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Ça, la critique du film

7
ReviewLe 19 Sep
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8 /10
On a aimé
• Ne se contente pas de tout refaire à la lettre
• Bill Skarsgard, évidemment
• La générosité visuelle d'Andy Muschietti
• Un film authentique qui fait du bien
On a moins aimé
• Des CGI pas convaincants
• Deux membres du Loser's Club mis de côté
• Avec un montage de deux heures quinze, pourquoi couper les scènes manquantes ?

On se souvient de la mini-série It, Ça ou Il est Revenu comme de l'expérience traumatisante qui valut à toute une génération sa phobie des clowns, des salles de bains, ou de l'acteur Tim Curry. Remballée dans un ensemble plus dispendieux, la nouvelle itération du Loser's Club et de leur croque-mitaine coloré se profile comme un des succès surprise de la rentrée, en plus de réaliser un démarrage historique dans la cour généralement confidentielle du film d'horreur. Énormément de choses sont à dire et à rappeler sur ce projet, mais on va commencer par le plus simple : oui, Ça est toujours une source de cauchemars pertinente en 2017, et vous auriez tort de passer à côté.

Partons d'abord de l'idée que vous ne connaissez peut-être pas la première adaptation (vous êtes jeunes, ça arrive). It est au départ un roman de Stephen King publié en 1986. Il présente, sur deux époques, les aventures d'un groupe d'enfants dans la ville de Deery, petite bourgade du Maine hantée par la venue périodique du clown Pennywise, un monstrueux tueur d'enfant aux capacités surnaturelles. Dans le livre et sa première adaptation, l'enfance des héros est située dans les années 1950, et la seconde période une trentaine d'années plus tard. Le principe est ici réadapté au décalage temporel séparant la sortie du livre de notre époque contemporaine, et transpose la première partie dans le contexte beaucoup plus à la mode des années 80.

Dans le roman et l'adaptation télévisuelle, Pennywise est un homme d'âge moyen, un adulte qui terrorise des enfants. L'histoire sert ainsi de parabole à ces gosses souvent prisonniers d'une vie scolaire de martyrs, de parents abusifs ou d'une enfance de reclus. C'est l'arme du clown contre eux qu'ils devront affronter : la peur, celle de grandir, d'affronter leur famille ou leur incapacité à s'affirmer, et le roman utilise avec adresse le double contexte temporel pour montrer ce qu'ils seront devenus plus tard, après leur rencontre avec Ça. Si le film joue sur les mêmes enjeux avec un certain brio, il manque de la place laissée par les centaines de pages de la version papier pour développer tous les héros avec la même égalité. Dommage, mais tolérable, compte tenu de l'orientation différente que le film prend via la figure de Bill Skarsgard.

   
Parce que Tim Curry jouait un adulte sadique, un renvoi à la figure inquiétante de la vie de tous les jours, des enlèvements, séquestrations ou meurtres d'enfants. Ancré dans l’inconscient collectif, il rendait hommage aux classiques comme la scène d'ouverture de M le Maudit ou l'iconographie américaine du marchand de glace, de l'inconnu en camionnette et autres joyeusetés. Le Pennywise de Skarsgard joue sur un autre registre : l'acteur choisit de l'incarner comme un enfant détraqué. Physique d'angelot et personnalité de gamin qui n'a pas grandi, son interprétation renverse le paradigme et réinterprète Ça comme une créature moins fantasque, et plus dérangeante encore dans ses oscillations de voix de l'aigu à la Joker au grave du boogie man

On retrouve une manie dans l'épouvante de perpétuellement densifier ses monstres en n'arrêtant pas des les réinventer, autour de la mise en scène, comme les très nombreux films Dracula à titre d'exemple. Sur cette piste, le montage cherche moins à opposer les héros au monde des adultes (exception faite de Beverly), et faire de Pennywise un genre d'incarnation de la cruauté de l'enfance. Une parure plus Amblin que jamais.   

En amont de la promo' du film la production expliquait avoir travaillé sur l'alchimie des membres du Loser's Club hors caméra. On retrouve la bande de copains immédiatement attachants, dans une ambiance à l'ancienne, école Les GooniesSophia Lillis sort du lot par son interprétation impeccable et plutôt mature de Beverly Marsh (et qui me fait personnellement plus penser à une mini Amy Adams qu'à Jessica Chastain. Andy, si tu nous lis). Jaden Lieberher et Jeremy Ray Taylor font aussi un excellent boulot, et d'une façon générale à l'exception de deux personnages dont le montage ne semble pas se préoccuper, la distribution est impeccable et renoue avec l'époque dans laquelle le film se situe. On aime à suivre les respirations bien dialoguées d'humour et de légèreté entre quelques références de culture populaire bien trouvées, et une écriture qui croit en ses personnages.
   
Ce choix de décor temporel sert forcément au réalisateur à se placer dans une continuité d’œuvres nostalgiques du même ordre, et se vit dans le courant porteur de l'Amblinsploitation. On remarque des affiches de films, une bande son, des choix de photographie et de narration aux couleurs de l'époque, et avant même sa sortie on reprochait déjà au projet de profiter d'oeuvres comme Super 8 ou Stranger Things (jusque dans les choix de distribution) pour se vendre auprès d'un public ciblé, comme un bon millier d'autres relances dans toutes les échelles de l'appareil hollywoodien. L'affaire est cependant plus ambiguë : s'il est évident que la production aura compris son intérêt à jouer à fond la carte nostalgique, It est au départ un pur produit des années 80, décennie qui verra l'explosion des adaptations de Stephen King et la mise en place de codes que l'auteur aura contribué à créer.    

Toute une batterie de stéréotypes prompt à sauter au visage du spectateur sont alors à relativiser : à l'époque des Goonies ou des premiers pas de Spielberg ou Wes Craven dans le cinéma grand public, l'auteur du roman est un compagnon de route fréquent qui utilise une écriture fidèle à son temps. On peut même se demander si l'adaptation de 1990 ne jouait déjà pas sur la nostalgie des parents pour leur enfance dans la fin des années '50, ou si l'engouement du public pour des projets comme It n'est pas au départ un pur plaisir de redécouverte, qui nous ramène à des matinées VHS devant les films d'Amblin ou les premières pétoches des films de monstre de l'époque. En somme si le studio aura compris où est son intérêt, on aurait tort de réduire It à un Stranger Things de deux heures et quart, le film étant au départ assez honnête dans ses intentions.

 
Puisque si le départ de Fukunaga (encore crédité au scénario) est apparemment lié à des conflits de vision, difficile de voir où le studio a infléchi les idées d'Andy Muschetti. Avec entre les mains le joujou rêvé pour un metteur en scène de l'horreur (un clown polymorphe capable de tout), celui-ci se fait plaisir et offre une expérience généreuse qui emprunte à différents genres. Film de fantômes, film de zombies, film de possession, Ça est un monstre créatif qui donne beaucoup à voir - avec des hauts et des bas, on sent un budget qui a tiré la langue sur les incrustations et les plans VFX,. Muschietti soigne ses ambiances en jouant sur différents tableaux, une bande sonore excellente, le symbole du ballon ou le regard perçant de Pennywise. On peut regretter que certaines de ses meilleures trouvailles se soient retrouvées dans les trailers, mais l'effet en salles n'en perd rien de marquant.   

Ce genre de choix de mise en scène déroutera peut-être les fans d'une horreur plus classique. Le film compacte volontairement une façon ancienne et moderne de générer la peur, et si toutes les idées ne se valent pas, chaque scène est renforcée par le charisme terrifiant de son monstre coloré. Par endroits, un trop plein de Ça s'additionne dans le montage et donne à voir un rendu de quasi-film à sketchs, à la fois un défaut et une qualité, tant les équipes semblent avoir voulu montrer la pleine mesure de leur bestiole sadique et tourner autant que possible - jusqu'à cummuler un quart d'heure de scènes bonus qui n'arriveront que plus tard, en director's cut. Des hommages aux Griffes de la Nuit se promènent çà et là, à Polthergeist ou à l'histoire même du film de clown, et l'impression qui ressort au fil du visionnage et bien celle d'un métrage entier et authentique, à défaut d'être exempt de tout reproche.
  

C'est là que le succès historique de It et son maigre budget remettent sur la table une question que le cinéma moderne mériterait de se poser. Un raisonnement simple : moins d'argent mis en jeu, moins de prise de risques, moins de directives de production et donc plus de place laissé à l'artistique et aux idées. A aucun moment le scénario ne glisse de séquences de la seconde époque, fonctionnant comme un véritable stand-alone, comme si pour une fois le studio avait choisi de mettre les boeufs avant la charrue. Autorisé à un montage plutôt ample et à ne pas polir ses idées (avec des vrais morceaux de violence graphique), It avance à contre-courant du fonctionnement habituel des recyclages hollywoodiens. Sincère et créatif envers les originaux, à l'instar des bons remakes des films de Romero, on le comprend comme un démonstration de la collaboration (perfectible) d'un studio et d'un cinéaste, quand la peur de l'investissement est enfin débloquée.

On retrouve des défauts qui hérissent le poil de la génération anti-Abrams, comme l'hommage perpétuel au cinéma des années 80, les détails visuels qui ancrent l'époque, une obsession pour l'écriture à la Spielberg et ses gosses à vélo, et l'incapacité de l'ensemble à trouver un ton réellement novateur. On peut se poser la question de savoir si, après plus d'une décennie à ressortir les vieilles franchises du placard, les créateurs modernes sont moins des inventeurs que des archéologues de génies, ou bien si la créativité ne se porte pas sur d'autres terrains. Les fans les plus absolus de King trouveront une nouvelle fois dommage d'éluder les concepts les plus pointus de l'écriture de Ça, mais dans l'ensemble on est ici en face d'un très bon film. Qui flotte bien comme il faut. 

It d'Andy Muschietti fait du bien. Au sortir d'un été où les sorties les plus intéressantes n'étaient pas nécessairement les films de commandes routiniers, après l'autre succès surprise de Get Out et en attendant Blade Runner 2049, le film met le doigt sur les anomalies du système digestif hollywoodien et de comment rendre (vraiment) hommage aux classiques. Respectueux, travaillé et vraiment effrayant, on le reçoit comme une expérience rafraichissante et une plongée en enfance à l'époque où Tim Curry mangeait des enfants et où Stephen King espérait un jour adapter La Tour Sombre. Presque ironiquement, le film fait du bien à l'auteur et ses fans, qui n'ont désormais plus qu'à attendre une suite du même acabit. 


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