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Édito #89 : à la découverte de Twin Peaks 25 ans plus tard

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evenementsLe 09 Jan
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A chaque génération son élue : une série qui marquera les esprits de tout une génération télévisuelle, et qui traversera les âges comme l’une des grandes œuvres à voir pour les sériephiles. Ou peut-être était-ce le cas avant l’explosion d’Internet et du partage que le réseau a amené, entraînant lui-même une explosion dans la production de séries TV.

Si on remonte légèrement on pensera à Breaking Bad, The Wire, Lost. Un peu avant, The X-Files, qui a évolué avec Internet, était même le  symbole des grands changements dans le format télévisé. Mais il reste une série sortie avant ça, plus culte encore, mais également plus confidentielle, et plus intime, qui traîne comme une légende du petit écran. Une anomalie. Je parle bien sûr de Twin Peaks.

Poussé par l’annonce du retour de la série, et son arrivée sur Netflix, ainsi que par la véhémence du co-auteur de cette "semaine Twin Peaks", je me suis jeté à corps perdu, vingt-cinq ans plus tard, dans l’œuvre de David Lynch et Mark Frost. Et j’étais loin de m’attendre au résultat.

Vingt-cinq années ne m’auront évidemment pas laissé vierge de toute information sur la série. Bercé par sa légende, j’étais familier de l’enquête de l’Agent Dale Cooper sur le meurtre de Laura Palmer, et du côté surnaturel des événements, pourtant loin d’être dévoilés dès le pilote. Familier de David Lynch, je m’attendais aussi à une ambiance particulière, angoissante, proche du malsain.

Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’était au ton de la série, partant d’emblée dans un style très empreint de soap opera, y compris dans ses intrigues secondaires. Je ne m’attendais pas non plus à l’absurde de nombreuses situations et des personnages qui peuplent la petite ville de Twin Peaks. Encore aujourd’hui je me demande comment un poisson peut se retrouver coincé dans un percolateur. Un absurde qui se mêle au thriller et à l’horreur pour donner une série à la saveur unique.


Je ne m’attendais surtout pas, connaissant ce style et ces personnages si particuliers, de me retrouver autant attaché à la série et à son univers, allant jusqu’à en aimer les moindres aspects et dérives, d’une étonnante fascination que seuls Lynch et de rares compères peuvent insuffler dans une oeuvre. Un univers dans lequel l’anormal devient la norme, et où une femme peut se balader jour et nuit avec une bûche personnifiée sans que quiconque s’en étonne.

Si je connaissais le caractère culte de la série, je ne m’attendais pas à y déceler l’origine de nombreux éléments retrouvés ci et là à la télévision par la suite. On y voit forcément un précurseur à The X-Files, mais on y retrouve des éléments de fond et de forme qui viendront alimenter The Killing, Lost, ou des personnages et gimmicks qui inspireront jusqu’à des séries comme Supernatural.

Si je m’attendais à une série mystérieuse, je ne m’attendais pas à une série si cryptique que des forums dédiés l’analysent encore vingt-cinq ans plus tard. Jamais depuis Lost je ne m’étais autant plongé dans des théories en tous genres, et l’exploration de pages et de pages d’Internet pour tenter de démêler le moindre élément, lancé non comme un indice explicite, mais comme une simple information. Car loin des formats télévisuels actuels, la série ne construit pas ses twists pour faire de l’audience, et ne construit pas du mystère pour rien. Elle place juste des éléments que le spectateur devra prendre la peine d’analyser, quand il en aura les clés, pour trouver ses propres réponses. Difficile de s'imaginer vivre une telle série à une époque où Internet n'était pas roi.

Et ce que je n’attendais surtout pas, pour une série issue de l’aube des années 90, c’est son progressisme avant-gardiste au point d’être pile à sa place vingt-cinq ans plus tard. Une série dans laquelle les femmes sont nombreuses, variées et fortes. De la torturée Laura Palmer, dont la mort et son histoire sont le cœur de la série, à sa meilleure amie Donna qui cherchera à s’émanciper de son image de bonne fille en tous points, en passant par la rebelle Audrey, aux sentiments plus profonds qu’on les imagine au premier abord, et au duo du Double R Diner, Norma et Shelly, toutes deux marquées par des maris à la dérive et qui cherchent à se reconstruire tout en affichant une jovialité sans faille. Sans oublier l'excentrique et perturbée Nadine, ou l'angélique Annie qui fera fondre le cœur de l'Agent Cooper.


Une série qui aura abordé aussi la question des transgenres dès 1991, en toute simplicité et bienveillance, et qui place au cœur du final de la seconde - et jusqu’ici dernière -saison l’écologie comme le plus important des combats à venir. Car, pour citer Annie : « nous sommes des guerriers mystiques qui aiment la Terre et qui veulent la sauver ».

Me voici donc, quelques mois après avoir découvert une série vieille de plus de vingt-cinq ans, à ne pas comprendre comment ses fans ont pu tenir aussi longtemps sans nouvelles et si peu d’espoir. A me demander ce que va bien pouvoir dévoiler le retour d’une série culte au milieu d’un paysage télévisuel qu’elle a radicalement transformé. Mais c’est forcément avec l’espoir, d’un chamboulement, d’un nouvel émerveillement, que j’attends sagement le retour de Mark Frost et David Lynch sur le devant de la scène.

I'll see you again in just a few months, Agent Cooper.

Retrouvez ici le programme complet de notre semaine consacrée à Twin Peaks


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