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La Cinquième Saison, la critique

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ReviewLe 14 Oct
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9 /10
On a aimé
• La représentation de la diversité
• L'héroïne
• La relation entre Syènite et Albâtre
• L'univers
• L'usage de la deuxième personne du pluriel
On a moins aimé
• Un prologue un peu obscur
• Le fait qu'on ait parfois l'impression que la quête de vengeance de l'héroïne passe au second plan.

Essun habite dans une petite ville reculée. Elle a cru qu’elle pouvait vivre en cachant ce qu’elle était. Un être ostracisé par la société à cause de ses pouvoirs. Une orogène. Malheureusement, elle a transmis sa malédiction à ses enfants. Son mari l’a découvert. Il a battu à mort son plus jeune fils et s’est enfui avec leur fille. Qu’importe que le plus grand cataclysme sur la planète se prépare, que la terre tremble, que les volcans explosent. Rien n’arrêtera cette femme dans sa quête de vengeance. Elle compte bien retrouver sa fille et tuer son mari.

La cinquième saison est le premier volume du cycle des Livres de la Terre Fracturée primé en 2016 du prestigieux prix Hugo. En bien ou mal, le lecteur juge le livre à l’aune de ces distinctions. Malgré quelques défauts, ce roman mérite les honneurs dont on l’a couvert. N.K. Jemisin propose un récit poignant qui officie comme un rollercoaster émotionnel jusqu’à la dernière page.

Pourtant il est difficile de rentrer pleinement dans ce livre. Le prologue qui l’ouvre est quelque peu obscur. Il sert à contextualiser l’histoire. Les informations s’enchaînent les unes derrière les autres. Tout d’abord, l’autrice suggère en quelques phrases le drame qui touche l’héroïne, puis elle explique la particularité géologique de cette planète capricieuse qui peut, d’un coup de colère, rayer de la carte une civilisation. Elle évoque aussi la présence d’étranges obélisques. Même si l’on peut se sentir étourdi par ce flot de détails, l’univers est suffisamment original pour chercher à en percer ses mystères. Une fois passé ce préambule, il suffit de la première ligne du premier chapitre pour oublier la difficulté à pénétrer les arcanes de ce livre et se retrouver happé, par un procédé stylistique absolument génial.

"Vous êtes elle. Elle est vous. Vous êtes Essun. Vous n’avez pas oublié ? La Femme qui a perdu son fils. Vous êtes une orogène et vous vivez depuis dix ans à Tirimo, cette petite ville de rien du tout."

Voilà ce que peut faire la littérature et ce que ne pourront jamais réaliser les autres médias : créer une communion entre un personnage et son lecteur en l’espace d’un instant. N.K. Jemisin usera de la deuxième personne du pluriel pour raconter le périple d’Essun. Et ça marche, elle façonne un lien empathique fort. Quelle que soit l’identité du lecteur, nous devenons cette femme de quarante-deux ans. Nous ressentons à l’intérieur de nous même l’injustice d’avoir perdu son enfant. Nous sommes sa colère et son désir de vengeance puisqu’elle est nous. Avec cet usage du "vous", la distance entre le lecteur et le personnage est réduite au micron.

Malheureusement, le sentiment de se fondre avec l’héroïne, un peu comme dans un jeu de rôle, sera altéré par la présence de deux autres lignes narratives qui entrecouperont les chapitres focalisés sur Essun. On suivra ainsi le destin de Damaya, une fillette vendue par ses parents parce qu’elle est une orogène. En parallèle, on découvrira aussi Syènite, une jeune femme au service de l’empire le plus important du continent qui devra accompagner Albâtre, l’orogène le plus puissant du Fixe, dans une mission classique pour les gens de leur ordre. Utiliser le pouvoir qu’ils exercent sur la croûte terrestre pour libérer un port de l’amas de coraux qui l’obstrue et nuit à son commerce.

Chacune de ses trois trames permettra de rentrer un peu plus en profondeur l’univers original qu’a créé N.K. Jemisin.

Derrière cette volée d’éloge que mérite ce roman, il ne faut pas négliger un défaut majeur. Le livre s’ouvre sur un élément perturbateur fort : Essun découvre que son mari a massacré à coup de poing le plus jeune de ses fils parce qu’il s’est rendu compte qu’il était un orogène. Elle décide de se venger. Elle part à sa recherche afin de sauver aussi sa fille qu’il lui a enlevée. Cet évènement sera le principal moteur de la détermination de l’héroïne. Pourtant au fil du roman, même si les raisons qui poussent Essun à braver mille dangers resteront comme un détail important, elles n’apparaîtront qu’en arrière-plan, comme un motif tout au plus, comme s’il n’était rien d’autre qu’un outil d’écrivain pour justifier l’histoire.

La cause de cette mise en sourdine de la détermination de l’héroïne peut s’expliquer par la profusion de thèmes qui irriguent cette œuvre, comme la ségrégation, la liberté, etc. Chaque chapitre apportera son lot de moments forts. Jamais l’attention du lecteur ne faiblira tant N.K. Jemisin nous fait découvrir une aventure qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière ligne.

Si vous croyez que la fantasy n’est composée que de dragons, d’épées et de batailles sanglantes, vous vous trompez. N.K. Jemisin nous le prouve avec maestria. Elle nous plonge littéralement dans un univers cohérent, une sorte de Pangée à l’aube de l’apocalypse, où magie et mystère officient comme des moteurs redoutables. On suit le destin de trois femmes puissantes à des âges différents, trois orogènes, des sorcières haïes pour être nées telles qu’elles sont. Le lecteur les accompagne dans une aventure mouvementée qui ne pourra laisser personne insensible. Car au fil des pages, il aura ressenti mille sentiments jusqu’à éprouver de la frustration lorsqu’au terme du livre il se rendra compte qu’il devra attendre le prochain volume pour découvrir la suite.

Galerie Photo La Cinquième Saison, la critique

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