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Édito #81 : Dernier Train Pour Busan, le Zombie sur de bons rails

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evenementsLe 29 Aou
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Depuis son grand retour au début des années 2000, qui nous ont offert toutes sortes de nouvelles interprétations du genre, de 28 Jours Plus Tard à Shawn of the Dead en passant par REC, le Zombie est devenu légèrement ennuyeux. Voilà quelques années maintenant qu'il campe sur toutes les industries créatives, du cinéma à la série télévisée en passant par les bandes-dessinées. Seulement, à de rares exception près, notre mangeur de cerveau semble avoir du mal à évoluer. Voire pire encore, il a perdu de vue les lettres de noblesse que lui avaient donné ses plus fameux auteurs, à commencer par George Romero. Et pourtant, cet été, au cœur d'une saison hollywoodienne des plus tristes, un film coréen vient nous rappeler à quel point le genre Zombie peut-être aussi pertinent que divertissant. Retour sur Dernier Train Pour Busan, en salles depuis deux semaines maintenant.

Applaudi au Festival de Cannes, le film de Sang-Ho Yeon avait fait grand bruit sur la croisette. Il s'agit pourtant du premier film en live-action de son réalisateur, qui sert d'ailleurs de suite à son dernier métrage animé en date, Seoul Station, qui lui aussi, avait pour vocation de sensibiliser le public coréen au fantastique, genre qu'il n'a pas forcément l'habitude de croiser dans les salles. Et le phénomène s'est très vite étendu au reste du monde et en France avec une sortie estivale qui profite parfaitement de la désertion, par le public, des blockbusters hollywoodiens - même si, comme d'habitude en France, l'exotisme convoqué par ce film originaire de Corée du Sud à tendance à donner naissance à des critiques dithyrambiques qui  vous diront que le film de Zombie a ici trouvé une toute nouvelle forme. Or, ce n'est pas exactement cela. 

Dernier Train Pour Busan, à mon sens, ne réinvente pas le genre comme avait pu le faire le 28 Jours Plus Tard de Dany Boyle, par exemple. Mais il a le mérite colossal de revenir à un certain classicisme, non pas dans sa réalisation, mais dans son propos. En effet, on se souvient que les Zombies sont passés de simples créatures de séries B à de véritables outils politiques lorsque Romero les a transformé en consommateurs littéralement décérébrés, dans L'Armée des Morts, pour ne citer que lui. Or toute la beauté du Dernier Train Pour Busan est justement de reprendre ce type de réflexions pour les actualiser, ou plutôt les re-contextualiser dans notre quotidien. Au-delà des réjouissances qu'il propose - nous y reviendrons - le choix du train à grande vitesse, pour commencer, n'est ainsi pas innocent : il est l'outil des business men et women qui se démocratise si bien qu'on y croise dorénavant toutes les tranches de la population. Il est par ailleurs divisé en deux classes, héritage de l'histoire ferroviaire qui symbolise, finalement très habilement, l'écart économique et social entre ses usagers. Le cadre lui-même est donc un outil de dénonciation, ou du moins de contestation, ici.

Mais c'est bien évidemment le choix des protagonistes et des antagonistes qui résonne le plus dans le film de Sang-Ho Yeon, qui fait de son héros comme de son futur adversaire deux businessmen très influents. L'un est ainsi un trader, quand l'autre est le patron d'une grosse boîte locale. Et au fil de la pellicule, leurs comportements de libéraux convaincus vont bien évidemment déteindre sur leurs actes, qui les rassemblent, dans un premier temps, avant une prise de conscience de Seok-Woo (incarné par Gong Yoo), notre héros. Le réalisateur ira même plus loin en proposant un début d'explication très engagé à son Z-Day, une sorte de superbe cerise sur ce gros gâteau qu'est le sous-texte politique du film. Et c'est sans compter différents rôles qui ne trompent pas quant aux intentions de Yeon, qui voit d'un œil beaucoup plus tendre la jeunesse, le père de famille franchouillard mais honnête, sa femme enceinte et un vagabond. Autant d'archétypes qui ne réinventent pas l'eau chaude, mais dont l'utilisation, millimétrée, offre au film un vrai discours, et des scènes fortes, qu'on ne vous spoilera pas ici, mais qui résonnent à l'heure où l'indifférence triomphe un peu partout.

Vous l'aurez compris, Dernier Train Pour Busan brille via un sous-texte bien huilé, qui renoue avec l'âge d'or du genre. Mais le film de Sang-Ho Yeon n'oublie pas, pour autant, de s'amuser et de se montrer généreux. Et si la diégèse du métrage me pose quelques problèmes - plusieurs contradictions et autres forcings sont en effet à noter - elle a le mérite de proposer des séquences tout simplement jouissives. D'une part, parce que le film tient sa promesse, et ne sert pas du train comme d'un simple décor. Il est un outil de réflexion - nous le disions - mais aussi un challenge pour la caméra et les personnages, qui jouent à merveille avec les inventions d'Alstom, car oui, ce train est français, m'sieurs'dames. Les portes, les bagages (et les porte-bagages d'ailleurs) ou encore les toilettes viennent ainsi pimenter la virée en enfer de nos héros, pour le plus grands plaisir de nos mirettes ! Ajoutez à cela quelques petites trouvailles du côté du comportement des zombies, et vous avez un film qui invente sa propre mythologie, en se distinguant subtilement de ses pairs et en sublimant chaque scène d'action par des métaphores bien senties - il y aurait d'ailleurs tout un travail d'interprétation à réaliser sur les wagons traversés par nos héros et leurs différentes classes.

On pourrait parler plus longuement des qualités et des quelques défauts de ce joli film. Mais on imagine que vous avez déjà compris l'idée. Ce qui fait la force du Dernier Train Pour Busan, comme celle de tous ces "instant classics" immédiatement adoptés par leurs spectateurs, c'est un savant dosage de retour aux sources, d'inventivité et de challenge. Et effectivement, à l'heure où Hollywood s'acharne à nous fournir des produits à peine finis, réchauffés ou reconstitués, un film comme celui de Sang-Ho Yeon - qui ne l'oublions pas, vient de l'animation, comme un certain Brad Bird et d'autres bonhommes qui continuent de nous faire vibrer - qui se veut archi-fidèle à sa promesse et juste assez respectueux du genre ne peut que triompher sur le cœur des spectateurs. Donc n'hésitez pas à lui laisser une chance, ne serait-ce que pour faire avancer nos amis mangeurs de cerveau en discutant avec les cinéphiles et Zombies Addicts du monde entier.


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