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Bilan E3 2017 : Jeu vidéo, l'ère du recyclage est-elle arrivée ?

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evenementsLe 13 Jui
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Vous pouvez difficilement être passé à côté si vous avez l'habitude de découvrir l'actualité sur SyFantasy.fr, mais depuis hier, les jeux vidéo sont au cœur des attentions avec l'E3 qui a débuté à Los Angeles et qui prévoit de dessiner les tendances des années à venir pour le média. Grand amateur de jeu vidéo que je suis, j'ai évidemment mis mon réveil très tôt dans la nuit après m'être couché tard pour suivre toutes les conférences, qui semblent dessiner une tendance forte: le recyclage. Le jeu vidéo n'aurait donc plus d'idées à proposer ?

Évidemment la question est un peu forte et vient d'une réflexion qui me saute au yeux alors que l'E3 vient de terminer sa session de conférences sur une édition qui ne restera finalement pas dans les annales. Avant d'entrer dans le propos, je tiens d'ailleurs à préciser que je parle principalement ici d'expériences AAA pour un public beaucoup plus orienté consoles, PS4 et Xbox One. Nintendo faisant très souvent bande à part même si la Switch a tout de même eu le droit à quelques annonces sur place.

Depuis de nombreuses années, l'E3 est l'événement le plus surveillé des amoureux de jeux vidéo, eux qui ont le droit de découvrir en avant-première de grandes licences qui verront le jour et des jeux en développement, souvent plus ambitieux les uns que les autres. L'idée est d'ailleurs de gagner la petite guerre interne de la "meilleure conférence", qui se joue entre les différents acteurs du marché. Cette année, Microsoft et Sony étaient évidemment présents sur scène mais il fallait aussi compter sur les habituels Ubisoft, EA, et Bethesda, qui présente une conférence pour la troisième fois cette année. Et parmi la tonne d'annonces qui s'est écrasée sur le coin de la tête des gamers, force est de constater que l'originalité n'a plus sa place dans le AAA. En effet, la majorité des têtes d'affiches sont des suites de jeux déjà existants ou des expériences bluffantes techniquement mais un peu vides, une fois qu'on commence à se pencher dessus, en commençant par Anthem de BioWare



Nous nous attendions à ce que le mythique studio à l'origine de Mass Effect dévoile en grande pompe sa nouvelle licence, d'autant que les premiers ouï-dires parlaient déjà d'un RPG ambitieux dans lequel BioWare reviendrait aux bases de ce qu'il fait de mieux : l'écriture et la construction d'un univers. Malheureusement, le jeu semble déjà pensé pour concurrencer le modèle Destiny en proposant un TPS (avec quelques passages en FPS) finalement proche d'un MMORPG dans le contenu qu'il veut mettre en place. En effet, le jeu nous a présenté un hub central dans lequel le joueur évoluera, récupérera ses quêtes et pourra probablement modifier son armure et une carte, certes gigantesque et magnifique, mais qui paraît déjà un peu vide et un prétexte finalement camouflé pour mettre en avant ses composantes de loot et d'expérience multijoueur. Vendu comme une expérience nouvelle, celle-ci n'en est finalement pas une à l'heure où ces lignes sont écrites. De plus, et c'est d'autant plus dommageable, le jeu de BioWare semble ne pas avoir cherché sa direction artistique très loin et le titre aurait parfaitement pu faire office de spin-off à Mass Effect, tant son univers parait est proche. La promesse semble d'ailleurs tendre vers celle de Mass Effect : Andromeda, en termes d'exploration.

Mais ce sentiment de "déjà vu" ne s'est pas limité à Anthem, et s'est retrouvé chez les autres éditeurs, dont Bethesda qui a tout de même réussi à construire sa conférence sans introduire un seul concept nouveau. En effet, on passera sur les cas Fallout 4 VR et Doom VFR pour s'arrêter plutôt sur les trois annonces softwares majeures : Dishonored : La Mort de L'Outsider, The Evil Within 2 et Wolfenstein II : The New Colossus. Trois titres dont les épisodes précédents reposent des qualités certaines mais qui, au regard des premiers aperçus, ne vont finalement pas changer la donne et devraient proposer des expériences similaires ou au mieux, légèrement améliorées.


 
Même constat, et sous une forme encore un peu plus inquiétante, avec Ubisoft qui, malgré ses travers lors de ces dernières années, avait pourtant voulu de nouveau se focaliser sur l'expérience gamer en proposant notamment For Honor en 2016. Certes le jeu n'a pas été à la hauteur des attentes du studio - probablement la faute à des serveurs en carton et des problèmes d'équilibrage ( mais il proposait une expérience originale, tout comme Steep. Or, cette année et avec le retour d'Assassin's Creed, l'éditeur/développeur a abandonné toute ses belles promesses pour finalement offrir de l'inédit là où on l'attendait moins, avec Mario + The Lapins Crétins : Kingdom Battle et son mélange d'exploration et de tactical RPG. En effet, Assassin's Creed : Origins proposera certes une monde vaste mais qui semble déjà bien vide, au regard du contenu artificiel augmenté par des composantes Diabloesques (le loot, les niveaux et les compétences). De plus, il simplifie son gameplay (ou plutôt en contourne les faiblesses) avec un aigle permettant de marquer des ennemis, à la manière du drone de Ghost Recon : Wild Lands. Mais le recyclage ne s'arrête pas là, en témogine l'une des annonces majeures de la conférence, Skull and Bones, qui n'est finalement qu'un portage multijoueur de la navigation en bateau d'Assassin's Creed III et Black Flag - il a par conséquent maintenant quatre ans de retard. De même pour Starlink, la pièce manquante entre l'Amiibo et No Man's Sky.
 
Sony n'a d'ailleurs pas été en reste sur le sujet avec une conférence qui a eu le mérite de ne pas être bavarde mais qui semblait aussi laisser croire que les artistes et les équipes de jeu n'auraient rien de plus intéressant à nous apprendre. Comme si les vidéos de gameplay des jeux, qui se ressemblent tristement, suffisaient à nous expliquer les intentions finales de jeux. Un aveu d'échec total qui nous annonce déjà qu'ils n'apporteront rien au média, et se contenteront d'offrir des sousous à leur éditeur. Entre un Days Gone assez intéressant mais finalement très classique, un Uncharted : Lost Legacy qui reste Uncharted, un DLC pour Horizon Zero Dawn, un remake de Shadow of the Colossus, un Destiny 2 qui est finalement une version 1.5, un reboot à God of War qui sera finalement une suite ou encore un Monster Hunter World qui n'offre que la mise à jour que la série mérite depuis au moins cinq ans, Sony semble aussi se complaire dans cette stagnation créatrice pour le jeu vidéo. D'autant plus que sa conférence s'est terminé sur le gameplay d'un jeu à licence, Spider-Man, qui donne certes envie à l'amoureux de comics que je suis, mais qui profite surtout de la sortie d'un film sur le Tisseur prévu le mois prochain, Spider-Man : Homecoming.
 
 
Même dans le hardware, Microsoft et Sony ont maintenant lancé avec leur Xbox One X et PS4 Pro une guerre de hardware qui semble figer la génération dans une époque qui verra seulement se succéder les configurations, sans jamais véritablement prendre le pari d'une nouvelle ère, pourtant l'occasion rêvée de raviver la flamme créatrice. D'autant plus que cette politique va seulement mener à une fuite de son public majeur, qui finira forcément par se lasser de devoir dépenser des deniers dans une console plus ou moins similaire alors qu'un PC serait un investissement moins onéreux. Mais cette direction que prend le jeu vidéo "grand public" est-elle une conséquence de l'évolution trop extraordinaire d'un art qui n'a jamais su véritablement prendre le temps de digérer sa croissance ? En effet, le jeu vidéo n'a finalement que 45 ans (si l'on considère Pong comme le véritable premier jeu) et est aujourd'hui le premier média culturel au monde en rapportant à peu près 40 milliards de dollars par an.

Avec leur important poids dans la balance économique, les pixels sont devenus un média de marque, d'image et d'argent avec des géants implantés qui n'ont plus le droit à l'erreur. Encore plus que le cinéma, le jeu vidéo est une industrie qui demande un investissement économique fort à cause de ses équipes souvent monstrueuses. À titre d'exemple, un jeu comme Metal Gear Solid V : The Phantom Pain, considéré comme l'un des plus chers de l'industrie, a couté à Konami environ 75 millions de dollars. Développer une titre doit donc demander d'avoir un projet économiquement viable qui ne favorise donc pas la prise de risques et par extension la créativité. L'industrie semble même donner raison à Sony, qui avait tout de même parrainé un Shenmue 3 qui semble maintenant embourbé dans un développement impossible, prouvant justement qu'il est maintenant inconcevable de développer un projet d'envergure dans des délais raisonnables sans avoir le porte-feuille en conséquence. 

Et paradoxalement, le jeu vidéo grand public semble petit à petit se détacher de son public cible puisque Sony et Microsoft, qui se sont souvent (auto)proclamés bastions des "hardcores gamers", ne représentent plus que les amateurs de sensations fortes, qui sont prêts à bouffer plusieurs fois le même plat avec un goût un peu différent à fois. Il faut d'ailleurs avouer que la communauté du jeu vidéo connaît aussi une fracture forte dans son public, souvent perçu - et parfois à raison - comme un ramassis d'enfants, d'intolérants et de machistes qui, sous couvert d'anonymat, sont les premiers à n'avoir aucune ouverture d'esprit sur les débats les plus importants de notre société actuelle. On pense notamment aux nombreux dossiers du Gamer Gate qui ont divisé la communauté de joueurs entre ceux qui gueulent le plus fort (et souvent ce ne sont pas les plus malins) et les autres, qui se sentent dépités ou résignés.

 
Il serait donc temps pour cette communauté, et pour les silencieux comme les autres, de véritablement considérer le jeu vidéo comme un art et non plus comme des produits. C'est une industrie qui doit fonctionner sur des idées, des concepts et des univers inédits. Évidemment, la scène indé' est là pour caresser les amateurs d'expériences uniques dans le sens du poil, et nous retrouvons souvent les meilleurs idées derrières les petits projets qui transcendent leurs différentes contraintes (économiques, techniques) pour finalement ressortir le meilleur de leur concept. Tout à fait le contraire de l'industrie grand public, qui sous couvert de course à la technologie et d'immersion, oublie totalement l'écriture, le gameplay et l'univers pour créer des coquilles vides. Les jeux se suivent et se ressemblent pour finalement présenter des expériences similaires avec skins seulement légèrement différents. Une chose est sûre, cet E3 est probablement l'un des premiers marqueurs d'une crise artistique majeure chez les grands studios et les conséquences se feront sentir dans les prochaines années si l'industrie ne change pas pour replacer la créativité en son centre.
 

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