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Trois romans incontournables pour découvrir Philip K. Dick

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ChroniquesLe 06 Oct
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Aujourd’hui, Philip K. Dick est connu comme une figure importante de la littérature au-delà des frontières du genre. Un peu comme Stephen King, son œuvre a influencé l’industrie cinématographique hollywoodienne, qui a repris nombre de ses romans pour les adapter avec des résultats assez divers. Pourtant le succès de l’auteur n’est pas arrivé tout de suite. Même s’il était connu du petit-milieu des amateurs de science-fiction, l’écrivain a gagné son statut d’auteur culte avec les années.

Malgré le temps, un reproche le poursuit encore aujourd’hui : son absence de style. Oui, son œuvre ne regorge pas de métaphores, ou de comparaisons. Formé à l’école du pulp, il devait écrire à la chaîne bon nombre de romans afin d’assurer sa subsistance. Sa plume s’attache avant tout à raconter une bonne histoire ce qu’il fit avec talent.

Dick est l’auteur de quarante-quatre romans et de près de cent vingt nouvelles, dans ce lot, un certain nombre ont marqué la science-fiction et la littérature dans son ensemble. Comme je l’avais fait pour Stephen King, j’ai retenu trois livres incontournables pour s’initier à cet imaginaire brillant.

• Ubik

Runciter est engagé pour enquêter sur l’intrusion d’une entreprise par des psis. Avec toute son équipe, il se rend sur la lune pour contrecarrer cette manœuvre d’espionnage psychique. Malheureusement, cette mission est un piège où Runciter se trouve blessé grièvement par l’explosion d’une bombe. Le seul moyen de préserver l’esprit du mourant est de le mettre en semi-vie. À partir de cet événement, des choses étranges vont se passer, les objets vont se détériorer sans raison apparente. Leurs formes reflueront vers un aspect antérieur, comme s’ils provenaient du passé. À l’opposé, les héros découvriront que les pièces et les billets se retrouvent à l’effigie de Runciter.

Le roman reprend des tropes assez classiques au début du récits : des êtres avec des pouvoirs psychiques, des déplacements en fusée sur la lune - bref, un 1992 bien plus cool que dans notre réalité. Mais Philip K. Dick n’en reste pas à ces archétypes, il a cette capacité à faire glisser la réalité du récit pour la remplacer par une autre en quelques mots. Il nous offre une intrigue absolument géniale, retorse, enivrante qui jusqu’à la dernière ligne ne cesse de surprendre. Ubik est le livre parfait pour découvrir Philippe K. Dick, tant tout son talent d’auteur y resplendit.

• Le Maître du Haut Château

Le Maître du Haut Château est le mètre étalon de l’uchronie par excellence. Ce roman repose sur une base simple : et si les nazis avaient gagné la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis ont été partagés entre les deux vainqueurs, la côte est pour les allemands et la côte pacifique sous domination japonaise. Roman choral qui met en scène plusieurs personnages, notamment, un antiquaire, Robert Childan, qui commerce avec de riches japonais dont un certain monsieur Tagomi. On découvre aussi au cours du récit Frank Frink, un artisan juif qui fabrique de faux objets à destination des collectionneurs. Son ex-femme, Julianna Frink, quant à elle, s’éprend d’un chauffeur italien qui s’avère être en réalité un agent nazi chargé de tuer un mystérieux écrivain qui se cache dans les Rocheuses. Hawthorne Abendsen serait l’auteur d’un livre séditieux aux yeux du Reich qui raconte une histoire où les alliés auraient gagné la guerre. Une fiction dans la fiction. L’intrigue entremêlera le destin de tous ces personnages dans un récit passionnant.

Le lecteur découvre avec fascination les contours de cette réalité historique altérée. Si le livre met du temps à s’installer, il n’en reste pas moins un grand roman qui se lit comme une errance dans un lieu dont on devine des contours qui attirent par la puissance de son intrigue autant qu’il nous repousse par la description glaçante d’un monde sous le joug nazi.

Le Maître du Haut Château est l’un des plus grands romans de science-fiction, tout simplement.

• Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? 



Rares sont les films qui viennent jeter une ombre aussi importante sur le livre à l’origine de leur adaptation. Il suffit de lire le premier chapitre pour constater la différence entre Blade Runner et Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques.

Le roman s’ouvre sur Rick Deckard qui s’éveille auprès de sa femme. Pour affronter sa journée, le héros se compose un tempérament parfait sur un orgue. C’est un appareil qui sert à se façonner une humeur. Il s’agit d’un des éléments importants que l’on ne retrouvera pas dans le film.

De la même manière, on retrouvera dans le roman divers artefacts qui permettent aux humains de se sentir plus vivants. La boîte à empathie en est un exemple. Ceux qui la possèdent ressentent dans leur intime le chemin de croix d’un nouveau christ du nom de Mercer.

Si Rick Deckard pourchasse les androïdes, ce n’est que pour toucher la prime. Il veut utiliser l’argent pour se procurer un véritable animal afin de remplacer son mouton factice.

Dans ce roman, pas d’ambiance de polar noir à la Raymond Chandler. Contrairement aux deux livres précédemment cités, Philip K. Dick ne joue pas sur la notion de réalité et son altération, ici les faux-semblants ne sont pas des illusions. Il nous conduit dans une magnifique réflexion sur l’empathie, sur ce qui différencie fondamentalement l’androïde de l’humain.

Même s’il est difficile de passer outre le film Blade Runner, il faut absolument lire ce livre, tant son sujet est traité avec intelligence. Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques sont peut-être l’un de ses plus beaux romans.

Si nous avons tendance à opposer ces deux œuvres, l’originale et son adaptation, il ne faut pas oublier qu’elles sont nées de la même glaise créatrice. Pour s’en convaincre, voilà ce que dira Philip K. Dick à David Dryer qui supervisa les effets spéciaux du film de Ridley Scott : « Comment est-ce possible ? Comment cela se peut-il ? Ce ne sont pas les mêmes images, mais la texture, la tonalité des images, je les ai vues dans ma tête lorsque j’écrivais le livre original. L’environnement est exactement le même que je l’avais imaginé. Comment avez-vous fait ça ? Comment saviez-vous ce que je ressentais et pensais ? »

• Bonus :

Si vous souhaitez avoir un livre sur l’œuvre de Dick, je vous conseille de découvrir le guide d’Étienne Barillier, Le Petit Guide à Trimballer de Philip K. Dick, paru aux éditions ActuSF. C’est un petit bouquin très pratique qui permet d’avoir un vaste panorama de l’œuvre et de la vie de cet auteur majeur de la littérature.

Philip K. Dick est l’auteur de nombres d’autres grands romans. Son imaginaire a influencé la fiction de manière profonde et peut-être aussi notre réalité : comme les précogs de ses livres, il a eu des intuitions merveilleuses sur la dérive de nos sociétés. Peut-être moins sensible qu’Orwell ou Huxley, mais suffisamment tout de même pour se demander si nous ne sommes pas, nous-mêmes, coincés dans une de ses fictions.


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Philip K. Dick Littérature Ubik Le Maître du Haut Château Blade Runner Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques
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