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Les Animaux Fantastiques, la critique

11
ReviewLe 16 Nov
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5 /10
On a aimé
• De bien belles bestioles
• Eddie Redmayne en forme
• L'Amérique magique
• Quelques passages inspirés
On a moins aimé
• Des persos secondaires insipides
• Les tics d'écriture de Rowling
• Beaucoup trop introductif

Connu et célébré pour sa fameuse famille de réalisateurs, dans laquelle on retrouve un certain Ben Affleck ou Christopher Nolan, par exemple, Warner Bros donne également dans les grosses machines depuis quelques années déjà. Et à ce titre, Harry Potter représentait, il y a encore 5 ans, le casse du siècle. En effet, avant le retour de Star Wars et l'ascension de Marvel Studios, les adaptations des écrits de la britannique J.K.Rowling représentaient encore la plus grande franchise de tous les temps au cinéma. Mais sa chute au troisième rang de ce classement et les chiffres un poil décevants des derniers films consacrés à l'univers DC ont eu tôt fait de réanimer l'intérêt du studio pour l'univers magique d'Harry Potter, qui fait son retour en cette fin d'année avec la première partie des Animaux Fantastiques, un film qui mélange préquelle et spin-off pour étendre le monde imaginé par Rowling.

C'est d'ailleurs l'autrice elle-même qui se charge du scénario de ce film, en partie adapté de son manuel zoologique fictif Fantastic Beasts and Where to Find Them. Mais bien évidemment, ce volume, aussi balèze soit-il, ne pouvait pas être étendu en une trilogie d'un coup de baguette, et encore moins en une saga de cinq films qui s'étendra sur près de 20 ans. L'objectif numéro un de ce film est donc d'agrandir l'univers d'Harry Potter, au sens large, et de prolonger certains de ses aspects. Moralité, on trouvera dans ce premier opus tout un tas de références à la mythologie imaginée par Rowling, et de nombreuses pistes qui nous promettent des réponses du côté de la magie noire, notamment. Et si le talent de l'autrice pour imaginer des mondes attachants dès le premier visionnage est indéniable, 15 ans après l'adaptation du premier Harry Potter sur nos écrans, Rowling revient également avec ses tics d'écriture bien particuliers.

Et c'est ici que je vous révèle que je n'ai jamais été un fan ni des romans ni des films Harry Potter. En partie pour leur écriture un peu trop limpide. Mon problème avec cet univers, c'est que nombre de ses personnages, artefacts lieux et pouvoirs semblent uniquement conçus pour faire avancer l'intrigue avant d'avoir une vraie utilité dans leur diégèse. C'est ce qui faisait que chaque objet magique présenté dans les films Harry Potter était toujours la solution aux problèmes de nos héros, en témoigne le Retourneur de Temps d'Hermione dans Le Prisonnier d'Azkaban. Qu'on se le dise, les constructions narratives de ce genre sont bien utiles et souvent très efficaces, mais elles finissent par être lassantes voire  un peu grossières lorsqu'elles sont autant utilisées que dans le cas d'Harry Potter. Mais ce qui aurait encore pu être vu comme un exercice de style - chaque année scolaire consacrée à l'alter-ego de Daniel Radcliffe gravitant autour d'un nouveau professeur contre les Dark Arts et un objet magique - vole ici en éclats : Les Animaux Fantastiques ne sont pas un film Harry Potter.

Et pourtant, les bestioles de l'histoire de Rowling sont en tous points identiques avec les artefacts bien connus de la saga Harry Potter, elles qui sont avant tout des prétextes en or pour des scènes d'action et/ou comique, et une façon simple de faire avancer le scénario dans la direction qui arrange notre autrice et le réalisateur David Yates. Ce qui n'empêche pas les dits animaux fantastiques de fasciner et d'arracher nombre de sourires, mais qui de fait, morcelle le film, lui qui s'ouvre sur une introduction tout simplement aléatoire avant une première scène qui réunit à peu près tous les personnages de l'intrigue par un hasard assez grossier. La suite sera tout aussi pénible, puisque le film, pourtant long d'à peine plus de deux heures, semble d'avantage intéressé par les bestioles magiques de la valise de Newt Scamender (Eddie Redmayne) que par le fil rouge de l'intrigue, à savoir, l'émergence de la magie noire aux Etats-Unis.

On jongle donc entre le spin-off américain et animalier et une prélogie de la saga Harry Potter, sans que l'un des aspects ne veuille s'accorder avec l'autre. Ce qui est particulièrement dommage quand on sait que la lecture par Rowling de la société américaine, est assez intéressante: permis de baguettes façon second amendement, métaphores sur les tueries à l'arme à feu, clins d'œil à la prohibition et aux agences gouvernementales... Tout l'univers magique de Rowling est un véritable terrain de jeu pour l'autrice, qui nous offre une réflexion assez intéressante et plaisante, incarnée par des personnages qui sont tous, d'une manière ou d'une autre, des inadaptés sociaux. Mais au-delà d'un univers riche et métaphorique, c'est un scénario prenant qu'on aurait voulu voir se mettre en place. Tardif et traité par dessus la jambe, le fil rouge n'arrivera hélas pas à lier les différents aspects du film entre-eux. Le résultat, plus proche d'une succession de clips, sera donc assez curieux, parfois difficile à suivre, mais souvent divertissant.

Sans doute parce que le casting est mené par un Eddie Redmayne plutôt très convaincant. Ultime laissé pour compte au milieu de tous ces inadaptés sociaux, son personnage, Newt, prend vie lorsque le britannique met toute son étrangeté et sa douceur au service de l'intrigue, aussi faible soit-elle. On finit par s'attacher au bonhomme, qui fait d'ailleurs tenir toute une réflexion écologique sur ses épaules, avant qu'il ne soit rejoint par tout un groupe de personnages secondaires franchement dispensables. Que ce soit du côté de l'enquêtrice désavouée incarnée par Katherine Waterston, sa sœur croqueuse d'hommes jouée par Alison Sudol, le boulanger de Dan Fogler ou chez le pauvre jeune homme interprété par Ezra Miller, cette galerie de protagonistes n'a pas grand chose à offrir, si ce n'est des archétypes très convenus. Un constat qui conduit Percival Graves, interprété par Colin Farrel, à s'imposer comme l'un des seconds couteaux les plus intéressants de l'histoire, lui qui s'annonçait pourtant aussi fade que possible. Mais encore une fois, Rowling sacrifiera ce potentiel sur l'autel de ses twists favoris, tuant nos espoirs dans l'œuf (de dragon).

Deux heures et treize minutes plus tard, on se demande donc comment Warner Bros compte faire durer un plaisir bien maigre sur quatre films supplémentaires. De toute évidence, ce premier opus n'était qu'une introduction, mais comme un certain Batman v Superman avant elle, cette première étape veut piocher partout et oublie d'assembler toutes les idées entre elles, ce qui aurait pu passer par une écriture plus focalisée, mais aussi par une réalisation plus marquée. De toute évidence, David Yates, qui a déjà à son actif les quatre derniers Harry Potter, a fait le taff, sans trop chercher à imposer une patte particulière. Et s'il met assez bien en scène la New York (magique) des années 1920, comme l'écriture de Rowling, sa réalisation est plus concentrée sur quelques séquences que sur l'ensemble. Ce qui nous offre quelques scènes assez jolies ou plutôt bien filmées, mais qui fait naître un film qui manque cruellement de punch et d'images fortes, lui qui a pourtant toute une magie à convoquer dans le cadre. 

En cette fin d'année 2016 qui n'était pas la plus glorieuse de l'histoire du cinéma, Les Animaux Fantastiques incarnent parfaitement les maladies qui atteignent les blockbusters modernes, à commencer par cet étrange phénomène de "trop plein pas assez" : sa réalisation est efficace mais fade, ses personnages très nombreux mais sous-développés, son univers riche mais à peine alimenté par une intrigue et enfin, son histoire est inutilement longue, par rapport à ce qu'elle raconte. Et si Yates, Rowling et Warner Bros n'oublient pas d'offrir aux fans une ambiance assez chouette, quelques séquences très amusantes et de belles références, il faudra bien plus que ça pour maintenir le public en haleine pour quatre suites encore. Surtout quand on sait que le prochain film se déroulera à Paris : on s'attend donc déjà à une saga thématique qui manquera cruellement de liant là où elle aurait pu prolonger, avec plus de concentration et d'humilité, l'univers d'Harry Potter.


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