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Édito #80 : Dark Vador partout, justice nulle part ?

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evenementsLe 27 Jui
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Pour bien des cinéphiles, Dark Vador est le plus grand méchant de l'histoire du septième art. Et cepuis 1977, il est difficile de prétendre le contraire, tant la première apparition du vilain, sous la direction de George Lucas, a marqué les spectateurs de l'époque et tous leurs successeurs. Il faut dire que son entrée dans le couloir du Tantive IV est souvent présentée comme l'iconisation parfaite d'un antagoniste. Couloir et soldats blancs, lumière étincelante, et soudain, l'apparition d'une figure qui se démarque de toutes les autres, par sa taille et ses couleurs. Une arrivée imparable, que des années de cinéphilie ont élevé au rang de mythologie à part entière. En près de quarante ans, de son inspection du vaisseau rebelle à sa présence furtive mais sensible dans The Force Awakens, Vador est devenu une ombre qui plane sur toute la galaxie Star Wars, et la menace, toute-puissance au sein de la diégèse l'univers de Lucas voire même plus, au sein de l'industrie du cinéma.

Dorénavant filiale de l'empire Disney, Lucasfilm, en effet, ne semble pas près d'abandonner l'aura du personnage, qui est à la fois un argument marketing et un moteur narratif hors-norme. Forcément, faire apparaître le vilain le plus populaire de l'histoire du cinéma et/ou de la culture populaire vous assure quelques ventes, et installe d'emblée des enjeux très réels. Il faut pourtant rappeler que la puissance de Vador est d'avantage figurée qu'avérée : si les films Star Wars originaux sortaient aujourd'hui, nul doute que Vador volerait la vedette à tous les autres personnages, grâce à des pouvoirs colossaux rendus crédibles par des effets numériques modernes. Mais il y a quelques années de cela, le personnage avait été sublimé par une forme de sobriété, à la stricte opposée du spectacle hollywoodien contemporain. Pourtant, Vador symbolise à lui seul la puissance, devrait-on dire la Force, de la saga Star Wars, qui ne parvient pas à se débarrasser de son plus illustre représentant.

Et encore moins sous l'ère Disney. Sans doute pour des raisons commerciales, comme on le disait. De toute évidence, Bob Iger et ses troupes voulaient à tout prix éviter la comparaison avec une prélogie qui ne cesse de diviser, quitte à livrer un produit très nostalgique dans un premier temps. A ce titre, la présence ou plutôt l'omniprésence de Vador n'est pas une surprise. Bien au contraire. Lorsque Star Wars revenait chez Marvel du côté des comics, le titre le plus bankable s'appelait ainsi Darth Vader #1. Un fascicule qui nous promettait de vivre aux côtés du seigneur des Sith dans les semaines après sa défaite sur Yavin. Un pitch des plus alléchants, même pour les fans de Star Wars les plus hardcore, qui étaient séduits pars l'idée d'un Vador en difficulté. Bientôt vingt-cinq numéros plus tard, on comprend les limites de cette approche. Écrire et mettre en scène Vador, c'est lentement dégrader le marbre dans lequel il a été sculpté par la trilogie originale. Face aux irrévérences de Kieron Gillen (auteur de la série) à la saga ou au personnage, impossible de ne pas réagir : si certains trouveront dans les comic books Darth Vader l'originalité qu'il manquait à un The Force Awakens, je le vois comme une compréhension biaisée du mythe et de l'antagoniste.

Non, une écriture géo-politique teintée de Fantasy, à la Game of Thrones, n'aide pas pas Vador à renforcer sa puissance mythologique, quelque peu malmenée par les rappels de Kieron Gillen à la prélogie et des répliques assez out of character placées dans le masque au souffle rauque du personnage. Mais quelque part, n'est-ce pas qu'une question point de vue ? Je ne vous parle pas du mien face à celui de l'auteur, mais ceux des personnages, face à Vador. Prenons un autre exemple. Star Wars Rebels, série animée également née sous l'ère Disney, n'a invoqué Vador que pour sa seconde saison. Ses premiers épisodes mettaient ainsi en scène un Inquisiteur, membre d'un ordre créé par l'Empereur pour traquer les Jedi. Ce qui permettait à Dave Filoni et ses équipes de ne pas enfermer leurs aventures, placées entre les épisodes III et IV de la saga, dans la dynamique de la trilogie originale. Ici, Vador est mentionné, mais d'autres font son travail. Et lorsque Vador a fini par pointer le bout de son casque, Filoni a offert au seigneur noir de Sith tous les avantages du rythme télévisé, retenant l'apparition du personnage à quelques cliffhangers biens sentis avant de laisser la rage du vilain exploser face à Ahsoka. Une approche assez classique, mais qui à mon sens, permettait à Vador de rester mythique et passionnant. 

Maintenant, en sera-t-il de même pour Rogue One, qui vient de confirmer la présence du vilain au sein de sa pellicule. Kathleen Kennedy et Gareth Edwards (réalisateur du film) ont d'ores et déjà expliqué que le vilain n'apparaitrait que lors d'une unique mais décisive scène. Arrivera-t-elle à se hisser à la hauteur de la trilogie, tout en fonctionnant naturellement avec le reste du film, et pas comme un simple bonbon, auxquels nous ont habitué les films Marvel et DC ? Impossible à dire, pour le moment, mais il est vrai que la présence de Dark Vador semble soumise à bien des tensions et beaucoup d'impératifs, et que ceux-ci pourraient sublimer comme faire couler le film d'Edwards. Quelque soit le point de vue adopté, et même si de bonnes idées semblent déjà pointer le bout de leur nez, comme une concurrence entre Vador et le Directeur Krennic (Ben Mendelsohn), deux fils concurrents devant ce papa qu'est l'Empereur, la présence de Vador ne laissera personne indifférent, dans un sens comme dans l'autre.

Reste à savoir, donc, quand l'aura de Dark Vador, aussi importante commercialement qu'artistiquement se retournera contre Disney et les créateurs modernes de Star Wars. Après tout, George Lucas n'avait-il pas lui-même été victime de sa création ? Digne d'un chapitre épique de la saga, le fils, Vador, avait tué le père, Lucas, quand celui-ci avait décidé de remonter le temps pour enquêter sur la jeunesse d'Anakin Skywalker. Si la prélogie continue de faire parler d'elle, et dans des termes fort peu élogieux, c'est aussi, et peut-être surtout, parce qu'elle n'avait pas su se hisser non pas au niveau de l'original (même si cela reste discutable) mais de son plus puissant représentant.

De toute évidence, les vilains des trois premiers opus de la saga ne valent pas, même réunis, le soldat le plus dur de l'empire du côté obscur, et Anakin Skywaler, tel que décrit dans cette trilogie, semble être un tout autre personnage. Mais je n'avais pas l'intention de critiquer la prélogie, mais simplement de montrer à quel point il est difficile de se défaire de l'ombre du personnage central de la saga, qui gagnerait peut-être à devenir, au sein de cette épopée, le mythe qu'il est déjà du côté du cinéma. En ce sens, J.J.Abrams, à travers The Force Awakens semble parti dans la bonne direction, comme l'image ci-dessus le résume mieux que des mots. Et on espère que Lucasfilm, dans son ensemble, choisira la même voie dans les années à venir.


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