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La Bibliothèque de Mount Char, la critique

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ReviewLe 04 Sep
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7 /10
On a aimé
• Des personnages truculents
• Des passages mémorables
• Des dialogues parfois incisifs
• Un style très visuel
• La capacité de l'auteur à varier les tonalités de son récit
On a moins aimé
• L'introduction du personnage d'Erwin
• L'intrigue qui s'essouffle à la fin du roman

Personne ne peut plus approcher de la bibliothèque. Carolyn, Margaret, Jennifer, Michael et David vont tout essayer pour tenter de rejoindre ce lieu de pouvoir grâce à leur talent. Caroline a été élevée pour parler toutes les langues. Jennifer est en mesure de guérir n’importe qui et même de ressusciter les corps. Margaret, quant à elle, se déplace dans le monde des morts. Michael, lui, vit en symbiose avec les animaux. Tandis que David, qui dirige les opérations pour reprendre la bibliothèque, a été initié au meurtre. Chacun d’eux sait que le destin de l’univers repose entre leurs mains, surtout depuis la disparition de Père.

En cette rentrée littéraire, les éditions Denoël proposent un récit de fantasy contemporain à l’ambiance implacable. Scott Hawkins narre les aventures jubilatoires d’une famille de dieux pour le moins dysfonctionnelle.

Les protagonistes les plus intrigants sont la fratrie de bibliothécaires, tels qu’ils se considèrent, qui cherchent à reprendre possession de leur maison. On les découvre à la fois à travers les yeux de Carolyn, ainsi que de deux autres individus extérieurs à cette famille étrange, deux victimes collatérales, qui se retrouveront impliquées dans la reconquête de Mount Char : Steve, le cambrioleur à la retraite et Erwin, le héros de guerre qui a du mal à se réinsérer dans la vie civile. La vision de ces différents personnages permettra au lecteur de se mêler à cette fratrie aux pouvoirs quasi divins dans leur entreprise pour tenter de réinvestir la bibliothèque. On percera peu à peu le mystère de leurs origines notamment la manière dont ils ont été élevés par un homme aussi inquiétant que puissant, qu’ils nomment Père. Il a fait d’eux les légataires d’une partie bien précise de son savoir. Le seul interdit qu’il leur impose est de ne pas partager leur connaissance entre eux. Son courroux est à l’image de son pouvoir, démesuré. Par exemple, au cours du roman, il n’hésitera pas à brûler vif l’un de ses fils pour lui avoir désobéi.

Ces sévices ne sont qu’un exemple de la violence qui suinte de la plume de l’écrivain. Les premières pages du livre en annoncent la couleur, rouge hémoglobine. On y croise Carolyn déambulant sur le bord d’une route recouverte de sang. L’histoire fait étalage de scènes de tortures et autres réjouissances du même genre. Le style de Scott Hawkins est d’ailleurs si visuel que l’on ne peut rester insensible à l’horreur qu’il dépeint. Pourtant jamais le roman ne s’enferme ni ne se réduit aux codes du récit d’épouvante. L’auteur arrive à injecter un certain décalage salvateur pour la dynamique de son intrigue. Par exemple, les personnages ont, par certains aspects, un côté caricatural ("bigger than life" surtout) sans jamais être ridicule : ainsi il est difficile de s’effrayer totalement face à David, le tueur implacable lorsqu’il massacre à tour de bras vêtu d’un simple tutu.

La manière avec laquelle Scott Hawkins raconte son récit permet de désamorcer la pesanteur qui pourrait plomber l’histoire. Mais la qualité de cet auteur ne se réduit pas qu’à ce seul élément. Il offre aussi des scènes épiques et époustouflantes. Par moment, les situations flirtent à ce point avec les limites de l’absurde qu’elles en sont magnifiques. Pourtant le roman n’est pas exempt de certains défauts. Le premier est la manière dont il présente Erwin, qui apparaît totalement en décalage avec le reste de l’histoire. Si cela permet de bien cerner ce personnage, cette mise en place s’avère totalement anecdotique au point qu’il est difficile de savoir ce qu’il fait là lorsque son fil narratif se retrouve mêlé à l’intrigue principale.

L’autre défaut se situe dans la rythmique du récit, surtout dans le dernier tiers. Difficile de ne pas remarquer que l’intensité narrative s’effondre lorsque le moment de la révélation a sonné. Cette impression de dégradation est sensible au regard de la puissance des scènes qui se sont succédées jusqu’au climax. Dans cette partie finale, l’auteur s’attache à développer sa conclusion pour bien clôturer son intrigue, mais la dynamique s’est largement étiolée, même si ce n’est pas rédhibitoire dans le plaisir global que l’on retire à sa lecture.

Malgré la chute de rythme dans les dernières pages, La Bibliothèque de Mount Char est un livre jouissif qui permettra d’adoucir la morosité de la rentrée. Pour son premier roman, Scott Hawkins nous propose de découvrir une famille de dieux, dysfonctionnelle et truculente, où les situations flirtent avec l’absurde sans jamais tomber dans le ridicule. Un récit de fantasy qui nous sort du sempiternel médiéval fantastique. La Bibliothèque de Mount Char est une sorte d’Ancien Testament sous stéroïdes emmené par des dialogues qui semblent parfois tout droit émaner de l’esprit de Shane Black, le génial réalisateur et scénariste de L’Arme fatale et de The Nice Guys. L’auteur arrive à merveille à jongler entre les registres et à créer un léger décalage qui donne à ce livre une saveur particulière. Ce roman nous rappelle avec brio que la littérature peut aussi être un média de divertissement de qualité.

Galerie Photo La Bibliothèque de Mount Char, la critique

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