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L'Homme Qui Mit Fin à l'Histoire, la critique

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ReviewLe 06 Sep
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10 /10
On a aimé
• Un sujet fort traité avec intelligence
• Une histoire qui ne peut pas laisser insensible
• Un traitement du voyage temporel original
On a moins aimé
• L'aspect humain un peu mis en retrait.

La collection de novella des éditions du Bélial' initiée cette année, à l’occasion du vingtième anniversaire de la maison, propose de plonger un peu plus dans l’œuvre de Ken Liu, que nous avions eu l’occasion de découvrir avec l’excellent recueil de nouvelles La Ménagerie de Papier, paru chez le même éditeur.

Dans la galaxie des auteurs à suivre, Ken Liu est sans doute l'étoile la plus brillante. À l’instar de Brian K. Vaughan ou Rick Remender du côté des comics, il apporte un nouveau souffle à son média. Il le vivifie par son intelligence et sa sensibilité, pour produire chef-d’œuvre sur chef-d’œuvre.

Ken Liu aborde, dans L’homme qui mit fin à l’histoire, les crimes commis par l’Unité 731 dans la province chinoise du Mandchoukouo, considérée comme l’Auschwitz d’Asie. Un groupe de scientifiques japonais pratiquait des recherches sur les armes biologiques en utilisant les prisonniers et la population locale en leur inoculant des maladies comme le typhus, la peste, le choléra, mais aussi en pratiquant des vivisections sans aucune anesthésie.

Evan Wei, historien sino-américain spécialisé dans le Japon classique, entend éveiller le monde au drame subi par les victimes de l’Unité 731. Il considère que sans vraie mémoire, il ne saurait y avoir de vraie réconciliation.

Or, sa compagne, Akemi Kirino, scientifique à l’origine de la découverte des particules de Bohm-Kirino, qui permettent d’explorer le passé, propose à son mari d’utiliser ses recherches afin de mener à bien son travail d’éveil des consciences.

Plutôt que d’envoyer des historiens, il propose alors aux enfants de victimes de renouer avec ce passé douloureux afin qu’ils puissent rendre compte des horreurs commises.

Le voyage dans le passé n’est pas sans conséquence sur la trame du temps. Les personnes projetées dans l’Histoire grâce aux particules Bohm-Kirino ne peuvent interférer sur les évènements. Ils les ressentent, les vivent, comme de simples spectateurs, des présences fantomatiques. La contrepartie à cette technologie : la période visitée ne peut l’être une deuxième fois, car la particule qui fait le pont entre ces deux époques disparaît une fois utilisée.

On comprend très vite l’épaisseur des enjeux qui sont sous-tendus dans ce court roman : histoire individuelle contre histoire collective, volonté de faire la vérité contre des intérêts géopolitiques et commerciaux, lutter contre les tentations révisionnistes... Ken Liu aborde tous ces thèmes de front avec justesse. Il ne se dérobe pas aux multiples problèmes qu’ils posent. Afin de multiplier les points de vue, L’homme qui mit fin à l’histoire est construit comme un documentaire filmé, chaque chapitre correspond à une séquence qui revient tour à tour sur le témoignage d’Akemi Kirino, de personnes lambda, de scientifiques... Il ne tombe pas dans le procès à charge contre l’archipel nipponne ou du désintérêt de l’occident pour ce qui touche à l’Asie. Comme son personnage d’Evan Wei, l'auteur cherche avant tout à faire réfléchir. Son pari est mille et une fois réussi. Le style et le format du livre permettent de traiter sa problématique au plus près, il n’y a pas d’atermoiement, le texte frappe le cœur de son sujet (tout autant que celui de son lecteur).

L’homme qui mit fin à l’histoire est un livre incontournable qui montre que la dénomination de génie mise en exergue par une citation en quatrième de couverture n’est pas exagérée. Ken Liu propose un roman puissant qui prend à bras le corps les problèmes soulevés par la novella, sans jamais se dérober. Il offre une lecture qui s’imprime en soi et qui pousse à réfléchir. La marque des grands romans.

(Ken Liu, L'Homme Qui Mit Fin à l'Histoire (The Man Who Ended History : A Documentary, 2011), Traduction de Pierre-Paul Durastanti, Éditions Le Bélial', Août 2016, 112 pages, 8,90 €)

Pour information, vous pourrez rencontrer Ken Liu au Festival America qui se déroulera à Vincennes du 8 au 11 septembre ou en dédicace à la librairie Charybde le mercredi 7 septembre de 18 à 20 heures.

Galerie Photo L'Homme Qui Mit Fin à l'Histoire, la critique

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