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Ralph McQuarrie, toujours au service de Star Wars

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DossierLe 17 Dec
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L'ironie du sort a voulu que Ralph McQuarrie nous quitte quelques mois avant le rachat de Lucasfilm par Disney, entreprise qui n'aurait sans doute pas hésité à sortir le génial concept-artist de sa retraite pour le faire travailler sur une toute nouvelle trilogie. C'est donc en mars 2012 que nous apprenions avec la plus grande tristesse la disparition de Ralph Mcquarrie. A 82 ans, ce grand monsieur laissait des dizaines de concept-artists et des milliers de fans de Star Wars orphelins. 

Il faut dire que l'artiste a pratiquement inventé la méthode du concept art pour les productions hollywoodiennes, et que son style est à tout jamais lié à l'esthétique de la saga Star Wars. Et justement, deux films sous l'ère Disney plus tard, il nous semblait important de revenir sur l'héritage de Ralph McQuarrie, qui même en ne faisant plus qu'un avec la Force, continuer d'influencer la saga, d'un point de vue esthétique, mais pas seulement.

• Voir aussi : Semaine Spéciale Rogue One - le programme complet 

1. | Du soldat à l'artiste

Chapitre I | Du soldat à l'artiste

Mais avant toute chose, une brève biographie s'imposait, pour celles et ceux qui n'ont pas encore la chance de connaître l'étonnant parcours de l'artiste, ou qui aimeraient réviser avant de replonger dans son œuvre si singulière.

Né en 1929 dans l'Indiana, Ralph McQuarrie ne s'est pas tout de suite intéressé à l'art et au dessin. A peine âgé d'une vingtaine d’années, le voilà enrôlé dans l'armée américaine, qui l'envoie sur le front en pleine Guerre de Corée. Une expérience qui influencera assurément le style et la philosophie du bonhomme qui sur place, aurait survécu à un tir à la tête, arrêté de justesse par son caque.

De retour aux Etats-Unis à l'aube des années 1960, il choisit d'étudier l'art en Californie, et plus précisément dans un établissement nommé l'Art Center College of Design, situé à Pasadena. Orientation qu'il poursuivra ensuite dans le centre-ville de Los Angeles, dans une seconde école. Son parcours le conduit ainsi vers le dessin technique, et il travaille d'abord dans une firme spécialisée dans l'industrie dentaire, où il dessinera des mâchoires et des équipements, avant de devenir un dessinateur pour Boeing.


La tête déjà dans les étoiles, il va également concevoir, à cette époque, des posters et des animations pour la couverture médiatique de CBS, qui entend diffuser les premiers pas de l'homme sur la Lune. C'est alors qu'il fait la connaissance de Matthew Robins, un scénariste, producteur et réalisateur qui travaillera avec George Lucas, Steven Spielberg ou encore Guillermo Del Toro lors de sa longue carrière, et qui lui parle d'un projet trottant dans sa tête. 

Mais c'est définitivement George Lucas qui va le faire sortir de l'ombre, en lui présentant, dans un premier temps, un film qui deviendra Star Wars, avant de lui commander des illustrations de scènes clés du premier métrage de la saga, en 1975. L'entente entre les deux hommes devient rapidement totale, et McQuarrie s'attaque ainsi aux designs de personnages comme Dark Vador, Chewbacca, R2-D2 ou encore C-3PO. Pour la petite anecdote d'ailleurs, Anthony Daniels, l'interprète du droïde doré, avait refusé le rôle du personnage avant d'être convaincu par les illustrations de McQuarrie, ce qui en dit long sur la puissance de son art.

Au-delà de son apport visuel à la saga, McQuarrie se montre d'ailleurs inspiré dans ces remarques à George Lucas puisque c'est par exemple lui qui imagine l'idée d'un respirateur pour Dark Vador en partant de l'une de ses illustrations pour le film. Des fulgurances du genre qui permettent à Lucas de mettre sur pied son projet, qui arrive enfin à séduire la 20th Century Fox lorsque le studio pose ses yeux sur les illustrations de McQuarrie.


La suite, vous la connaissez, son travail devient une ressource indispensable à la trilogie originale, sur laquelle il continuera de travailler, tout en étant recruté sur des projets parfois "concurrents" comme la série Battlestar Galactica ou encore Star Trek IV. Et on le retrouvera bien sûr aussi dans bien des projets de l'écurie "Lucas-Spielberg" comme Les Aventuriers de l'Arche Perdue, E.T ou encore Rencontre du Troisième Type, qui l'aideront à définitivement forger sa légende.

Des années de travail qui finissent par définir toute la profession de concept-artist et créent de véritables vocations chez les passionnés au joli coup de crayon, qui feront tout pour travailler à Hollywood. Mais plus de vingt ans après le premier Star Wars, McQuarrie était encore le maître et c'est à lui que s'adresse Rick McCallum, producteur de la prélogie, lors de sa phase de post-production. Désireux de prendre sa retraite, McQuarrie refusera, laissant ainsi à Doug Chiang, animateur chez Industrial Light & Magic, le soin d'imaginer les trois prochains films Star Wars.

Emporté par des complications de la maladie de Parkinson en mars 2012, McQuarrie continuait de recevoir bien des lettres de la part des fans de Star Wars, qui se jettent encore aujourd'hui et dès qu'ils le peuvent sur les toys alternatifs adaptant les travaux préparatoires de l'artiste, qui furent les premiers jouets de la saga à sortir du cadre des films. Il laissait derrière lui sa femme Joan et plusieurs générations de cinéphiles marqués par son art, qui continue de vibrer dans le cœur des concept artists du monde entier, et qu'on retrouvait encore directement à l'écran mercredi dernier.

2. | Un style unique

Chapitre II | Un style unique

De toute évidence trop influent pour disparaître en même tant que son auteur, l'art de Ralph McQuarrie perdure aujourd'hui, et pas uniquement du côté de la saga Star Wars, puisque nombre de professionnels de l'industrie cinématographique et bien des illustrateurs le citent comme une référence majeure. 

Reste à savoir comment les travaux préliminaires du bonhomme sont arrivés à se hisser à ce niveau de culte : est-ce simplement grâce à la notoriété énorme de la saga à laquelle ils ont donné vie ? Ou ont-ils réellement créé un genre à part entière ? Les deux hypothèses se défendent, et on va tenter de vous expliquer pourquoi.

Effectivement, avec ses illustrations et autres peintures, Ralph McQuarrie a su trouver une identité non seulement à Star Wars, mais aussi à un courant bien précis de la science-fiction, qu'on appelle le "futur usé" ou "used future" dans la langue de Shakespeare. Ce concept désigne une S-F plus crasseuse qu'on avait l'habitude de la voir à l'époque, dans laquelle on retrouve des vaisseaux sales et gris, des personnages hérités du Western (comme le fermier, Luke, le convoyeur, Han Solo ou encore le chasseur de primes, Boba Fett) et des éléments esthétiques typiquement rétro. 

Et si beaucoup de spécialistes de la science-fiction estiment que le concept est à attribuer au non moins génial Douglas Trumbull, spécialiste des effets spéciaux pour son film Silent Running, de nombreux fans voient McQuarrie comme un pionnier du courant. Il faut dire que ces illustrations pour le premier Star Wars sont en tous points conforment avec l'idée qu'on peut se faire de ce "futur usé" : pour imaginer les vaisseaux de la saga, McQuarrie s'inspirait par exemple des cockpits des appareils de la seconde guerre mondiale, déjà largement obsolètes à l'époque où Lucas imaginait sa guerre des étoiles.

Si les travaux de McQuarrie restent d'actualité encore aujourd'hui, c'est donc parce qu'ils ont créé ou du moins participé à la création d'un courant esthétique bien précis de la science-fiction, qui continue d'inspirer les artistes, même si le "futur usé" n'est rarement aussi bien saisi que par les œuvres de la saga Star Wars. Mais il faut ajouter à cet apport considérable un sens visuel indéniable. Pour ses compères concept artistes, comme le showrunner de Star Wars Clone Wars et Rebels, Dave Filoni ou encore George Lucas lui-même, McQuarrie n'est pas qu'un simple dessinateur conceptuel : ces tableaux et ces illustrations racontent une histoire.

Et on ne saurait aller à l'encontre de leur avis, puisqu'il suffit de comparer les travaux de McQuarrie à ceux de n'importe quel artbook d'une autre grosse production hollywoodienne pour le comprendre : si les travaux de l'artiste sont encore bien vivaces de nos jours, c'est parce qu'ils n'ont jamais manqué de vie. Loin de s’apparenter à des sketches alignés les uns derrière les autres ou à des plans incomplets, les illustrations de Ralph McQuarrie fourmillent de détails, qui nous rappellent tous qu'en dehors du cadre, il y a une histoire à raconter.

On pense notamment à cette illustration d'un jeune Luke devant son speeder, scrutant le désert de Tatooine à la recherche de R2, qu raconte bien plus de choses qu'elle n'en montre. Elle ne qualifie pas le désert, elle ne dessine pas le speeder, elle capture un moment et fait office de scène à part entière : il n'est donc pas étonnant d'apprendre que de pareilles illustrations aient aidé George Lucas à séduire la 20th Century Fox à l'époque !

Outre la notoriété de Star Wars, c'est donc leur participation à un courant bien spécifique de la science-fiction et une approche assez unique de l'image qui ont aidé les travaux de McQuarrie à rester dans la mémoire de tous. Les spécialistes de l'industrie en prennent de la graine et les fans de Star Wars comme les cinéphiles sont fascinés par ces illustrations qui avant d'être des concepts, sont surtout de belles images, et pour certains, des œuvres d'art. D'où leur capacité à résister à l'usure du temps là où les concept-arts de productions hollywoodiennes actuelles, et même chez Lucasfilm, ont tendance à s'inscrire dans une tendance particulière avant de devenir caduques quelques années plus tard, la faute à des rythmes toujours plus tarés.

3. | Un héritage qui perdure

Chapitre III | Un héritage qui perdure

Et si l'influence de Ralph McQuarrie est perceptible dans les couloirs de tous les studios désireux de mettre en place de grosses productions hollywoodiennes, elle l'est évidemment encore plus dans les locaux de Lucasfilm et les studios de Pinewood, où l'on conçoit les prochaines œuvres de saga. Et si nombre d'entre-vous ont remarqué quelques hommages de l'entreprise à l'artiste depuis la sortie de The Force Awakens, il nous semblait bon de rappeler que le procédé ne date pas d'hier avant de lister un maximum de références connues, que vous retrouverez en mots ci-dessous, et dans quelques images dans la galerie en pied d'article.

La question de la Prélogie

Comme nous le disions précédemment, Ralph McQuarrie aurait pu sortir de sa retraite pour imaginer l'apparence de la prélogie, offre qu'il avait certes refusée, tout en livrant tout de même quelques sketches, et en laissant à ses successeurs l'opportunité de piocher dans des concepts inutilisés. Doug Chiang raconte ainsi qu'il était très pressé d'utiliser les "baleines volantes" imaginées par McQuarrie pour l'Empire Contre-Attaque. Ces bestioles devaient d'abord remplir les cieux de Bespin, mais se retrouvèrent finalement sur les eaux de Kamino. Et pour creuser l'anecdote, elles auraient même pu se retrouver dans une scène de La Menace Fantôme finalement coupée au montage.


Et quand Chiang et ses équipes ne reprennent pas directement les concepts de McQuarrie, ils s'inspiraient évidemment directement de son style, des courbes de ses engins et de l'atmosphère de ses décors, rendant l'artiste tout à fait indissociable de la saga malgré son absence. D'ailleurs, si on voulait un peu forcer le trait, on pourrait dire que la saga reprenait des concepts inutilisés de McQuarrie quand il était encore maître à bord. On se souvient par exemple que l'un des premiers designs du Faucon Millenium avaient été scindés en deux : le corps devenant le fameux Tantive IV, quand la tête, ou plutôt le cockpit, est devenue la nacelle de pilotage du Faucon. A croire que les concepts de McQuarrie sont trop précieux pour ne jamais être recyclés.

The Force Awakens

Mais bien évidemment, c'est avec The Force Awakens que Lucasfilm a passé un cap. D'une part parce qu'il s'agit du premier film Star Wars mis en production après la mort de Ralph McQuarrie, et de l'autre parce qu'il lui rend hommage dans des dizaines de plans. On peut d'ailleurs imaginer que ces références étaient l'une des applications concrètes de la vision de Kathleen Kennedy, J.J.Abrams et Lawrence Kasdan pour leur film, qui devait se comporter en miroir du premier opus, lui qui on le rappelle, doit une grande partie de son génie à McQuarrie. Pas étonnant, donc, de retrouver dans ce septième opus de très nombreux concepts reprenant directement ou indirectement les travaux de Ralph Mcquarrie.


Certains sont des hommages purs, comme la présence d'aliens basés sur les designs préliminaires de Chewbacca dans le château de Maz Kanata ou des marquages sur les armures des Snowtroopers, quand d'autres reprennent directement des créations déjà aperçues dans les travaux de McQuarrie. On peut par exemple citer les Stormtroopers aux boucliers (les premiers designs de McQuarrie les voyaient équipés de sabre-laser et de boucliers), les arches de l'avant poste de Jakku, les ailes "en ciseaux" du modèle T-70 des X-Wing ou encore le Starkiller, dont les couleurs bleutées rappellent les premiers dessins de l'artistes pour l'Étoile Noire
 

Ajoutez à cela une héroïne qui a l'apparence imaginée par Ralph McQuarrie quand George Lucas envisageait de faire du personnage de Luke une femme, et vous obtenez un The Force Awakens qui transpire l'hommage et la réinterprétation des concepts de l'artiste. Et si certains verrons dans cette approche un fainéant recyclage, on doit avouer que la technique nous a bluffé par son efficacité : pouvait-on imaginer meilleur moyen de toucher le cœur des fans et de prolonger une esthétique sans heurts que d'aller piocher dans des concepts du maître ? A mon sens, Ralph McQuarrie a forgé, avec ces concepts, un véritable vocabulaire visuel pour la saga, et il est normal que les concept artists et les metteurs en scène des nouveaux films Star Wars s'en servent pour poursuivre la franchise dans le respect et la cohérence : ces concepts inutilisés sont des mots avec lesquels ils peuvent composer de nouvelles phrases. Et au passage, les fans les plus acharnés que nous sommes en profitent pour impressionner leurs voisins en pointant du doigt les plus belles références à l'un de leurs artistes préférés.

De Clone Wars à Rebels

Avant The Force Awakens, les deux séries animées Dave Filoni rendaient elles aussi hommage au style de Ralph McQuarrie, peut-être encore plus précieux pour les deux shows que pour les nouveaux films de la saga, puisque chaque épisode de 20 minutes convoque une galerie de nouveaux personnages, vaisseaux et environnements. L'avantage, dans le cas de Clone Wars et Rebels, est que le trait de McQuarrie se marie très bien non seulement à l'animation, mais aussi à la direction artistique des deux séries.


La réutilisation des concepts de McQuarrie se veut donc souvent plus directe, dans le cas de Rebels et Clone Wars, que dans celui des nouvelles productions de Lucasfilm. Parce que Filoni le peut, lui qui est un fan absolu de l'artiste, mais aussi parce ses deux shows ont la capacité de rendre les dessins de McQuarrie crédibles sans modifier leur apparence. Clone Wars réutilisait ainsi de nombreux décors issus des travaux préparatoires des planètes Hoth et Tatooine pour ses mondes enneigés ou désertiques. La série adaptait également directement la peinture de McQuarrie mettant en scène les "centre commerciaux" de Coruscant, jamais utilisée dans la saga.


Du côté de Rebels, étant donné la proximité du show avec la trilogie originale, les références sont plus nombreuses encore. Et deux des personnages du groupe sont d'ailleurs basés sur les travaux préliminaires de McQuarrie : Zeb, inspiré par l'un des prototypes de Chewbacca, et Chopper, dont les bras articulés et l'aspect détraqué rappellent certains concepts de R2-D2. Mais ce n'est pas tout puisque la planète Lothal est basée sur les peintures d'Alderaan de McQuarrie, que le design des casques des cadets impériaux est celui d'un prototype de Stormtroopers, que les Mandaloriens fidèles à l'Empire reprennent la première apparence de Boba Fett ou encore que les drôles d'araignées envahissant la base de nos rebelles sont basées sur des peintures illustrant Dagobah. Vous l'aurez compris, la liste est encore plus longue que dans le cas de The Force Awakens et on pourrait relever d'autres micro-détails comme des designs de droïdes basés sur les premières illustrations de C3PO (elles-mêmes basées sur le Metropolis de Fritz Lang) ou encore la "texture" des sabre-lasers de la série, très particulière, et visiblement inspirée des peintures de Mcquarrie.

Rogue One : A Star Wars Story

Comme The Force Awakens et Rebels avant lui, Rogue One a emprunté un certain nombre de concepts inutilisés de Ralph McQuarrie, et nous a également offert de nouvelles itérations de designs bien connus. On peut d'ailleurs relever quelques exemples, sans vous spoiler le film de Gareth Edwards, le plus fameux étant celui des Deathtroopers, qui sont une multi-référence à McQuarrie, puisqu'ils sont basés sur les premières illustrations de l'artistes pour les Stormtroopers originaux (qui étaient alors plus grands et filiformes) et que leur casque, plus spécifiquement, évoque non seulement des recherches pour les troopers mais aussi des dessins de McQuarrie pour Battlestar Galactica et ses Cylons (voir ci-dessous).


Autre exemple, peut-être moins couvert médiatiquement, le fait que l'Étoile Noire soit présentée "à l'envers" dans plusieurs scènes du film : une référence à McQuarrie, puisque le bonhomme avait souvent imaginé l'engin de mort avec une coupelle dans la partie inférieure de la sphère. Une image qui renaît de ses cendres dans le métrage d'Edwards, qui s'est amusé à mettre l'Étoile Noire la tête à l'envers, et même à faire renaître un concept de lieu bien connu des fans de la saga, qui traîne depuis l'Empire Contre-Attaque, qu'on ne vous révélera pas ici, mais qui a maintes fois été travaillé par le génial artiste.

Une technique qui s'étend

Mais au-delà des détails qui ne trompent pas, on peut également évoquer le fait que cette technique de réinterprétation des concepts s'est étendue à toute la saga, et même en dehors des concepts de Ralph McQuarrie. Le sublime design de K-2SO, par exemple, semble reprendre des esquisses préliminaires de Doug Chiang sur les Droïdes de Combat de La Menace Fantôme, en même temps qu'il convoque des détails typiquement Stormtrooperiens, comme le petit cercle inscrit dans le dos du robot. Dans le même ordre d'idée, le U-Wing, sorte d'hélicoptère inventé pour le film, réutilise à merveille des éléments distinctifs du X-Wing, du Y-Wing, du Snowspeeder et de tous les concept-arts qui les ont précédé. En 2016, Ralph Mcquarrie est donc un nom, un style, mais aussi une technique à part entière, qui rayonne bien au-delà de l'ampleur déjà très large de la saga, nous prouvant une bonne fois pour toutes que nous avons perdu un sacré génie il y a quatre ans de cela.

Bonus-track : un joli reportage-hommage à Mcquarrie, réalisé il y a deux ans, qui référence de nombreuses utilisations et réutilisations de ses concepts les plus fameux !

Que la Force soit avec vous à jamais, monsieur McQuarrie !

Chapitre I | Du soldat à l'artiste

Mais avant toute chose, une brève biographie s'imposait, pour celles et ceux qui n'ont pas encore la chance de connaître l'étonnant parcours de l'artiste, ou qui aimeraient réviser avant de replonger dans son œuvre si singulière.

Né en 1929 dans l'Indiana, Ralph McQuarrie ne s'est pas tout de suite intéressé à l'art et au dessin. A peine âgé d'une vingtaine d’années, le voilà enrôlé dans l'armée américaine, qui l'envoie sur le front en pleine Guerre de Corée. Une expérience qui influencera assurément le style et la philosophie du bonhomme qui sur place, aurait survécu à un tir à la tête, arrêté de justesse par son caque.

De retour aux Etats-Unis à l'aube des années 1960, il choisit d'étudier l'art en Californie, et plus précisément dans un établissement nommé l'Art Center College of Design, situé à Pasadena. Orientation qu'il poursuivra ensuite dans le centre-ville de Los Angeles, dans une seconde école. Son parcours le conduit ainsi vers le dessin technique, et il travaille d'abord dans une firme spécialisée dans l'industrie dentaire, où il dessinera des mâchoires et des équipements, avant de devenir un dessinateur pour Boeing.


La tête déjà dans les étoiles, il va également concevoir, à cette époque, des posters et des animations pour la couverture médiatique de CBS, qui entend diffuser les premiers pas de l'homme sur la Lune. C'est alors qu'il fait la connaissance de Matthew Robins, un scénariste, producteur et réalisateur qui travaillera avec George Lucas, Steven Spielberg ou encore Guillermo Del Toro lors de sa longue carrière, et qui lui parle d'un projet trottant dans sa tête. 

Mais c'est définitivement George Lucas qui va le faire sortir de l'ombre, en lui présentant, dans un premier temps, un film qui deviendra Star Wars, avant de lui commander des illustrations de scènes clés du premier métrage de la saga, en 1975. L'entente entre les deux hommes devient rapidement totale, et McQuarrie s'attaque ainsi aux designs de personnages comme Dark Vador, Chewbacca, R2-D2 ou encore C-3PO. Pour la petite anecdote d'ailleurs, Anthony Daniels, l'interprète du droïde doré, avait refusé le rôle du personnage avant d'être convaincu par les illustrations de McQuarrie, ce qui en dit long sur la puissance de son art.

Au-delà de son apport visuel à la saga, McQuarrie se montre d'ailleurs inspiré dans ces remarques à George Lucas puisque c'est par exemple lui qui imagine l'idée d'un respirateur pour Dark Vador en partant de l'une de ses illustrations pour le film. Des fulgurances du genre qui permettent à Lucas de mettre sur pied son projet, qui arrive enfin à séduire la 20th Century Fox lorsque le studio pose ses yeux sur les illustrations de McQuarrie.


La suite, vous la connaissez, son travail devient une ressource indispensable à la trilogie originale, sur laquelle il continuera de travailler, tout en étant recruté sur des projets parfois "concurrents" comme la série Battlestar Galactica ou encore Star Trek IV. Et on le retrouvera bien sûr aussi dans bien des projets de l'écurie "Lucas-Spielberg" comme Les Aventuriers de l'Arche Perdue, E.T ou encore Rencontre du Troisième Type, qui l'aideront à définitivement forger sa légende.

Des années de travail qui finissent par définir toute la profession de concept-artist et créent de véritables vocations chez les passionnés au joli coup de crayon, qui feront tout pour travailler à Hollywood. Mais plus de vingt ans après le premier Star Wars, McQuarrie était encore le maître et c'est à lui que s'adresse Rick McCallum, producteur de la prélogie, lors de sa phase de post-production. Désireux de prendre sa retraite, McQuarrie refusera, laissant ainsi à Doug Chiang, animateur chez Industrial Light & Magic, le soin d'imaginer les trois prochains films Star Wars.

Emporté par des complications de la maladie de Parkinson en mars 2012, McQuarrie continuait de recevoir bien des lettres de la part des fans de Star Wars, qui se jettent encore aujourd'hui et dès qu'ils le peuvent sur les toys alternatifs adaptant les travaux préparatoires de l'artiste, qui furent les premiers jouets de la saga à sortir du cadre des films. Il laissait derrière lui sa femme Joan et plusieurs générations de cinéphiles marqués par son art, qui continue de vibrer dans le cœur des concept artists du monde entier, et qu'on retrouvait encore directement à l'écran mercredi dernier.


Galerie Photo Ralph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star WarsRalph McQuarrie, toujours au service de Star Wars

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