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Rogue One : A Star Wars Story, la critique

30
ReviewLe 13 Dec
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7 /10
On a aimé
• Un exercice de style réussi
• Des personnages attachants
• Un très bon casting
• Un réalisation impeccable
• Le 3eme acte, dantesque
• Un film très politique
On a moins aimé
• Un fan-service intensif
• La musique de Giacchino
• Une originalité sous-utilisée
• Un récit et des héros qui manquent de chaleur

Pour son troisième long-métrage et son deuxième blockbuster, une pression énorme reposait sur les épaules du réalisateur Gareth Edwards, propulsé du film indépendant Monsters à la galaxie des super-productions Star Wars par un certain roi des monstres, j'ai nommé Godzilla. Du haut de ses 41 ans, le britannique, qui se serait lancé dans la grande aventure de la réalisation grâce au film culte de George Lucas, nous offre cette semaine Rogue One, le premier spin-off de la saga Star Wars, qui nous raconte comment un audacieux groupe de rebelles a mis la main sur les plans de l'Étoile Noire pour que d'autres puissent en exploiter les failles.

 
• Voir aussi : Semaine Spéciale Rogue One - le programme complet 

- Critique garantie sans spoilers ! -

Brisons le suspense tout de suite : en offrant à Gareth Edwards le premier et sans doute le plus complexe des spin-offs prévus pour la franchise, Lucasfilm a pris de jolis risques, qui au sein de Rogue One, mais même au-delà du générique final, finissent par payer. En effet, le métrage a pour lui une formule étrangement familière mais tout à fait différente du The Force Awakens de J.J.Abrams, ce qui conduit d'ailleurs nombre de mes confrères à comparer les deux films. Un exercice périlleux s'il en est, puisque cela revient à discuter d'un métrage qui épouse totalement la narration et l'imagerie Star Wars comme d'un autre qui au contraire, a décidé de s'en extraire. On le comprend d'ailleurs dès l'ouverture, qui diffère de ce que nous avons l'habitude de voir en nous rendant dans les salles pour un nouveau chapitre de la saga.

 

Et pour cause, ce n'est pas une nouvelle étape de la destinée des Skywalker qui nous est présentée, mais bien un aparté guerrier entre les épisodes III et IV de la saga. Ici, point n'est question de Jedi, de la famille Skywalker ou de Sith, on parle plus volontiers de l'Alliance Rebelle, et on en parle bien. En 2016, les scénaristes Chris Weitz et Tony Gilroy (qui reçoivent le crédit du script de Rogue One) nous invitent en effet à une table (celle de la salle de briefing de Yavin 4, reproduite à l'identique) pour parler de religion, d'intégration, de liberté ou encore de sécuritarisme, qui sont autant de sujets que vous croisez tous les jours dans les médias et qui sont ici distillés dans une intrigue qui prend rapidement la forme d'un film de commando, les « jouets » offerts par l'univers de Lucas en plus.

Les amateurs de films de guerre seront donc en terrain connu, et les fans de la saga Star Wars, en terrain conquis. A noter d'ailleurs, si The Force Awakenssemblait retenir la nouveauté pour mieux faire vibrer la nostalgie,Rogue One prendrait presque le chemin inverse en nous proposant des dizaines de personnages secondaires, d'environnements et de concepts diablement attachants, qu'on évitera de vous révéler à quelques heures seulement de la sortie du film dans les salles obscures. Sachez simplement que si vous achetez un ticket pour Rogue One dans l'espoir - le mot est ici très important - de découvrir de nouveaux engins, de belles planètes et des seconds couteaux instantanément cultes, vous allez être servis, le film d'Edwards étant particulièrement fourni en contenus inédits.

 

Mieux, comme nous le disions, le film s'extrait de la narration classique des films Star Wars, ce qui lui offre une marge de manœuvre assez importante, mais qui n'est hélas pas toujours bien utilisée. En effet, on ne peut s'empêcher de remarquer que l'originalité que Rogue One gagne en ne s'intéressant pas aux Skywalker, il finit par la perdre dans une structure un peu trop typique du film de guerre. L'exercice de style est donc parfaitement réussi, mais il laissera sans doute un vide dans le cœur des spectateurs, partagés entre l'excitation de la nouveauté et l'absence de certains éléments clés de la saga. Pour comprendre cette réaction un poil frustrante, on peut prendre l'exemple des références : plus nombreuses et plus jouissives que dans The Force Awakens, elles peuvent parfois donner l'impression d'être totalement superficielles. Et si certains évoqueront une certaine ressemblance avec Marvel Studios sur ce point précis, je tenais à rappeler que les films consacrés à nos super-héros favoris contiennent des clins d'œils souvent destinés à un public très éduqué (aux comics), là où tout le monde est capable de comprendre un easter-egg à la trilogie originale. Une différence majeure qui a tendance à rendre l'exercice du clin d'œil un peu plus vain dans le cadre de Rogue One.

Le métrage peut donc s'avérer frustrant, par moments, puisqu'il se sert souvent de son originalité pour mieux servir une construction narrative très classique, qui évoque directement des films comme les Sept Samouraïs (on rappelle que le cinéma de Kurosawa a grandement influencéGeorge Lucas), ou Quand les Aigles Attaquent. Et en ce sens, Rogue One est un film typique de Gareth Edwards : lui qui aime décrire la structure de Godzilla comme des « préliminaires cinématographiques » renoue une nouvelle fois avec cette approche dans un build-up assez convenu, qui permet de mieux faire exploser un troisième acte démentiel, dans lequel Edwards convoque toute sa science de l'échelle et le savoir-faire de ses collaborateurs (impliqués sur Black Hawk Down ou la série Band of Brothers) dans la mise en scène de l'action. Pour faire simple : la démesure de ce final, véritable déluge d'action, de références et de prouesses techniques justifie à elle seule l'achat du ticket. Et si on tenait à comparer le film avec The Force Awakens une dernière fois, Rogue One est donc à l'opposée du film d'Abrams. Là où le patron de Bad Robot justifiait un troisième acte réchauffé par deux autres presque uniquement centrés sur une nouvelle génération de héros, Gareth Edwards s'attarde à peine sur son commando, tant il est pressé de le mettre en scène dans un final qui, j'insiste, atteint un niveau de folie visuelle encore inédit pour la saga.

 

Ce qui nous mène tout droit vers les personnages en question, d'ailleurs. Et là aussi, le résultat final est frustrant. En effet, les protagonistes de cette Star Wars Story ont la chance d'être plus nuancés qu'à l'accoutumée : délaissant les héros et les vilains, Edwards se concentre sur une troupe piégée par des événements et une guerre qui les dépassent. Des personnages gris, en somme, terriblement attachants, et beaucoup plus nuancés qu'on pourrait le croire, en témoigne les parcours d'un Cassian Andor (Diego Luna) ou d'un Saw Gerrera (Forest Whitaker), par exemple. Sur le papier, Rogue One propose donc de tout nouveaux archétypes à la saga Star Wars, et je ne serai pas étonné de voir K-2SO (Alan Tudyk) ou Chirrut Îmwe (Donnie Yen) devenir des fan-favorites absolus dans les jours à venir. Seulement, on remarque très vite que nous passons trop de peu de temps avec eux, et que les interactions entre les membres du commando sont limitées.

Un constat qui pourrait bien nous confirmer que les reshoots concernaient effectivement, comme l'avait expliqué Lucasfilm l'été dernier, des « discussions de cockpit » qui permettent à Edwards d'établir un peu plus d'alchimie entre ses personnages, qui au regard de leur potentiel, auraient parfois mérité de meilleurs dialogues ou plus de temps à l'écran. En revanche, du point de vue de l'interprétation, le film reste très convaincant. Felicity Jones, qui incarne le personnage principal, Jyn Erso, s'avère aussi touchante que dans Theory of Everything et joue assez bien son rôle d'héroïne malgré elle. A ses côtés, on découvre un Diego Luna lui aussi plein de justesse, un Alan Tudyk très à l'aise dans sa tenue de mo-cap, un Riz Ahmed toujours impeccable et un duo asiatique des plus réjouissants, composé d'un Donnie Yen très en forme et d'un Jiang Wen très attachant. D'autres gros noms viennent compléter l'affiche, dont un Forest Whitaker plus original que prévu, et un Mads Mikkelsen captivant malgré la difficulté de ses scènes et l'écriture de son personnage, un Oppenheimer-like très archétypal.

 

Hélas, du côté des vilains, on pêche peut-être par excès de confiance et malgré un costume marquant, Orson Krennic, incarné par Ben Mendelsohn, semble avoir du mal à s'insérer dans le métrage, tout en livrant une performance convaincante, mais qui ne lui permettra pas de faire de l'ombre à unTarkin ou un Thrawn dans le cœur des fans de Star Wars, et encore moins dans un film où l'on retrouve Dark Vador. Il faut dire que l'antagoniste à la cape blanche apparaît souvent au moment où la narration de Weitz et Gilroy, appuyée par la mise en scène d'Edwards, fonctionne le moins. On note en effet quelques passages un peu plus flottants et une choralité parfois mal gérée, typique desspace-opera modernes, comme l'avaient montré un certain Guardians of the Galaxy, les films Star Trek d'Abrams ou la série Game of Thrones, pour sortir du cadre de la S-F.

Et puisqu'on parle de la concurrence, il est temps d'évoquer la musique de Michael Giacchino, qui a remplacé le frenchie Alexandre Desplat avec quatre semaines seulement pour enregistrer ses compositions. Or, malgré son talent et son expérience sur Star Trek,Giacchino ne pouvait guère faire mieux et Rogue One sera, à l'exception d'un ou deux thèmes forts, d'avantage bercé par le son des blasters que par la musique. Un choix qui quelque part, finit par renforcer l'exercice de style « film de guerre dans l'univers Star Wars » tant le sound design semble soigné dans les scènes de batailles, nombreuses et d'ailleurs habillement filmées par un directeur de la photographie qu'on attendait au tournant, Greg Fraser (Zero Dark Thirty), qui ne déçoit jamais en livrant de très beaux plans et de sublimes cadrages, du début à la fin du métrage.

 

Un an après un septième Star Wars qui malgré son succès économique, n'en finit pas de diviser, beaucoup voient en Rogue One un « anti The Force Awakens ». Une phrase choc qui vendra assurément du papier et du clic mais qui ne rend pas forcément honneur à tout le travail derrière les films d'Abrams ou Edwards. Sauf qu'elle n'est pas tout à fait fausse non plus, puisque Rogue One est beaucoup plus tourné vers l'expérimentation, les concepts et l'action que vers les personnages, là où The Force Awakens s'appuyait justement sur le familier, le commun, pour gagner un temps précieux avec de nouveaux héros. Seulement, le premier spin-off de la saga a parfois du mal à transcender son alléchant exercice de style (un film de guerre dans l'univers de Star Wars) ce qui le conduit à paraître froid. A ce titre, les fameux reshoots dont toute la presse spécialisée parle depuis maintenant six mois ont peut-être bien sauvé le film d'Edwards du pire, puisqu'on devine par moments l'ajout de certaines scènes ramenant un peu d'alchimie à un ensemble certes très cohérent mais qui ne fait pas toujours un usage décisif des écarts qu'il prend avec les règles presque sacrées de la narration à la Star Wars.

Ces défauts ont toutefois le mérite de prouver que Lucasfilm est capable, d'un an à l'autre, de proposer des métrages très différents. A ce titre, soyez rassurés, Rogue One est une proposition entière, un film de guerre poignant porté par un sens du spectacle assez dingue et renforcé par une nuée de références et de jeux avec la saga des Skywalker, qui nous prouvent une fois pour toutes que le studio et Gareth Edwards nous ont offert en 2016 un film qui est au total service de l'imaginaire Star Wars, tout en restant aussi politique qu'Un Nouvel Espoir ou La Revanche des Sith avaient pu l'être en leur temps. Une réussite discrète, mais sincère.


Galerie Photo Rogue One : A Star Wars Story, la critique

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