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1922, la critique

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ReviewLe 24 Oct
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7 /10
On a aimé
• Ne perd pas de temps en exposition
• Ecriture très efficace
• Thomas Jane, excellent
On a moins aimé
• Le rythme s'essouffle
• Un parti pris curieux pour la fin

L'année 2017 aura été riche en adaptations de Stephen King et Netflix a démarré son entrée dans le domaine avec un Jessie franchement convaincant. Il était donc assez naturel d'avoir quelques attentes pour 1922, et le résultat, peut-être moins réussi, montre en tout cas que le géant américain à de quoi convaincre bien plus que certains de ses concurrents du grand écran.

Dans l'oeuvre du romancier Stephen King, 1922 remonte à peu de temps puisqu'il faut remonter à 2010 et la publication du recueil Nuit noire, étoiles mortes pour la retrouver. L'histoire s'attache à une famille américaine du Nebraska (état au centre des US) dont le quotidien va être changé à jamais durant l'année 1922. La famille s'apprête à se déchirer en effet pour une question de territoire et l'envie d'Arlette de quitter la ferme qu'elle occupe avec son mari Wilfred et leur fils James. Elle souhaite revendre ses terres, dont elle a hérité, pour refaire sa vie en ville - et par la même occasion donner une seconde chance à son couple en déclin. Mais comme le dit Wilfred, en 1922, l'honneur d'un  homme se trouve dans son patrimoine et sa descendance. Et si une femme essaie de vous enlever les deux d'un coup...

Un contexte de départ posé rapidement et assez simple, le réalisateur Zak Hilditch (responsable du troublant post-apo The Final Hours) ne s'embarrassant pas de trop d'exposition. On sent rapidement les tensions dans cette famille et l'on se doute rapidement que le cours de l'histoire va verser dans une certaine horreur, en grande partie psychologique. Il n'y aura donc pas à attendre longtemps pour que l'histoire ne s'emballe, offrant quelques moments délicieusement glaçants, dans une violence crue qui n'en fait pas trop. Les actes de Wilfred viendront poursuivre le personnage pendant le reste du long métrage, des touches de fantastique venant soulever la question de la santé mentale du protagoniste.

Ces quelques touches sont disséminées de façon assez équilibrée, le rapport entre ce que voit le personnage et les évènements (dramatiques) ayant lieu à côté permettant d'illustrer le poids des remors de Wilfred et de faire un propos sur ce qu'on appellera communément "le retour de karma" - tout en livrant un constat amer sur ce qu'était la vie sociétale américaine au début du XXe siècle. Un chouette programme, donc, qui souffre en réalité de quelques difficultés.


Avec un démarrage très entraînant et une scène qui pourrait presque arriver en point d'orgue, on peut en effet constater un certain essouflement du film dès sa seconde moitié, qui n'arrivera jamais à remonter le niveau qu'Hilditch a insufflé dès le départ. Le réalisateur maîtrise bien mieux les tensions réelles entre ses personnages que la montée d'angoisse lorsque l'un d'eux se retrouve tout seul. La mise en scène est assez calme, ce qui pourrait convenir à l'histoire mais pêche à montrer le côté pernicieux des pensées et autres visions qui se glissent dans la tête de Wilfred, empêchant de donner un côté véritablement viscéral à sa perte de repères. Non pas qu'il n'y ait pas une certaine attention à suivre cette lente décrêpitude qui nous est proposée, mais l'ennui pointe hélas le bout de son nez. 

Et puis, il y a ce parti pris pour la toute fin du film qui ne colle pas du tout avec le reste du long métrage, en le rapprochant d'une vulgaire production façon Blumhouse (les mauvais) ; d'autant plus que la fin de la nouvelle de King restait assez évasive de côté là, ce qui en faisait toute sa force.

Pour ne pas finir sur une mauvaise note, mentionnons la bonne performance des acteurs de 1922 et plus particulièrement Thomas Jane, habitué du cinéma de genre et d'autant plus des adaptations de King (Dreamcatcher, The Mist). Ce dernier campe à la perfection son rôle de paysan façon "cul-terreux" avec un accent qu'on imagine typique d'une certaine idée de l'amérique rurale. Jane ne désserre jamais les dents et donne dans une voix rocailleuse qui rappelle curieusement un certain Tom Hardy en Bane, sans en faire des tonnes non plus. Il est dommage que les voisins et autres personnages ne possèdent pas le même type d'intonation. Mais ces derniers restent assez propres dans leur jeu, notamment le jeune Dylan Schmid qui rend avec une certaine justesse ce Henry James partagé entre ses envies, sa morale et complètement manipulé par son père. 

1922 ne réussit pas à convaincre autant que son prédecesseur Kingien sur Netflix, la faute surtout à des problèmes de rythme dans sa seconde partie et à une fin un peu trop frontale par rapport au reste du long métrage. Mais avec une histoire assez glaçante et un Thomas Jane impeccable en américain hyper rural, 1922 montre qu'il y a vraiment un bon potentiel derrière les choix d'adaptations de King par le géant américain. Mention avec encouragements donc, en attendant le prochain.


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