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Boudicca, la critique

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ReviewLe 02 Jui
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9 /10
On a aimé
• Le style de l'auteur, simple et efficace
• Des phrases qui font mouche
• Une aventure épique
• Une héroïne sublime
On a moins aimé
• La fin trop abrupte
• La nouvelle qui clôt le livre

Femme au parcours tortueux, Boudicca passe son enfance en quête de l’attention de son père, qui lui reproche la mort de sa mère. Cette absence d’amour forgera le tempérament rebelle, insoumis et libre de la reine celte qui à la tête de son armée fera trembler l’Empire romain de Néron, au cœur de l’Angleterre des premiers âges de notre ère.

Jean-Laurent Del Socorro nous fait le portrait de la reine celte Boadicée dont on connait en réalité peu de choses. Seuls quelques textes antiques témoignent de son existence. L’écrivain investit ce peu d’informations glanées et recrée la vie de cette femme à travers un récit épique d’une rare puissance.

Autant l’avouer tout de suite, Boudicca publié par les éditions ActuSF est un immense coup de cœur. Pourtant on pourrait arguer que l’on retrouve encore un livre historique qui se fait passer pour un livre de fantasy ou pérorer avec une très très grosse pointe de mauvaise foi que l’on rencontre une nouvelle fois un roman qui met en scène le peuple celte. 

Comment ne pas penser au cycle Rois du Monde de Jean-Philippe Jaworski dont le troisième volume vient tout juste de sortir ? L’ouvrage de Jean-Laurent Del Socorro est tellement plus que cela. C’est avant tout le sublime portrait d’une femme charismatique et bouleversante, une sorte de Wonder Woman celte. Bien sûr comme chez Jean-Philippe Jaworski, le roman emprunte la voie de la « fantasy relative ». Ici, pas de magie, ni de créatures fantastiques et autres motifs qui définissent dans les grandes lignes ce genre. L’aspect merveilleux apparaît de manière discrète par petites touches à travers des visions ou l’oracle des druides.

L’authentique sorcellerie de ce livre se trouve avant tout dans le style même de Jean-Laurent Del Socorro qui nous laisse pénétrer dans l’esprit de cette reine celte et nous la montre dans toute sa vérité. Telle une fine lame, l’auteur a un sens imparable de la phrase qui fait mouche. Il plonge le lecteur dans des batailles d’une rare violence tout en restant au niveau des personnages. Il nous donne à lire un héroïsme sans fard. Il nous fait partager la peur paralysante qui précède le combat. À travers les lignes de cette aventure s’entend le fracas des armes.

Ce livre retrace la totalité de la vie de Boudicca, de sa naissance jusqu’à sa fin qui tiraillera le lecteur. La conclusion est à la fois mémorable, car l’action s’arrête dans un climax imparable, mais elle laisse aussi un goût amer, du fait que l’intrigue prend un tel coup d’accélérateur que l’on se retrouve frustré par cette précipitation des événements. On aurait aimé que le récit continue sur deux cents ou trois cents pages et ainsi pouvoir rester auprès de l’héroïne dans sa lutte contre l’Empire romain.

Des thèmes puissants veinent ce roman, le féminisme tout d’abord. Jean-Laurent Del Soccoro nous fait découvrir une société celte où la différence entre les sexes, si elle est biologique, n’est pas un facteur d’exclusion sociale. Homme et femme peuvent régner sur un clan sans discrimination ou prendre part ensemble au conflit. Le cœur de l’intrigue repose sur la mise en scène du parcours d’une reine, d’une guerrière, d’une femme et d’une mère. En plus de ce discours féministe, un autre sujet irrigue la trame, celui de la résistance face à l’oppresseur. On le retrouve à travers les aventures de Boudicca, mais aussi dans une nouvelle qui a été ajouté à la suite du roman.

Dans ce court récit, on quitte l’Angleterre au temps de l'antiquité pour se rendre à Boston pendant les événements du Tea Party. Les États Unis ne sont encore que des colonies sous la coupe de l’Empire britannique. Cette histoire sonne en écho avec les aventures de la reine celte, le personnage de Sarah répond à celui de Boudicca, une résistance à un empire oppresseur répond à une autre résistance à un autre empire oppresseur. Il résonne dans ces deux récits le même courage des désespérés à travers les époques qui refusent l’injustice dont ils se sentent victimes. En dépit de cet effet de miroir plutôt intéressant, cette nouvelle se révèle, malheureusement, moins marquante que le parcours de Boadicée.

Avec Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro fait un portrait sublime d’une femme rebelle, d’une guerrière et d’une mère tout à la fois avec ces nuances et ces contradictions. Porté par un style efficace, à la phrase affûtée, l’auteur nous plonge dans le destin tourmenté de l’héroïne au cœur de batailles si intense que l’adjectif épique ne pourrait mieux les qualifier. Si l’on peut reprocher une fin un peu abrupte, il n’en reste pas moins un excellent livre qui se dévore avec délectation.

Galerie Photo Boudicca, la critique

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