Actualités > Retour

Pourquoi je me suis enrôlé dans l'Alliance Rebelle

14
ChroniquesLe 15 Dec
partager cet article

Une fois n'est pas coutume, pour cette semaine spéciale Rogue One, entre deux avis sur le film de Gareth Edwards et de nouveaux dossiers, faisons une pause qui sera peut-être un peu plus lyrique, puisqu'il est aujourd'hui question d'un amour très personnel au sein du culte que je voue à Star Wars, celui qui me lie depuis quelques années déjà à l'organisation fictive qu'on nomme l'Alliance Rebelle.

• Voir aussi : Semaine Spéciale Rogue One - le programme complet 

Croyez-le ou non, il fut un temps ou les rebelles et leur mythologie ne m'intéressaient pas le moins du monde. A cette époque, j'étais loin de me demander comment me faire tatouer leur symbole sur l'avant-bras et je ne collectionnais pas encore les X-Wing. Des affirmations qui peuvent paraître surprenantes pour ceux qui me connaissent ne serait-ce qu'un petit peu, mais que partagent bien des fans de Star Wars, un univers si vaste qu'il est facile d'en ignorer toute une part pour mieux plonger dans celle d'à-côté. Et c'est sans doute l'une de ses forces.

Aux côtés d'une esthétique bien particulière, assurément. Si mon premier souvenir de Star Wars est celui d'une VHS abîmée faisant tourner en boucle les scènes sur Dagobah de l'Empire Contre-Attaque, je crois me rappeler que mes premiers amours pour Star Wars concernaient avant tout l'apparence de l'univers inventé par George Lucas. Les engins, les planètes, les armes, les personnages, tout cela m'a marqué avant même que je ne puisse comprendre le sens de l'histoire. Mais d'ailleurs, c'est en partie ainsi que Star Wars a été conçu : comme un univers "bac à sable" qui à même de faire résonner les rêves du plus jeune des enfants.

Star Wars est - et je pense restera - un immense terrain de jeu. Et le succès de cet univers n'a fait que brouiller les frontières entre son histoire et son merchandising. Dans la tête d'un enfant des années 1990, le film est un jouet, et le jouet est un film. On notera d'ailleurs que dans Un Nouvel Espoir comme The Force Awakens, les héros, Luke et Rey, possèdent tous les deux des jouets Star Wars : l'un s'occupe avec une maquette de T-16 Skyhopper, l'autre pose une poupée de pilote rebelle sur les étagères du AT-AT qui lui sert de maison. Une tradition encore poursuivie cette année par Jyn Erso, comme vous le verrez en allant voir Rogue One.

Et si je passe par tout cela pour vous expliquer mon amour pour l'Alliance Rebelle, c'est pour vous faire comprendre que ma passion pour Star Wars ne serait sans doute pas la même sans l'aspect universellement ludique de la saga, qui transforme les enfants en fans au premier coup d'œil, bien avant une première compréhension de l'œuvre et de son message. Mais justement, plus petit, je vouais une drôle de fascination pour les personnages, les véhicules et les équipements Impériaux, dont les lignes très géométriques voire symétriques et le code couleur brut m'avaient marqué. A l'époque, c'est bien le TIE qui avait ma préférence. Ce sont les Stormtroopers que je voulais collectionner. Et tous leurs véhicules que je souhaitais voir sur mes étagères.

Après tout, les designs impériaux incarnent à merveille, via leur lignes et leurs couleurs, l'ordre qu'a promis un certain chancelier Palpatine. Et j'imagine que dans la tête d'un gamin, le cadre qu'ils fournissent et la puissance qu'ils représentent impressionnent. Pendant de longues années, je me suis donc demandé qui serait assez fou pour vouloir s'opposer à l'Empire et à sa pureté esthétique, quand je n'apprenais pas à maudire ces Ewoks, qui soit disant, pouvaient percer les armures de mes chers Troopers à coup de flèches et de pierres. 

"Once a rebel, always a rebel" - Alan Sillitoe, Saturday Night and Sunday Morning

Et puis, comme toutes œuvres majeures, Star Wars se vit différemment selon l'âge, si bien que je me suis un jour tourné vers le camp adverse, non plus pour le moquer, mais pour lui demander de me recruter. Qui sait, peut-être traversais-je alors ma phase d'adolescent rebelle, et il fallait donc que je conteste tout mon passé, ce qui impliquait forcément mon amour pour Star Wars et ses impériaux, ou ses droïdes de combat. Et l'Alliance Rebelle avait de quoi séduire.

Je crois que ce qui m'a toujours frappé chez les Rebelles est également leur esthétique, d'ailleurs, comme quoi Star Wars doit avant tout fonctionner visuellement. Là où les Impériaux chérissent une certaine pureté géométrique et maudissent les couleurs, les Rebelles affichent fièrement leur tons orangés et l'aspect désordonné de leurs troupes ou de leurs engins. C'est un fait : il y a, chez la Rébellion, une vraie forme de diversité esthétique. On peut d'ailleurs remarquer que c'est une lettre qui lie les vaisseaux des Rebelles entre-eux (ABUX ou encore Y-Wing) là où les formes Impériales se suffisent à elles-mêmes (puisque les déclinaisons de TIE partagent un même cockpit, par exemple).

Après m'avoir fait rire, ces engins aux couleurs vives, à l'apparence usée et aux mécanismes apparents exerçaient donc sur moi une véritable fascination. Peut-être parce que la forme rejoint, dans ces designs, parfaitement le fond. Certes, la régularité des engins impériaux trahit leur nature, mais les formes et les couleurs de la Rébellion en disent beaucoup plus sur ses membres. En témoigne l'exemple des Y-Wing, que j'ai toujours trouvé phénoménal. Dans l'univers Star Wars, les "tiges" du "Y" sont en effet volontairement dénudées par les pilotes de l'Alliance pour gagner en maniabilité, d'où l'apparence squelettique du vaisseau. Ca n'a l'air de rien comme ça, mais savoir que quelques casse-cous ont volontairement exposé leur appareil pour mieux remplir leur mission m'impressionne au plus haut point. J'y vois une parfaite connexion entre le design et l'écriture (sans doute nouée a posteriori via l'apparition du design originel des Y-Wing dans Clone Wars), qui relèverait presque de la poésie.

Pour la simple et bonne raison qu'elle explicite ce qui est sans doute l'aspect le plus grisant de l'Alliance Rebelle : l'adversité dans laquelle elle évolue. Là où les Impériaux sont installés voire rangés, d'après les plans emblématiques de la première trilogie, les Rebelles vont de base en base, ils vivent avec une épée de Damoclès au dessus de leurs têtes et adaptent leurs ressources pour mieux poursuivre leurs idéaux. C'est un combat permanent contre le sort qui attend les hommes et les femmes qui rejoignent la Rébellion, et le jour où j'ai enfin saisi cet aspect tout simplement vertigineux de leur combat (quotidien), je ne voyais plus que ça.  Les casques de cyclistes sur leurs têtes ou leur alliance avec des oursons de l'espace un poil infantilisants ne me dérangeaient plus. Et je crois qu'ils ne me dérangeront plus jamais.

Car au-delà de son esthétique si particulière (dont je pourrais honnêtement parler des heures tant elle est riche d'influences) et du combat de tous les jours qu'elle mène, l'Alliance Rebelle représente quelque chose de plus grand qu'elle, une idée toute simple qu'on appelle la liberté. Ce n'est pas à moi de vous expliquer comment réagir face à celle-ci, ni à moi de vous rappeler où elle commence et quand elle s'arrête, mais je peux en revanche vous affirmer que seuls les Rebelles sont dans le vrai, dans Star Wars. Certes, les plus religieux ou les plus spirituels d'entre-vous (sachez que je les respecte) nous renverront toujours aux philosophies des Jedi. Mais rien n'inspire plus mes propres combats que celui de l'Alliance Rebelle. Surtout quand on retrouve, au sein de cette organisation, une vraie représentation. 

Les rebelles sont des humains. Les rebelles sont des hommes. Mais aussi des femmes. Et dans univers trop humano-centriste à mon goût, les rebelles peuvent aussi être des aliens. Des stratèges de renom comme l'Amiral Ackbar. Des co-pilotes fidèles comme Nien-Nunb. Autant de personnages qui ont permis à George Lucas et tous ceux qui l'ont succédé la métaphore socio-politique derrière Star Wars : car n'oublions pas que malgré leurs vaisseaux légendaires et leur accent britannique délicieux, les impériaux restent des fascistes pur jus. Il y aura toujours des exceptions, c'est certain, mais je préfère autant me tourner, dorénavant et du haut de mon quart de siècle, vers les Rebelles, qui ont compris que la couleur, le genre, la taille ou tout ce qui nous différencie ne doit jamais tarir notre soif de liberté, et surtout ne jamais museler notre respect les uns pour les autres. 

Et même si vous pouvez prêter à l'univers Star Wars toutes les pires ambitions mercantiles du monde, je crois qu'il est peut-être le seul à nous avoir rappelé, deux années de suite, qu'il ne faut jamais baisser les bras. The Force Awakens nous montrait comment l'immobilisme, intellectuel, politique ou encore géographique est dangereux pour nos libertés. Un an plus tard et après des événements comme l'élection d'un Trump aux commandes du plus puissant pays du monde, Rogue One et son commando très diversifié nous rappellent qu'il n'y a jamais de combat trop petit, et jamais de sacrifice trop grand : "make ten men feel like a hundred". 


Publicité

Podcast 67
Le 14 Dec
19

Wookie Leaks #26 : Star Wars - Les Derniers Jedi,...

Après avoir donné son avis sans spoilers aux côtés de nos confrères de Planète Star Wars, Star Wars en Direct et Star Wars Universe, la rédac'...


Articles liés

auteurs & mots-clés
Rogue One Resistance Alliance Rebelle Rebellion Rebellion Star Wars Chronique Géopolitique
14 commentaires Vous devez être connecté pour participer
connexion
Valider
inscription rapide C'est parti !
inscription standard C'est parti !
Publicité