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Aliens : le mythe du Space Marine

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ChroniquesLe 09 Mai
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L'espace est comme un océan. En partant de cet état de fait, les astronautes sont des marins et les flottes de vaisseaux une marine. Ajoutez un soupçon militaire à l'ensemble, et vous obtenez un archétype bien connu des fans de science-fiction : le "Space Marine". Une figure des plus reconnaissables, de nos jours, mais que le film Aliens de James Cameron a popularisé depuis sa sortie en 1986.

• Lire aussi : Alien, le programme de notre semaine spéciale

Mais revenons un peu en arrière. Si on pourrait croire que le terme "Space Marine" est assez récent, sa première apparition remonte à 1932 dans le Pulp Amazing Stories, le premier magazine entièrement dédié à la science-fiction. Bob Olsen y signait en effet une nouvelle intitulée Captain Brink of the Space Marines, qui obtiendra une suite quatre ans plus tard, The Space Marines and the Slavers.

Entre la sortie de ces deux nouvelles, c'est la série de romans du cycle du Fulgur, signé de la main d'E.E. Smith, l'un des premiers space-opéra, qui popularisera le terme, qui passera la vitesse suivante en 1959 à la sortie de Starship Troopers. Le roman de Robert A.Heinlein, depuis entouré d'une sulfureuse réputation, donnera en effet à l'archétype plusieurs de ses caractéristiques, dont l'emblématique "armure énergétique" et un arsenal aussi exotique que terrifiant.


Féru de science-fiction, James Cameron s'inspire évidemment de toutes ces œuvres lorsqu'il rejoint David Galer au scénario d'un film qu'on appelle alors Alien II. Il cite même explicitement Startship Troopers comme l'une des influences majeures du métrage lors du développement de cette suite, puis dans ses dialogues et via ses engins. En effet, on retrouve dans Aliens des termes et des concepts tirés du roman de Robert A.Heinlein, dont "the drop" et "bug hunt" mais aussi le transport des Marines, ou encore leurs exo-squelettes, ici relayés à des rôles logistiques. Du moins, jusqu'à ce que Ripley affronte la reine Alien dans une scène devenue culte.

Il est d'ailleurs intéressant de noter qu'au contraire de nombreux éléments du premier ou du troisième Alien, les Space Marines du film de James Cameron ont toujours fait partie de l'intrigue, même si le groupe et son rôle dans l'histoire ont évolué au fil des brouillons rendus par le réalisateur. Dix ans après la fin du conflit, Cameron a en effet la Guerre du Vietnam en tête, et il entend donner à ses Marines toute la confiance et la supériorité caractéristiques des soldats américains lors de leur entrée sur le front.


D'où l'attitude un rien macho et désinvolte de notre groupe, que Cameron baptise "Colonial Marines". Au sein de la mythologie Alien, ils sont d'ailleurs les successeurs de l'US Marine Corps, qui a participé au conflit vietnamien. Et comme la véritable unité dont ils sont inspirés, les soldats d'Aliens vont vite être pris au dépourvu face à un adversaire, certes inférieur technologiquement, mais qui utilise sa parfaite connaissance du terrain à son avantage.

Comme Un Nouvel Espoir ou Le Retour du Jedi, Aliens peut donc être vu comme une métaphore de la Guerre du Vietnam, même si James Cameron ne la dénonce pas explicitement. Dans plusieurs interviews, le réalisateur explique en effet s'être inspiré du conflit non pas pour le critiquer, mais plutôt pour donner à son film une vraie résonance auprès du public de l'époque.

Si les Colonial Marines sonnent donc comme la plus arrogante des unités déployées au Vietnam, ce n'est pas tellement pour dénoncer l'implication des Etats-Unis dans ce conflit, une dizaine d'années après son issue, mais plutôt pour jouer sur des codes connus par l'audience. C'est pourquoi les uniformes, les armes – lance-flamme en tête – et les expressions de nos Space Marines locaux sont tirées de cette époque. Avant le tournage, les interprètes de l'unité furent même encouragés à personnaliser leurs équipements comme le faisaient les soldats américains au Vietnam.


En brassant les influences historiques et science-fictionnelles, James Cameron va d'ailleurs pousser encore plus loin l'archétype du Space Marine, voire lui donner de toutes nouvelles caractéristiques. On pense notamment au cigare du Sergent Apone, dégainé dès la fin de son sommeil cryogénique, qu'on retrouvera quelques années plus tard dans la bouche d'un autre sergent, Avery Johnson, l'une des gueules emblématiques de la série Halo.

Puisqu'on parle de jeu-vidéo, on notera que Doom, sorti en 1993, poursuivra l'héritage développé par James Cameron en faisant de son fameux Doom Guy un Space Marine pur jus. Idéal pour expliquer la supériorité du bonhomme face à une ordre d'adversaires en tous genres, et parfait pour caser quelques références à Aliens, en douce, dont le gameux "Game over man, game over !" du regretté Bill Paxton, réplique culte et improvisée du film qu'on peut entendre dans le jeu d'Id Software.

Depuis Doom, l'émergence, le développement puis l'écrasante supériorité du genre First Person Shooter sur le reste du spectre vidéo-ludique a joué un rôle des plus importants dans la notoriété du concept de Space Marine, même si les plus honnêtes ou les plus britanniques d'entre-vous reconnaîtront à Games Workshop et son jeu de figurine Warhammer 40.000 la paternité du Space Marine Alpha, celui créé pour dézinguer sans sommation tous les ennemis de l'humanité. Eux aussi empruntent aux guerriers de Robert A.Heinlein plusieurs de leurs attributs, tout en étant dotés d'une saveur satirique qu'on retrouvait justement dans l'adaptation de Starship Troopers par Paul Verhoeven.


Mais au milieu de toute cette concurrence, qu'elle ait succédé ou précédé Aliens, comment expliquer la popularité des Colonial Marines de James Cameron ? Certes, la troupe du réalisateur n'est jamais que l'une des nombreuses déclinaisons d'un archétype voire d'un stéréotype qui n'a pas toujours très bien vieilli. Mais il faut reconnaître à ce bon Jim un vrai génie dans le choix des gueules qui ont interprété ces guerriers de l'espace.

S'il convient de mettre de côté la pourtant culte Vasquez, incarnée par une Jenette Goldstein qui n'est pas originaire d'Amérique Latine, contrairement à ce qu'on pourrait croire, le casting est un sans faute et l'interaction entre les différents Marines, qu'elle soit physique ou verbale, est un modèle du genre. Pas un pas n'est fait de travers grâce à un entraînement des acteurs aux côtés du SAS (Special Air Service, le GIGN du Royaume-Uni) et aucune réplique ne sonne faux, même les plus cheesy, dont le fameux "eat this" qui enflammait mon adolescence.

Ajoutez à cela les nombreux "fuck !" et "man !" de Bill Paxton et la parfaite gueule de héros de Michael Biehn, qui était déjà le Kyle Reese du premier Terminator devant la caméra de Cameron, et vous obtenez une troupe de bidasses comme le cinéma en a rarement connu. 

Mais la plus grande force de nos Colonial Marines est peut-être de surfer sur les codes de sa catégorie dans un premier temps pour mieux les détourner dans un second, justement. Au fil de la pellicule, on passe en effet d'une troupe arrogante boostée par la camaraderie à un groupe de personnages divisés et dépassés par les événements : finalement très humains une fois leur dernière heure arrivée, les Space Marines d'Aliens on su éviter la glorification crasse caractéristique des films de Michael Bay, par exemple, ce qui explique sans doute leur popularité plus de trente ans après la sortie du film de James Cameron.


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