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Westworld, ou l'art de tromper l'oeil

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ChroniquesLe 15 Nov
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Renouvelée pour une seconde saison qui pourrait prendre un an et demi avant d'atteindre les écrans de HBO et d'OCS, Westworld nous a offert il y a quelques heures seulement un épisode plutôt très intelligent, qui a le mérite de redistribuer quelques cartes et de nous offrir l'occasion, une nouvelle fois sur les internets et pour la première fois ici, de débattre du contenu de la série de Lisa Joy et de Jonathan Nolan. 

 
 

- Attention aux spoilers sur Westworld, épisodes 1 à 7 ! -

 

 

Trompe l'œil

En effet, le septième épisode de la série nous a révélé avec brio que le personnage de Bernard, incarné par le talentueux Jeffrey Wright, est en fait un hôte, ou un comme on les appelle plus communément, un robot, et non un être humain. Ce qui était peut-être l'une des premières, si ce n'est la première des théories populaires sur la série de Jonathan Nolan et Lisa Joy. A ce titre, je comptais revenir sur la construction de cette révélation avant de discuter de ce qu'elle implique, potentiellement, pour l'intrigue de la première saison de Westworld.

Tout commence d'ailleurs par le titre de l'épisode, Trompe l'œil (en français dans le texte). Et cet opus porte donc à merveille son nom : d'une part parce que les hôtes comme Bernard sont contrôlés par un dispositif qui trompe, littéralement, leurs yeux, les empêchant de voir ou du moins de comprendre certains lieux. Et d'autre part parce les révélations de cet épisode sont construites sur ce qu'on pourrait appeler un "trompe l'œil narratif" puisque la tension qui se dégage du rebondissement entourant la nature de Bernard est presque exclusivement bâtie sur des éléments extérieurs à cette sous-intrigue. Comme le fameux vol des données par Theresa -(Sidse Babett Knudsen)- sur lequel je reviendrai plus loin - qui est en fait placé là pour attirer notre attention, notre œil et donc toutes nos émotions, sur un leurre. 


Le génie de l'épisode repose donc sur une machine bien huilée, qui s'acharne à générer de la tension sur des éléments insignifiants - ou à peine intéressants, en fin de compte - pour mieux la faire converger vers un unique élément, ici Bernard. Un génie décuplé par nous tous, d'ailleurs. Puisque si j'ai pu voir plusieurs spectateurs se plaindre des nombreuses théories élaborées sur les internets, elles jouent un rôle prépondérant dans le succès médiatique, c'est une certitude, mais aussi artistique, de Westworld. Premièrement parce que la série nous parle métaphoriquement de l'écriture (ou du moins de la créativité) tout en nous incitant nous même à écrire, et deuxièmement parce que les auteurs du show savaient que les nombreux articles tapés sur le web finiraient par renforcer les effets de leur narration. L'exemple de Bernard, comme nous le disions, le montre bien, puisque les théoriciens amateurs de Westworld ont fini par mettre leurs hypothèses sur Bernard de côté pour mieux analyser d'autres pistes qui se révèlent au final moins intéressantes, dupliquant ainsi la puissance du reveal de ce septième épisode.

What door ?

Et pourtant, comme l'ont remarqué certains spectateurs mécontents ou quelques critiques se plaçant au-dessus du lot, cette révélation était convenue, ou du moins attendue. Est-elle ratée pour autant ? A mon sens et comme vous l'aurez compris, c'est tout le contraire. Elle fonctionne parfaitement, notamment en étant terriblement bien exécutée mais aussi parce de nombreux indices étaient cachés sous notre nez : dans une série où l'un des enjeux majeurs est l'élaboration de nouvelles intrigues (ou "narratives" comme les appellent les managers du parc), est-il vraiment surprenant de découvrir que le seul être humain à posséder une backstory digne de ce nom est un robot ? Absolument pas, et c'est là toute la beauté de cette pirouette scénaristique, qui a le mérite de redistribuer toutes les cartes. 


Mais encore une fois, c'est peut-être bien ce que la série cherche à nous faire croire, là où la vérité, comme diraient deux enquêteurs bien connus, est ailleurs. En effet, c'est peut-être dans la confusion - beaucoup se demandent comment interpréter les échanges précédents entre Ford (Anthony Hopkins) et Bernard, par exemple - que se cachent les réponses à nos questions. D'où ma petite théorie personnelle sur le sujet, pleine d'interprétations sur les différentes hypothèses rencontrées sur l'internet.

Qui est Bernard pour Ford ?

A mon sens, le maniaque qu'est Ford est tout simplement obsédé par les travaux de son défunt confrère, le fameux Arnorld. On nous a précédemment révélé que des hôtes comme Dolores (Evan Rachel Wood) sont en service depuis bien des années et jouissent des innovations très secrètes d'Arnold, que Ford cherche sans doute à imiter ou à dupliquer. C'est pourquoi il aurait à mon sens créé Bernard, en s'inspirant d'un des plans (montrés dans l'épisode) d'Arnold pour l'aider à enquêter sur les créations de son défunt partenaire. On se souvient notamment que Bernard interroge ou interrogeait régulièrement Dolores dans la pièce même où il a récemment fait l'expérience de sa nature. Par ailleurs, cette théorie justifierait les échanges entre Ford et Bernard : a priori conscient de la supériorité de l'intellect des machines, Ford compte former Bernard pour l'accompagner dans sa recherche.

Et qu'est-ce que Ford recherche par dessus tout ? Les innovations de son ancien partenaire, qu'on nous a présenté comme obsédé par l'idée de conscience. Un mystère que Ford semble proche de percer, puisqu'il semble avoir réussi à berner non seulement Bernard lui-même - mais aussi tout son entourage - sur sa véritable nature. Pour faire simple donc, notre robot serait l'outil de Ford dans ses recherches, centrées sur la conscience ou du moins les créations de son ancien partenaire, qu'il a sans doute tué ou perdu avant de comprendre la mesure de son génie. On peut également lier cette théorie au mystère du labyrinthe (le fameux "maze") qui obsède The Man in Black (Ed Harris) puisque d'après moi, ce labyrinthe représente ni plus ni moins que la conscience, théorisée en un dédale par le défunt Arnold. 

Le labyrinthe de la conscience

Reste à savoir deux choses : est-ce que ce labyrinthe sera matérialisé ou simplement métaphorique, et à quel moment le cherche-t-on. La théorie de la double timeline cachée dans la série est en effet très populaire, et stipule que les aventures de Dolores et de William (Jimmi Simpson) seraient une sorte de préquelle à l'histoire du Man in Black, ce qui risque de complexifier l'équation. Mais rappelons que les épisodes les plus récents ont tendance à rendre la théorie de cette double timeline beaucoup moins crédible ou en tous cas moins utile que par le passé, même si des indices troublants subsistent, comme l'absence de certains personnages ou le fait que Logan (Ben Barnes) et le Man in Black soit tous les deux présentés comme de grands businessmen, ce qui n'est forcément pas un hasard.

Par ailleurs, s'ajoutent à toutes ces questions l'importance des données, devrais-je dire de la Big Data (qui obsède tant les entreprises de nos jours) dans le septième épisode. Est-ce que Theresa envoyait vraiment des données à Delos, l'entreprise propriétaire du parc, comme elle le prétendait, ou cherchait-elle à revendre la data au plus offrant ? Une question presque secondaire face à la suivante ; de quelles données s'agit-il ? Justement, une autre théorie précoce nous expliquait que Westworld, en tant que divertissement, n'était qu'un test pour une technologie plus avancée encore. Immédiatement, les internautes avaient donc pensé à des robots de combat, mais le septième épisode de la série nous dirige plutôt vers une parabole sur l'utilisation des données à des fins sécuritaires et/ou mercantiles. Pour faire simple, si mon smartphone dit à la CIA ce que je suis et rapporte des millions aux constructeurs de l'appareil, imaginez ce que dit un séjour à Westworld sur vous. Surtout dans un futur où, comme le suggéraient d'autres fans, le voyage de planètes en planètes est possible (le parc étant situé sur l'une d'elle) ce qui implique que la sécurité est devenue une affaire interstellaire.

These violents delights have violent ends

Pour terminer ce papier encore plus long que prévu, j'aimerais conclure ma propre théorie, qui comme vous l'avez vu est pleine de trous, sur une potentielle fin. Maintenant qu'on sait que la saison 2 est une réalité, mais qu'elle aura une production à la hauteur de ses ambitions, j'imagine bien ce premier chapitre se clore sur une réhabilitation de nos amis robotiques dans un nouveau parc, peut-être dirigé directement par Delos et non par Ford. Une fin amère qui pourrait se dérouler dans une ambiance différente - pour rappel, le film original de Michael Crichton présentait un parc romain et un autre médiéval - qui viendrait être secoué par des retrouvailles entre deux personnages.

Imaginons par exemple un William plus âgé, qu'il soit le Man in Black ou non, retrouver sa chère Dolores dans un autre établissement, ce qui aura tôt fait de déclencher chez elle des troubles de la mémoire - un autre des thèmes récurrents de la série - à même de poursuivre la lente émancipation de hôtes mais cette fois, dans un nouveau parc, à peine plus corporate et plus contrôlé. Mais maintenant que tout ça est couché sur le papier, HBO, Jonathan Nolan et Lisa Joy ont encore trois semaines pour ridiculiser toutes mes idées. Et si ce n'est pas fait d'ici-là, je vous invite à vous en charger vous-même ci-dessous, en commentaires.


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