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Westworld, la critique du pilote

8
ReviewLe 04 Oct
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9 /10
On a aimé
• Une intense réflexion sur les sujets abordés
• Une structure originale pour un pilote
• Un casting sans fautes
• De belles promesses
On a moins aimé
• Quelques personnages archétypaux pour le moment
• Le montage est parfois abrupt

Accueilli dimanche soir par plus de trois millions de spectateurs sur HBO, le premier épisode de Westworld est déjà un succès pour la chaîne américaine, qui renoue avec des audiences qu'elle n'avait plus atteintes depuis la première saison de True Detective. Il faut dire que HBO met les petits plats dans les grands pour adapter l'idée originale de Michael Crichton (Jurassic Park), qui imaginait déjà, au début des années 1970, un parc d'attraction décadent dans lequel de fortunés touristes peuvent assouvir tous leurs fantasmes dans un far west recréé à l'aide de robots plus vrais que nature. J.J.Abrams à la production, Jonathan Nolan et sa femme Lisa Joy aux commandes et un budget estimé entre 80 et 100 millions de dollars (tout comme les saisons récentes de Game of Thrones) plus tard, vous obtenez Westworld, une série aussi accrocheuse que complexe.

En témoigne les critiques de nos confrères sur le sujet, d'ailleurs. Nombre d'entre eux insistent en effet sur les mystères ou du moins les promesses inscrites en filigrane de ce pilote, comme s'il y avait un twist à deviner avant tout le monde. Pour certains, c'est la faute de l'école Abrams, producteur habitué aux shows mystérieux depuis l'explosion de sa carrière sur Lost. Pour d'autres, un nouveau reflet de l'école "after the show" initiée par Entertainment Weekly il y a quelques années de cela. A chaud, les critiques et les spectateurs s'attachent ainsi à de micro-détails, qui annoncent selon eux des rebondissements en pagaille. Pas de doutes possibles : il y en aura, et la symbolique placée par Jonathan Nolan n'est pas innocente, mais n'oublions pas la richesse presque insolente de Westworld pour autant. 

Tout comme le film de Crichton, dont elle résume l'essence et le concept en un petit quart d'heure dans une ouverture assez génialement composée, la série Westworld vous propose en effet d'embarquer dans une vraie réflexion sur des thèmes variés. D'autant plus que le show de HBO choisit, contrairement au métrage original, d'adopter le point de vue des robots du parc, et non celui de ses visiteurs. Un paradigme renversé donc, qui densifie la réflexion de Jonah Nolan et Lisa Joy sur les sujets offerts par Westworld. Au programme, forcément, un regard brut sur la noirceur des désirs humains et la décadence des plus riches ou des plus puissants, qui viennent ici troquer 40 000 dollars par jour (contre 1000 dans le film original) pour réaliser leurs rêves les plus fous ou leurs fantasmes les plus inavouables. On profite également, grâce à toute une galerie de personnages secondaires impliqués dans la gestion du parc et de ses robots, d'une vraie réflexion sur la création, qui passe notamment par le personnage d'Anthony Hopkins, nommé Ford (ce n'est sans doute pas un hasard), un inventeur désabusé qui reflète la fascination (parfois morbide) que nous pouvons entretenir envers nos créateurs et marketeurs contemporains, comme un certain Steve Jobs. Dans des passages d'une impeccable tension, le couple explore en effet les liens qui aliènent le créateur à sa création, tout en annonçant de très belles choses pour la suite dans des foreshadowings bien tissés. Le pilote se permet même une approche limite méta sur la question de l'écriture en présentant le scénariste programmeur du parc, incarné par Simon Quarterman. On notera d'ailleurs la structure narrative assez originale du pilote, qui lui permet d'expliciter, sans forcer, les règles et le fonctionnement du lieu, tout en apportant une expérience de visionnage assez fraîche au spectateur, qui profitera ici de passages évoquant Un Jour Sans Fin.

Mais la plus belle réflexion de Westworld restera le regard que la série porte au jeu-vidéo et à la gamification (ou ludification en français) de nos sociétés. Il y a quelques semaines, on lisait dans Empire que Jonathan Nolan s'était inspiré du monde vidéo-ludique et de grosses franchises comme Grand Theft Auto pour la série, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas usurpé le lien entre cet univers et son show. Le pilote, à lui seul, propose en effet une réflexion permanente sur le concept de jeu-vidéo, qui prolonge très organiquement le propos de Crichton, lui qui avait réalisé son film à une époque ou ce divertissement n'en était qu'à ses balbutiements. Et pourtant, le lien entre Westworld et des titres "fantasmes" comme GTA (on notera que Rockstar, son développeur, avait lui aussi cédé aux sirènes du western pour Red Dead Redemption) est évident et renforce un peu plus la richesse thématique et la pertinence de la série.

Les héros de cet épisode sont ainsi appelés des "guides", sorte de tutotiels personnifiés qui vont guider les touristes à leur arrivée dans le parc. Ils déclenchent également des scripts et des cut-scenes que la réalisation de Jonathan Nolan traite comme tels et vous aident à atteindre des réjouissances bien spécifiques, qu'on pourrait qualifier de niveaux. A ce titre, l'épisode transcende totalement les rencontres (toujours plus nombreuses) entre la narration vidéo-ludique, télévisée et hollywoodienne (vu le budget) pour créer un véritable level-design, les lieux de l'action proposant des activités plus ou moins variées et bien évidemment, toujours plus décadentes. On retrouvera ainsi les casual gamers en famille au Saloon ou dans une prairie, tandis que le personnage d'Ed Harris, le fameux robot surnommé The Man in Black du film originel est ici réinventé en une sorte de hardcore gamer à la fois blasé et possédé par Westworld. Il ne serait d'ailleurs pas étonnant de voir sa quête aboutir sur un lieu à l'image de la Dark Zone du The Division d'Ubisoft, dans laquelle les joueurs s'affrontent entre eux après avoir saigné des dizaines d'intelligences artificielles. Mais ce n'est là qu'une interprétation personnelle d'un protagoniste qui incarne finalement toute la réflexion des auteurs de Westworld sur le jeu, qu'il soit vidéo ou non.

Une matrice qui n'empêche pas Jonathan Nolan de nous proposer une réalisation assez inspirée. Peut-être pas aussi bluffante que celle de son illustre grand-frère, sa mise en scène sublime pourtant l'écriture de ce pilote riche en promesses et en réflexions, et nous propose même quelques petits moments de bravoure. Il faut dire qu'avec des images capturées en 35mm dans des décors naturels, Nolan a de quoi nous offrir un grand spectacle, qu'il appuie par une utilisation brillante de la musique (puisque des classiques comme Black Hole Sun de Soundgarden et Paint in Black des Rolling Stones sont repris à la sauce western) et quelques angles très réussis, dont un effet de style autour du fonctionnement des fameuses carabines Winchester. Par ailleurs, le petit-frère de Christopher se montre assez inspiré dans sa direction d'acteurs. Il faut dire qu'il a affaire à des vétérans comme Anthony Hopkins et Ed Harris, nous le disions, et à des acteurs très à l'aise dans leurs rôles, comme Jeffrey Wright (un programmeur) et Evan Rachel Wood (l'une de ses créations). Certes, les différents personnages sont très archétypaux pour le moment, mais on sent que le casting en a sous la pédale, en témoigne l'incroyable performance d'un Louis Herthum d'abord anodin puis terrifiant dans le rôle d'un robot glitchy.

Pilote particulièrement réussi, de part sa forme originale à même de renforcer le propos développé par ses auteurs et une vraie richesse thématique, ce premier épisode de Westworld nous propose une expérience à l'image de son parc : terrifiante mais addictive. Il faut dire que ces débuts ont pour eux une réalisation grand spectacle, de puissantes réflexions sur le jeu-vidéo, le divertissement et les droits acquis par les richesses ou encore sur l'écriture, sans oublier un casting assez inspiré qui s'étendra avec bien d'autres interprètes talentueux (dont Tessa Thompson,  révélée par Creed) dans les semaines à venir. HBO tient déjà peut-être le successeur de Game of Thrones, et devrait en tous cas nous offrir une série de science-fiction digne de ce nom cet automne. A ne pas manquer, donc.


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