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La Planète des Singes : Suprématie, la critique

9
ReviewLe 02 Aou
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7 /10
On a aimé
• Andy Serkis en César
• Excellent début, fin efficace
• La réécriture actualisée de la saga d'origine
• Un travail visuel réussi
On a moins aimé
• De grosses longueurs en milieu de film
• Une métaphore religieuse pas obligatoire
• Woody Harrelson, en dents de scie
• Répète un ou deux moments du second

Depuis ce qui a constitué en 2011 la seconde relance de La Planète des Singes, une trilogie à l'ombre de plus grosses machines se met en place. Quoi que le premier épisode de Rupert Wyatt ait été l'excellente surprise qui posera les bases d'un second film proposé par Matt Reeves, cette fois moins bien dirigé, on se surprend à observer l'histoire de singes en images de synthèse évoluer en arrière-plan du paysage Hollywoodien, presque à contre-courant dans l'application d'une idée : le reboot authentique, qui refait tout comme avant mais pas de la même manière. Il ne manquait qu'un épisode (obligatoire ?) pour atteindre le statu quo qui offre son titre à l'épopée de sympathiques macaques virtuels menés par Andy Serkis, et c'est chose faite, mais qu'est ce qu'on en pense ?

Depuis le premier épisode, la nouvelle Planète des Singes s'applique à bien recopier. On retrouve les personnages filmés ou mentionnés dans la saga des origines, avec un déroulé de faits identiques ou similaire, depuis le premier "non" symbolique de Caesar à la profanation du mantra "Apes don't kill apes", autant de renvois aux vieux films encapsulés dans tout reboot qui se respecte, et parce qu'il n'y avait pas de raison de vexer les anciens fans. Cela étant dit, l'intérêt de cette relance aura été de proposer une idée différente du message d'origine : cette fois, plus question de parler seulement de l'Homme en destructeur de sa propre espèce sous le feu nucléaire, mais allier à tout ça l'idée sempiternelle - dans la SF classique - que c'est en jouant à Dieu que l'être humain finira par causer sa perte, là où la pentalogie initiale présentait l'origine des singes sous la forme d'une boucle temporelle à la Terminator


A la sortie de ce War for the Planet of the Apes, premier constat : cette trilogie a mené son idée jusqu'au bout, malgré l'errance du second. Si celui-ci a choisi de jouer sur de mauvaises cordes, on s'en tire mieux ici, avec des défauts problématiques et quelques erreurs qui l'éloignent du carton plein posé à l'époque par le premier volet, tout en étant une fin franchement honorable, à détailler. On retrouve donc une fois encore la figure centrale de César, tiraillé entre le besoin de protéger son espèce des Hommes qui continuent de les voir comme une menace, tout en accomplissant dans ce film un dernier voyage un peu plus personnel. 

Le réalisateur Matt Reeves parlait en interview de faire de ce héros un libérateur pour son espèce, façon Moïse, et cette promesse là est déjà beaucoup trop tenue. Parce que César est un homme de paix (enfin, un singe de paix) qui libère son peuple de l'oppression et de l'esclavage, difficile de ne pas tirer de parallèle avec cette figure connue de la mythologie Chrétienne. Mais quoi que ce ne soit déjà pas forcément utile de les souligner, ça l'est encore moins quand on appuie dessus avec le marteau de la non-subtilité que certains scénaristes aiment à utiliser dans leurs scripts, dernièrement. Le film tire sur cette corde quitte à sous-estimer la pertinence de son premier message, celui sur l'Humain, et se sert de cette feuille de route scénaristique pour justifier des simplicités de scénarios ou des symboliques mal amenées - un défaut de subtilité qui interviendra à d'autres moments, comme à son premier plan, qui rappelle avec lourdeur le titre des deux premiers volets (pour justifier la cohérence des trois ?). Premier défaut.


Le rythme sera le second. Bon dans l'ensemble, il fait le choix étrange de scinder en deux : première partie en forme de road movie post-apo' façon La Route (ou Walking Dead diront certains), puis, film de révolte et/ou d'évasion. La transition entre ces deux moments est mal gérée par un montage qui laisse s'installer un creux dans la narration. La longueur s'installe avant la dernière ligne droite, et gâche en partie ce que le film posait jusqu'alors, proche de la simplicité du premier opus en profitant du langage visuel qu'a su inventer la série. 

L'écriture glisse quelques bonnes idées (comme les Donkeys), et le score réussi de Michael Giacchino s'additionne à des moments de silence entre Singes dialoguant par gestes, plans calmes d'ambiance sans réel besoin d'action où la performance d'Andy Serkis, toute en gravité, qui s'épanouit bien. Seconde moitié plus besogneuse, avant un troisième acte qui gère enfin son rythme et sait accélérer sur une conclusion évidente sans être malvenue - exercice difficile que de surprendre avec une fin que tout le monde connaît déjà, évidemment. Si elle répète pas mal de ce qui a été dit dans le dernier, celle-ci arrive toutefois à bien boucler l'idée de fond du film et de la trilogie : sur César comme sur les Hommes. Une fin réussie à une scène près donc, la faute au parallèle religieux mentionné plus haut.

Difficile aussi de parler d'acteurs dans ce film - l'expression visuelle est rarement organique, et davantage à ranger dans les prouesses techniques de Weta (comme d'hab', irréprochable). Harrelson trébuche par moments, plus proche d'une caricature de dictateur sociopathe dans un rôle pourtant parfois bien écrit, ne se révélant jamais comme ce que le film lui demande : être le parallèle du héros, son miroir côté humain. A la place, l'acteur opte pour un rôle de vilain fou ambigu, qu'il arrive à rendre redondant. Ne reste que l'entourage simiesque de César et Serkis lui-même, qui profitent à fond de la mise en scène des primates pour rendre cohérents des mouvements d'animaux dans l'immensité de l'uncanny valley. Photographie réussie, quelques effets de style, Reeves fait de son côté un joli boulot avec des plans iconiques, qui jouent avec l'idée du calme avant la tempête. Allié à une exigence technique qui fait plaisir à l'heure du blockbuster-sur-commande de l'Hollywoodien moyen, l'esthétique générale est suffisamment travaillée. 

C'est aussi de cette condition dans le paysage moderne des films à gros budgets qui sur-dosent la cote d'amour que connaît ou connaîtra le film dans la presse et le public : proportionnellement à ce qui se fait dans le cahier des charges d'aujourd'hui, War for the Planet of the Apes apparaît en filigrane d'un mode de production qui ne laisse plus pareille qualité s'exprimer normalement. Il respire par sa capacité à exister en tant que long-métrage entier, qui ne se prive pas d'être sombre ou de poser une ou deux questions morales, la fidélité aux originaux, jusque dans des personnages super anecdotiques, et l'exercice d'un reboot qui ne se sera pas trahi au panthéon des spin-offs, des suites pré-programmées. En cela, on peut lui accorder toutes les qualités du monde, ou admettre que La Planète des Singes 3 est juste un bon film comme on devrait pouvoir en faire aujourd'hui. Moins réussi que le premier, meilleur que le second, il trouve sa propre identité et permet à la série de finir sur une bonne note, qu'on aurait juste aimé meilleure.


Et sur ce bilan positif se referme cette critique de War for the Planet of The Apes, un métrage qui s'en tire bien sans être excellent. Avec quelques longueurs, la simplicité du renvoi au pathos et à la symbolique religieuse très américaine, il arrive cependant à prouver qu'on peut rebooter en restant dans la continuité de l'esprit d'origine, et à proposer un message ou une vision de l'Humain dans une saga que tout le monde va voir pour la qualité de ses CGI. Mais on garde un léger goût amer d'un film qui aurait pu être meilleur, et d'une trilogie qui aurait pu être exempte de certains défauts liés à de la paresse sur les facilités d'usage, pour donner une vraie leçon de reboot à l'ensemble de la profession - on se contentera d'une saga qui fonctionne, c'est déjà pas mal.

On le rappelle : le film de Matt Reeves sortira le 2 août prochain dans les salles !


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