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Edito #94 : Le cinéma de genre francophone trouvera-t-il un jour son public ?

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evenementsLe 29 Mai
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Tous les aficionados de cinéma de genre ont été tentés de regarder, au moins une fois, les productions que ce type de films pouvaient nous offrir en France. Presque tous s’en sont détournés une fois l’expérience faite. Mais pourquoi ? Pourquoi n’apprécions-nous pas ce type de cinéma lorsqu’il est produit et réalisé en France, alors que le même type de cinéma est célébré à travers le monde ?
Pourquoi le cinéma français ne trouve-t-il pas son propre ton, là où les espagnols, les japonais, les chinois et les anglais ont réussi à s’approprier un genre qui ne leur appartient pas ?



Lors de la sortie de Scream de Wes Craven en 1996, ce type de cinéma a recommencé à intéresser les cinéastes et producteurs français. À la vue du succès reçu par ce film, plusieurs producteurs français ont décidé de miser sur ce genre de niche avec notamment Promenons nous dans les bois. S’en est suivie une série d’échecs commerciaux et critiques ralentissant ainsi la production d’autres long-métrages du genre dans nos vertes contrées.
Quelques années après, ce type de cinéma trouve un souffle nouveau grâce à deux réalisateurs : Fabrice Du Welz avec Calvaire et Alexandre Aja qui réalise Haute Tension.
Ces films reçoivent les louanges des critiques et arrivent à rentrer dans leurs frais. Enfin, la francophonie peut se targuer de réussir à faire des films de genre. La réussite de ces deux films, l’un Belge et l’autre Français, vient en partie du fait que les deux réalisateurs ont une vision et savent ce qu'ils veulent apporter au cinéma. Suivront sur la première décennie des années 2000 de nombreux films tels que Martyrs, À L’intérieur ou Frontière(s), mais aucun ne rencontrera le succès public de ces deux prédécesseurs. La faute à une exploitation dans les salles trop faibles et des budgets souvent réduits au strict minimum, obligeant les réalisateurs à faire avec les moyens du bord.



Le système de cinéma français a cela de particulier qu’il est en parti financé par les chaînes de télévisions nationales. Celles-ci cherchent par conséquent à produire des films qu’elles pourront diffuser le soir à leurs téléspectateurs. Il leur est donc très compliqué de sortir les deniers pour le cinéma de genre, la plupart du temps malsain ou trop violent, n'intéressant qu’un public de niche qui, de plus, ne regarde que rarement la télévision. Faute de financement, les réalisateurs se tournent la plupart du temps vers le CNC qui attribue chaque année plusieurs centaines de milliers d’euros pour produire le cinéma français et en assurer le rayonnement à travers le monde.
Seulement, cet organisme, si noble soit-il dans sa fonction originelle, opère la même logique mercantile que les chaînes de télévision, favorisant le retour sur investissement, plutôt que l’audace et la créativité.
Il sera toujours plus facile de rentabiliser Bienvenue chez les Chtis d’un très populaire Dany Boon, que Livide du duo Julien Maury et Alexandre Bustillo et ce, bien évidemment, au détriment de la richesse de la mise en scène et des thématiques abordées.
L’organisme fait donc un choix : celui de la rentabilité.



Pourtant, posons-nous la question de savoir ce qu’il se passerait si un film comme le très récent Grave de Julia Ducornau avait reçu les mêmes soutiens financiers que Les Tuches 2 : Le rêve américain de Olivier Barroux. À la vue du succès critique du film, il y a fort à parier qu’il aurait pu bénéficier d’un budget promotionnel plus conséquent et ainsi connaître une diffusion à un plus large public dans plus de salles de cinéma en France. En effet, si le long-métrage de la réalisatrice a connu un relatif succès d’estime auprès du public et de la critique, c’est grâce à sa diffusion dans de nombreux festivals et grâce au soutien de quelques journalistes qui ont compris le propos qui y est développé. Mais si ce film avait bénéficié de fonds publics aurait-il été toujours le même ? Julia Ducornau n’aurait très certainement pas pu aborder la découverte de la sexualité féminine avec la même force et le même impact sur le spectateur. Le film se serait consensualisé pour éviter l’interdiction aux moins de seize ans bloquant l’accès à beaucoup de salles en France ou en Belgique, limitant ainsi les axes de rentabilisation d’un film.

Peut-être que ce genre de films, pour rester subjectif et parfois subversif, doit se passer de subventions publiques pour n’avoir que peu de comptes à rendre et ainsi pouvoir exploiter au maximum les thématiques abordées.
Malheureusement, la question financière et celle de la diffusion ne sont pas les seuls facteurs de la non-réussite du cinéma de genre en France.
La plupart du temps ces films, malgré une intention de départ plutôt louable, sont simplement pas à la hauteur de leurs ambitions. On pense à Night Fare de Julien Seri, qui, partant d’un postulat de départ intéressant, un remake de Duel de Steven Spielberg dans un Paris glauque, se perd complètement dans son propos en cherchant à justifier et légitimer chacun des actes de son tueur en série d’une manière grossière et sans aucun sens par rapport à l’intention de départ. On se souviendra également du dernier tiers de À l’intérieur qui n’a aucun rapport avec le reste du film rendant la thématique initiale caduque.

Toutes ces raisons font que le cinéma de genre français a encore du mal à trouver son public. Sans compter que la plupart des réalisateurs cités ci-dessus sont presque tous partis outre-atlantique, cédant ainsi aux sirènes hollywoodiennes. La France, et la Belgique par extension, ne comptent donc pas ou peu de réalisateurs spécialisés dans le cinéma de genre, le parc se rénovant régulièrement. Mais certains d’entre eux reviennent, de temps en temps comme Christophe Gans, qui, après avoir réalisé l’adaptation live de Silent Hill pour Hollywood était revenu en France pour un La Belle et la Bête, plutôt mauvais, très inspiré des films de la Hammer et du jeu vidéo Shadow of the Colossus. Ou encore Kim Chapiron, qui après avoir réalisé l’excellent Sheitan, aidé de son collectif Kourtrajmé, était parti tourner Dog Pound, film d’univers carcéral, pour revenir en France avec La Crême de la Crême (sans rencontrer un franc succès).



L’avenir du cinéma de genre en France n’est donc pas tout rose et l’on attendra de voir ce que réserve le futur pour les réalisateurs spécialisés dans le cinéma de genre. Peut-être que l'avènement et la popularisation des systèmes de financements participatifs et des plateformes de streamings à abonnements tels que Netflix ou Amazon Prime, pousseront les producteurs à financer plus de ce type de cinéma pour qu’ils puissent enfin s’affranchir de la toute puissance du réseau de distribution et des financements publics et ainsi satisfaire les nombreux fans du genre tout en laissant les artistes français frustrés exprimer pleinement leur art.

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