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Kong : Skull Island, la critique

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ReviewLe 09 Mar
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6 /10
On a aimé
• La réalisation, dingue
• La photo, dingue aussi
• Hommage total au Pulp
• L'aventure avec un grand A
• Le casting très attachant
On a moins aimé
• Des dialogues affreux
• Une musique oubliable
• Un scénario trop léger

Presque trois ans après la sortie de Godizlla dans les salles, Legendary Pictures et Warner Bros remettent le couvert avec au menu, un autre monstre géant : King Kong, qui dans ce Skull Island signé Jordan Vogt-Roberts (The Kings of Summer), est plus imposant que jamais. Il faut dire que le réalisateur, le studio, le casting et les équipes créatives dépêchées sur ce projet qui a plusieurs fois changé de cap (on parlait d'abord des années 1920, par exemple) ont visiblement pris leur pied et nous offrent un métrage ainsi bourré de défauts, mais trop jouissif et spectaculaire pour être manqué. 

Ces derniers temps, nombreux sont les blockbusters qui ont subi les conséquences d'un développement limité et/ou d'une production chaotique. De Suicide Squad à Rogue One, les exemples sont très variés et nous prouvent que tous les studios et tous les réalisateurs ne sont pas capables d'accuser les coups d'une réécriture, d'un tournage additionnel (ou reshoots dans la langue de Shakespeare) ou de conflits d'intérêts entre le créatif et l'exécutif. A ce titre, on pouvait craindre le pire pour Kong : Skull Island, un projet de longue haleine pour Legendary et son ancien propriétaire Thomas Tull, l'homme qui avait envie d'envahir des salles avec des Kaijus et à qui on doit l'arrivée du prodige Gareth Edwards sur Godzilla. Quatre scénaristes sont ainsi crédités sur ce nouveau métrage : John Gatins pour l'histoire globale, et Dan Gilroy (Nightcrawler), Max Borenstein (Godzillapuis Derek Connoly (Jurassic World et bientôt Star Wars IX), qui ont tous touché au scénario de ce nouveau King Kong, sachant qu'en signant pour le diriger, le réalisateur Jordan Vogt-Roberts a déplacé le film en pleine guerre du Vietnam, transformant ainsi tout le contexte de cette super-production. 
 
 
Et si tout le monde ne s'intéresse pas à la genèse ou aux problèmes des films hollywoodiens, il me semblait essentiel de rappeler tout cela avant de commencer, d'une part parce que le public est toujours plus éduqué en la matière, et de l'autre parce que ce développement explique nombre des défauts de ce Kong : Skull Island. Débutons donc avec ce qui ne fonctionne pas, à savoir le scénario. Beaucoup trop léger, il est typique des films à la Zack Snyder, qui s'articulent toujours autour de moments, notions très bien expliquée par NerdWriter dans l'une de ses vidéos. Il s'agit en gros de construire un film à l'aide de plusieurs scènes spectaculaires servant de pivots à l'intrigue, qui en dehors de ces séquences pour le moins impressionnantes, peine à raconter quoi que ce soit. Et Kong : Skull Island est en tous points conforme à cette approche, qui consiste à camoufler un manque de contenu narratif par une overdose de contenu visuel.
 
Heureusement, pour équilibrer la balance, Jordan Vogt-Roberts a eu la bonne idée de proposer un high concept (mot savant utilisé pour décrire un pitch accrocheur) terriblement efficace : la rencontre entre un film de guerre américain un film de monstre japonais. Et il se trouve que le mélange fonctionne. Pas aussi bien qu'on l'aurait pensé, j'y reviendrai, mais il fait le boulot. Ce Kong : Skull Island prend ainsi des allures d'Apocalypse Now ou de Platoon tout en vous présentant un maximum de bestioles à l'apparence japonisante et qui évoquent parfois les films de Miyazaki, pour vous donner une idée des références du métrage. Et qu'il filme un univers (la guerre à l'américaine) ou l'autre (le monstre à la japonaise), Jordan Vogt-Roberts fait preuve d'un même talent, pour le coup monstrueux, lui qui se montre très inventif dans sa mise en scène parfaitement accompagnée par Larry Fong, l'excellent directeur de la photographie d'habitude attaché à Zack Snyder - tiens donc.
 
 
La réalisation est ainsi d'une richesse assez incroyable, tout au long du film d'ailleurs. Jamais épuisé, Jordan Vogt-Roberts propose en effet des dizaines et des dizaines de plans immédiatement iconiques, dopés à un imaginaire qui rappelle les couvertures des romans et comics les plus Pulp. Associée à la science de l'image de Larry Fong, l'approche du mouvement du réalisateur fait donc des merveilles, et nous offre par exemple des jeux d'échelles dignes du génial Pacific Rim de Guillermo Del Toro. Sans oublier un vrai travail sur la physique qui rend les monstres effectivement dantesques et les humains tout à fait insignifiants. Et si l'île au crâne est sinueuse, n'y allons donc pas par quatre chemins : l'exécution de ce nouveau King Kong est très réussie. 
 
Mais elle aurait pu l'être plus encore si Vogt-Roberts pouvait compter sur un scénario plus dense ou juste mieux construit. Si le Godzilla de Gareth Edwards ne brillait pas non plus par son écriture, il nous montrait en effet à quel point une scène pouvait être puissante si la tension était bien travaillée. Seul bémol, le film d'Edwards travaillait beaucoup trop la dite tension dans des "préliminaires cinématographiques" (j'emprunte l'expression au réalisateur) proprement interminables. Et en choisissant de faire tout l'inverse pour éviter les erreurs de son confrère, Jordan Vogt-Roberts tombe dans d'autres torts, presque aussi dommageables. Les fameux moments dont nous parlions tout à l'heure donnent ainsi l'impression de sortir de nulle part : aucune justification, aucun signe avant-coureur mais la simple envie de réveiller un spectateur qui commence à bailler, en gros. Résultat : les scènes sont certes spectaculaires et bien filmées, mais elles tiennent d'avantage du grand-huit, de l'attraction, du manège, que de l'expérience cinématographique. 
 

 
Or, avec à peine plus de soin du côté de l'écriture, ses séquences déjà réjouissantes seraient facilement devenues jouissives voire cultes, comme on le comprend dans la scène du "cimetière" (ci-dessus) qui joue avec plus d'éléments, dont une tension accrue et des vannes entre les différents personnages alors que le danger rôde. Sans aucun doute la meilleure scène du film, à mon sens, parce qu'on ressent enfin une alchimie entre la mise en scène, ses influences et les acteurs affrontant une créature pourtant entièrement numérique. Toutes les autres séquences peinent hélas à se hisser à ce niveau de cool, même si le film insiste très, mais alors très fort pour rendre ses personnages - monstres comme humains - attachants.
 
En effet, Kong : Skull Island a tendance à se cacher derrière des tropes et des archétypes qu'il ne comprend pas, ou plutôt, ne maîtrise pas pleinement. Comme on le disait plus haut, le film de guerre, les pulps les plus juteux et la culture du monstre à la japonaise sont brassés dans un joyeux mélange. Mais la recette, hyper-efficace dans les premières minutes voire les premières secondes du film, qui utilisent presque aussi bien les logo des maisons de production que Lego Batman, finit par être insipide, à la longue. Il faut dire que le réalisateur et ses scénaristes en font des tonnes : on cherche tantôt une camaraderie à la Top Gun, un humour noir à la Full Metal Jacket ou encore un cool à la Indiana Jones, mais les dialogues et le comportement des personnages ne sont au mieux qu'un pâle reflet de ces classiques. Un peu à la manière d'un Deadpool qui dénonce les habitudes des films de super-héros en tombant dans les mêmes travers, Kong : Skull Island utilise ainsi des dizaines de codes tirés du film de guerre ou du film d'aventure qui sonnent la plupart du temps faux. Pas assez incarnés, les dialogues en ressortent plutôt affreux et parfois totalement déconnectés du contexte, comme si Vogt-Roberts demandait à ses acteurs d'improviser d'après une réplique cool d'Aliens ou d'Il Faut Sauver le Soldat Ryan.
 

 
Et pourtant, quel casting mes aïeux ! Tom Hiddleston, Samuel L.Jackson , Brie Larson, John C.Reilly ou encore John Goodman, soit la crème de la crème pour un film de monstres qui leur en demande bien peu. Tous impeccables, esthétiquement parlant, les interprètes ne sont pas aidées par les backstories de leur personnages, expédiées dans une première partie lourde en exposition, et leurs dialogues. Et encore, tous n'ont pas la chance d'avoir un minimum de personnalité, en témoigne la pauvre Tian Jing, qui récupère un non-personnage, uniquement là pour séduire le marché chinois. Un sacré gâchis, dans lequel quelques têtes connues comme Shea Whigham (ci-dessus) ou C.Reilly parviennent heureusement à nous arracher un ou deux sourires. Le reste est bien trop fade pour être marquant, et on se demande sérieusement si le studio n'a pas interdit au réalisateur de jouer la carte du fun à fond. C'est pourtant ce que nous promettait l'ouverture du film et son approche totalement décomplexée, qu'on ne retrouve hélas pas dans la suite du métrage, ironiquement : quitte à jouer avec des caricatures, autant y aller à fond non ?
 
Dans le même ordre d'idée, la musique d'Henry Jackman, compositeur qui gravite autour du genre super-héroïque (X-Men First Class, Captain America et Kick-Ass sont trois de ses travaux) est bien timide, et aurait gagné à être plus épique, quitte à perde une certaine subtilité. On pense notamment au plan emblématique de la saga où Kong frappe sa poitrine, qui manque sacrément de punch une fois qu'on retire les tambours qui l'accompagnaient dans la bande-annonce de ce Skull Island. Le travail du compositeur se limite donc vraiment au minimum syndical, et les effets sonores - en tous cas dans la salle où j'ai pu voir le film - ne semblent pas rattraper son score des plus timides. 
 

Conclusion

Bourré de bonnes idées, de la réinterprétation du plan de l'Empire State Building aux mélanges des genres en passant par un contexte historique qui permet de tisser quelques métaphores intéressantes, Kong : Skull Island propose une expérience de visionnage très frustrante. Pour toutes les qualités susmentionnées, le film de Jordan Vogt-Roberts souffre d'un défaut de plus en plus commun chez les blockbusters : l'absence d'une écriture solide, sans même parler de scénario, qui peuvent se permettre d'être simples tout en restant diablement efficaces, comme l'a prouvé un certain Mad Max : Fury Road. Anti-Godzilla en puissance et en actes, ce nouveau King Kong se cache un peu trop derrière des références et des intentions créatives qu'il ne comprend ou n'assume pas pleinement, de peur de diviser le public ou de virer à la parodie, sans doute. On l'aurait préféré plus entier et plus incarné, mais à défaut, le film de Jordan Vogt-Roberts est fort d'une réalisation inventive et spectaculaire, un générateur à One Perfect Shot qui mérite à elle seule l'achat d'un ticket. Pensez d'ailleurs à rester jusqu'à la fin du générique, une belle surprise vous y attend !
 

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