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Blade Runner 2049, la critique

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ReviewLe 05 Oct
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9 /10
On a aimé
• Un prolongement astucieux de l'original
• Une richesse thématique folle
• D'une beauté à couper le souffle
• Un casting impeccable
On a moins aimé
• La musique, trop générique

Comment succéder à un film aussi culte que Blade Runner ? Un film qu'on considère volontiers comme le plus influent de l'histoire de la science-fiction. Un film qui a mis des années à obtenir sa forme finale, gagnant à chaque version un nouveau degré de culte. Un film qui continue de diviser les fans autour de questions instaurées au rang de mythe. La réponse à toute ces questions ? Elle est simple : on ne succède pas à Blade Runner.

On devinera très vite les intentions de Denis Villeneuve, Hampton Fancher (déjà à l'œuvre sur l'original) et Michael Green (scénariste de Logan), qui dès la première scène, nous font comprendre que Blade Runner 2049 prendra le contre-pied de son aîné. Une approche à peine camouflée par la séquence en question, qui rappelle ce que Ridley Scott avait en tête pour ouvrir le film original il y a trente années et quelques cacahuètes de cela.
 
Un recyclage comme on en voit souvent à Hollywood ces derniers temps. Après tout, Star Wars a élevé cette technique au rang d'art avec les concepts de Ralph McQuarrie, par exemple. Mais il faut se souvenir que comme pour celui qui pourrait sauver notre planète, le recyclage artistique peut avoir du bon, notamment lorsqu'il transforme un objet en autre, flambant neuf. Et si on ne peut pas comparer les deux films à une simple bouteille de plastique recyclée en une couette moelleuse, la transformation qui s'opère entre Blade Runner et 2049 est au moins aussi spectaculaire, car dans le film de Denis Villeneuve, rien ne se perd, tout se transcende.
 
 
Comme le veut l'adage américain, conflict is drama. Autrement dit, c'est du conflit que naît l'histoire. Et si l'intrigue de Blade Runner 2049 nous présentera bien des affrontements alors que l'agent K. (Ryan Gosling) attaque son enquête, c'est finalement l'opposition permanente entre les thèmes qui nourrissaient l'original, très proches des obsessions de la filmographie de Scott et ceux qui dirigent la suite, pleine de réflexions qu'on retrouve régulièrement dans les films de Villeneuve, qui génère l'intrigue si addictive de ce nouveau Blade Runner. 2049 est d'ailleurs en opposition quasi permanente avec son aîné, mais pas par insolence, par nécessité. En développant son film au dessus du métrage de Ridley Scott - ce qui se traduit, littéralement, par un monde plus vaste ou encore, des plans plus aériens - Villeneuve sort de l'ombre de l'original et de sa gigantesque influence, à laquelle on pensait pas pouvoir échapper.

A l'heure où il est bon de ton de s'acharner sur la nostalgie, il faudra donc saluer la distance que prend Villeneuve avec l'original, qu'il finit par nous faire oublier. Une manière surprenante de transcender le métrage de Scott, et c'est peut-être là le plus grand twist du film d'ailleurs. Pourtant, l'opération fonctionne. Si l'on ne reconnaît pas toujours le monde bâti par le britannique et ses équipes trois décennies plus tôt, on comprend ses évolutions, qu'elles soient esthétiques ou narratives, car elles sont toutes au service d'une densité thématique qui n'aurait presque rien à envier au premier Blade Runner original, si celui-ci n'avait pas déjà le poids des années pour lui. Là où le premier film était granuleux, surpeuplé et sale, le second est ainsi épuré, millimétré et la plupart du temps, très propre. Là où le premier film était vaporeux et quelque peu décousu, sa suite est beaucoup plus longue, tenue et classique, dans sa narration. Mais ce sont justement ces pieds de nez répétés à l'original qui maintient les enjeux de Blade Runner 2049 au sommet.
 
Dansant systématiquement sur un fil tendu entre la nostalgie et l'insolence, Denis Villeneuve réussit un vrai miracle, celui de prolonger non seulement l'intrigue, mais aussi le monde de Blade Runner, sans jamais précipiter les éléments de l'original dans son récit. C'est ainsi, et comme le réalisateur l'avait annoncé d'ailleurs, que la question de la nature de Rick Deckard (Harrison Ford), devient secondaire. Comme si le meilleur moyen de rendre hommage à l'original n'était pas de rappeler sa nature mythologique, comme l'a fait J.J.Abrams sur Star Wars, par exemple, mais bien de lui murmurer à l'oreille qu'il n'est qu'un film parmi d'autres, et que ses thèmes, aussi pertinents soient-ils, évoluent avec le temps. Tel l'esclave qui chuchotaiet aux généraux triomphants à Rome, Blade Runner 2049 salue son aîné, mais sans le ménager. Une approche tout à fait inédite, mais bluffante, d'autant que le film semble avoit été conçu dans ses moindres détails.
 
 
Du casting - assez irréprochable si l'on accepte un Jared Leto et un Harrison Ford trop fidèles à eux-mêmes -  à la superbe photographie signée Roger Deakins en passant par l'apparition de nouvelles technologies à l'écran, tout semble être étudié pour rétablir l'équilibre des forces entre l'insubmersible original et son innatendue suite. On se prend ainsi immédiatement d'affection pour K, incarné par un Ryan Golsing impérial, et on se perd dans la miriade de détails qui sont offert à nos yeux, commes les technologies qui entourent le personnage de Joy (Ana de Armas) ou celles qui régissent le monde en dehors (ou au cœur même) de Los Angeles, qui ne sont pas sans rappeler la folie visuel d'un Moebius ou de la saga des Méta-Barons, seuls référentiels qui me viennent à l'esprit devant la grandiloquence justifiée de cet opus.

Car non content de réussir l'impossible, à savoir : offrir une suite digne de ce nom à Blade Runner, Blade Runner 2049 nous présente un univers plus riche encore, où sont abordées de nouvelles thématiques, diablement actuelles malgré le rétro-furisme ambiant et les codes bâtis par un premier film à l'influence incommensurable. Ajoutez à cela de nombreux personnages, qui échappent à leur fonction pour devenir, en quelques minutes seulement, des membres emblématiques de ce fol univers, et vous obtenez une expérience de cinéma rare, où l'audace rime avec le respect, où le changement devient fidélité. Un paradoxe ambiant qui ne peut signifier qu'une chose : l'anomalie qu'est Blade Runner 2049 est faite pour durer. 
 
Et ça tombe bien, puisqu'il y a dans ces près de trois heures de film une quantité folle d'éléments à analyser. Le seul qui fera d'ailleurs défaut à Denis Villeneuve sera la musique, composée par Hans Zimmer et Benjamin Wallfish, venus aider à la hâte, et parfois sans trop d'inspiration, un Johan Johansson qui avait la lourde tâche de reprendre le flambeau de l'inimitable Vangelis. Si en soit, on leur pardonera cet éceuil, il est vrai que la bande-son est finalement bien trop générique pour accompagner les images à couper le souffle de Roger Deakins et l'audace de Denis Villeneuve. Dommage, mais pas rédhibitoire.
 
 
Blade Runner 2049 est l'incarnation la plus récente de la race des seigneurs des films hollywoodiens : les suites qui transcendent l'original. Plein d'audace et d'inventivité, le métrage de Denis Villeneuve impressionne en ne rougissant jamais face à l'original, qu'il traite avec un respect des plus purs, vierge de toute nostalgie ou d'insolence. Il est assurément impossible de synthétiser en quelques mots l'incroyable densité de l'œuvre rendue par le réalisateur de Sicario et Arrival, et encore plus délicat de le faire sans vous gâcher les surprises qu'elle vous réserve, mais si une expression qualifie ce nouveau Blade Runner, c'est bien tour de force. Un terme qui a le mérite de fonctionner en français comme en anglais. Pratique pour rendre hommage à la maîtrise du réalisateur québecois, plus en forme que jamais.
 

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