse dans le seul but de se simplifier la vie. Au lieu de créer des robots explorateurs, on crée des robots pour surveiller les frontières. Et d’un autre côté, des technologies comme l’impression 3D, probablement la plus grande invention de ce début de siècle, devraient être mises en avant, encouragées, et développées pour le bien commun (je vous invite à vous poser cinq minutes pour penser à tous ce que pourrait permettre une maîtrise avancée de cette technologie), mais son développement est pour le moment freiné par des brevets et des utilisations mineures, avec des ateliers Leroy Merlin pour vous expliquer comment construire des objets de déco stylés avec une machine à 2000€.

Cet état d’esprit à la fois pragmatique et trop centré sur le présent a tendance à masquer les vraies questions que l’être humain se posait autrefois via la science-fiction, pour privilégier la forme avant le fond. Jurassic Park posait la question du contrôle de l’humain sur l’animal, et du droit à manipuler la nature. Vingt-deux ans plus tard, ce qu’on trouve à dire sur le film est que la science a montré que sa conception des dinosaures est fausse.  En conséquence, Jurassic World vient répondre à la question du « pourquoi nos dinosaures sont comme ça ? », mais ne cherche plus à faire passer un quelconque message positif, si ce n’est une brève critique de l’excès complètement plombée par les propres excès du film. Et personne ne vient se demander où sont passés l’âme et le propos de ce qui est devenu une franchise ?


Mais au milieu d’un constat pessimiste, et de dizaines de productions dénaturées qui sortent chaque année (pensons tristement à Chappie, qui aurait pu être génial mais sacrifie son propos sur des considérations de producteurs), l’espoir renait à travers de nouvelles générations qui veulent faire vivre aujourd’hui les rêves d’hier tout en faisant face à nos craintes, par la science ou la science-fiction. Pensons à Alex Garland et son Ex Machina qui se réapproprie et modernise de façon intelligente le mythe du créateur et de la créature qu’on trouvait déjà dans la créature de Frankenstein de Mary Shelley il y a deux-cent ans. Pensons à Elon Musk qui fait tout pour concrétiser au plus vite et de la façon la plus viable les rêves d’exploration de l’espace des plus grands auteurs de SF, de Jules Verne à Isaac Asimov.  

Le monde a encore besoin de savoir qu’il n’est pas figé, qu’on a encore de belles choses à découvrir, et que la science peut amener à de nouvelles grandes étapes de notre évolution, qui est loin d’en être à son terme. 


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