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King Arthur : Legend of the Sword, la critique

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ReviewLe 18 Mai
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6 /10
On a aimé
• Charlie Hunnam en forme
• Le style Ritchie fonctionne
• Une BO franchement épique
On a moins aimé
• Un échec tout juste déguisé
• Le montage plutôt affreux
• Les VFX ne suivent pas toujours

Au début des années 2000, le succès du Seigneur des Anneaux dans les salles obscures propulsait la Fantasy au sommet des intérêts de Warner Bros, qui depuis, peine à renouer avec le succès des trois premiers films de La Terre du Milieu. Après la décevante trilogie consacrée au Hobbit mais avant un Donjons & Dragons déjà vendu par le studio comme un Guardians of the Galaxy médiéval-fantastique, Warner Bros s'est donc essayé à une relecture de la légende d'Excalibur et des aventures de ce cher Roi Arthur.

Un projet, qui comme tant d'autres, a connu un développement des plus chaotiques, qu'il convient de résumer ici, afin de comprendre les défauts, mais aussi les qualités du produit final. En effet, bien des années avant l'arrivée d'un Guy Ritchie pressé de réinventer une autre figurine britannique (après deux Sherlock Holmes), Warner Bros développait déjà des idées autour du Roi Arthur : on parlait un temps d'un remake d'Excalibur par Bryan Singer, puis il fut question d'un film consacré à Arthur et Lancelot par David Dobkin (réalisateur de Serial Noceurs) autour duquel ont gravité des noms comme Joel Kinnaman (Suicide Squad), Kit Harrington (Game of Thrones), Colin Farrell (Les Animaux Fantastiques), James McAvoy (X-Men) et même Gary Oldman (The Dark Knight).

Un casting changeant qui n'aida par Warner Bros à trancher. Plutôt que de confier 130 millions de dollars au star power d'un jeune acteur tout juste sorti de Game of Thrones (qui ne comptait que deux saisons, à l'époque) le studio laisse donc sombrer le projet, petit à petit. Mais il revient d'entre les morts en 2014 lorsque le britannique Guy Ritchie, qui développait de son côté une nouvelle idée pour le Roi Arthur avec son ami John Hodge, le scénariste de Trainspotting, se penche sur le sujet. Encore secoué par le pitch d'un univers partagé "à la Marvel" par le scénariste et producteur Joby Harold (Edge of Tomorrow), le studio accepte néanmoins de confier le film maudit à Ritchie, qui avait semble-t-il carte blanche.

Le tournage démarre ainsi début 2015, pour une sortie à l'été 2016. Hélas, comme de trop nombreuses productions de Warner Bros ces dernières années, le film est assassiné dans des séances-test. Plutôt que de l'envoyer tel quel dans les salles, le studio commande donc à Ritchie et ses équipes plusieurs reshoots, qui se sont étalés sur les mois suivants, en fonction du planning des acteurs concernés et des demandes de Warner Bros, évidemment inquiet.

Trois paragraphes plus tard, ceux qui ont vu ce nouvel Arthur comprendront d'où vient l'aspect boursouflé du film qui, comme Suicide Squad avant lui, peine à accorder des ambiances et des thèmes a priori très différents. Si bien qu'on peut distinguer au moins trois films au sein du produit final. Le premier est évidemment une relecture criminelle de notre cher Arthur, roi de la street qui fait bon usage des habitudes de Guy Ritchie et d'un Charlie Hunnam plutôt en forme après ses récentes apparitions sans saveur dans Pacific Rim ou Crimson Peak, pour ne citer qu'elles. 

Le second est un très gros film de Fantasy qui vous envoie son univers en pleine tronche, sans autre forme de procès. Pas ou peu d'exposition, mais un maximum de bestioles et de magie dans une totale ambiance de Sword & Fantasy qui emprunte des designs et des images fortes à des illustrateurs comme Frank Frazetta. Les amateurs de jeux de plateau et de petites figurines apprécieront, sans aucun doute, mais les spectateurs les moins versés dans le genre pourraient assister à un nouveau Warcraft.

Enfin, le troisième et dernier film à se cacher dans cette Légende d'Excalibur est assurément le premier chapitre d'un univers partagé forcément influencé par le succès d'Avengers. On notera d'ailleurs que David Dobkin, qui avait pitché à Warner Bros l'idée de plusieurs films, chacun centrés sur un chevalier de la Table Ronde, reçoit un crédit au générique. Un geste qui n'est pas innocent, puisqu'il nous prouve que le studio avait effectivement l'intention de se lancer dans des suites ou des spin-offs en tous genres, si les nombreuses ouvertures du film vers d'autres terres et d'autres personnages n'avaient pas déjà vendu la mèche.

Trois films en un donc. Voilà quelques mois que nous assistons à la parade de ces métrages cousus et recousus comme la créature de Frankenstein, et pourtant, King Arthur s'attire une partie de notre sympathie. Il faut dire, tout d'abord, que le style de Guy Ritchie sauve le projet du pire : certes, son montage et certaines images sentent bon les reshoots tardifs pour quiconque à l'habitude (et on commence tous à l'avoir) de remarquer ce genre de rafistolages. Mais les tics de réalisation de Ritchie permettent justement à ce bricolage de gagner un peu d'élégance, ou en tous cas beaucoup de fun. On pense notamment aux nombreux training montages et autres racontages typiques des personnages du réalisateur, qui permettent à la production d'utiliser un maximum de plans, qui sans cela, auraient disparu à tout jamais.

Par ailleurs, le film ne manque pas d'énergie ou de folie. Ritchie s'amuse, et ça se voit. Sans doute lassé par les différentes coupes de son projet, qui était assurément beaucoup plus urbain que fantastique, le bonhomme ne fait pas dans la demi-mesure et nous offre une réalisation clipesque - dans le bon sens du terme - et généreuse, qui ravira sans doute les fans de Zack Snyder et les amateurs de cinématiques épiques comme seul le monde du jeu-vidéo sait en faire. Ajoutez à cela la bande-son excaliburnée de Daniel Pemberton, bourrée de notes celtiques - tout comme le Sherlock Holmes de Hans Zimmer - et d'élans guerriers, et vous finissez par vous amuser vous aussi.

D'autant que Charlie Hunnam n'est pas mauvais dans le rôle titre. Libéré de son terrible accent américain, le britannique laisse éclater ses origines et donne dans le brigand au grand cœur, rôle qui lui colle à la peau depuis Sons of Anarchy. Pour le coup, il incarne même assez bien ce pauvre "né roi" et le petit commentaire social qui transparaît ça et là dans le film - après tout, on parle d'un type qui a fait de la table ronde, que personne ne peut présider, par définition, un symbole absolu d'égalité. On aurait beaucoup aimé en voir plus de ce côté d'ailleurs, mais le film préfère hélas se tourner vers une dizaine d'autres personnages absolument fades, du vilain incarné par Jude Law au lead féminin interprété par Astrid Birgès-Fisbey en passant par les second rôles typecastés joués par Aidan Gillen et Michael McElhatton, tous les deux aperçus dans Game of Thrones, tiens donc.

Au moins aussi sincère que rafistolé, King Arthur : Legend of the Sword camoufle son development hell derrière tous les tics de réalisation de Guy Richie, qui n'a jamais autant donné dans le gimmick. Ce qui n'empêche pas l'ensemble de fonctionner ou du moins, d'attirer notre sympathie et notre curiosité. Gros film de Fantasy par-là, relecture médiévale des gangsters britanniques par-ci, ce roi Arthur inventerait presque un nouveau genre, qu'on pourrait surnommer Sword & Sausage, tant le film combine avec fougue les qualités des univers médiévaux-fantastiques et le mauvais goût hollywoodien le plus ultime.

Si le mélange ne vous fait pas peur, on vous recommande de découvrir cette curiosité au plus vite, car même Excalibur ne saurait sauver le film d'un plantage au box-office.



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