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Rencontre avec François Baranger, illustrateur de l'Appel de Cthulhu

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InterviewLe 26 Oct
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Comment adapter l'inadaptable ? C'est une question qui a traversé l'esprit de plus d'un artiste ambitieux, et ça tombe bien, puisque nous recevons aujourd'hui François Baranger, illustrateur et concept-artist qui s'est attaqué à une adaptation en images de l'Appel Cthulhu, sans doute l'œuvre la plus connue du génial H. P. Lovecraft.

Mais avant d'en savoir un peu plus sur ce projet, revenons sur sa genèse. Cette adaptation de l'Appel de Cthulhu a commencé dans les bureaux des éditions Bragelonne, comme le précise Stéphane Marsan, l'un des fondateur de la maison :
 
"Je connaissais les talents d'illustrateur de François grâce à quelques couvertures qu'il avait faites pour nous, ainsi que ses talents d'écrivain avec son thriller début du siècle mâtiné d'étrangeté, L'Effet Domino, que nous avons publié."
 
La rencontre entre les deux hommes a amorcé le projet, qui a passé la seconde lorsque Stéphane Marsan, en grand amoureux de Lovecraft, a été intrigué par l'envie de François Baranger de traduire l'imaginaire de l'auteur en images. Un sacré défi, mais l'audace de l'artiste a du taper dans l'œil de l'éditeur, depuis conquis, tout comme nous d'ailleurs, comme vous le verrez dans notre critique maison.

"Je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi grandiose et une exécution aussi minutieuse.  J'ai été absolument ébloui"
 
Maintenant que vous en savez un peu plus sur le parcours de ce projet des plus ambitieux, plongeons la tête la première dans les eaux où les monstres de Lovecraft vivent, et où François va chercher son inspiration.
 

• Bonjour François ! Depuis quand un Cthulhu illustré te trottait dans la tête et comment tu gérais cette envie ?

Comme beaucoup, j’ai fait connaissance avec Lovecraft par l’intermédiaire du jeu de rôle L’appel de Cthulhu, alors qu’il venait d’arriver en France dans les années 80. D'une certaine manière, j’ai même commencé à lire les nouvelles dans l’idée de devenir un meilleur joueur ! Bien entendu, j’ai été immédiatement séduit par l’univers et par le style si particulier de l’auteur. Et je n’en suis jamais vraiment sorti. Même si j’ai parfois laissé passer de longues périodes sans le lire, j’y suis toujours revenu un jour ou l’autre.

Or, comme j’ai toujours dessiné, j’ai tout de suite commencé à tenter de transcrire l’univers de Lovecraft en images. Au départ, encore influencé par l’univers du JDR, j’avais plutôt l’intention de réaliser un bestiaire des créatures. Puis, les années passant, l’idée de réaliser une version illustrée de ses nouvelles a progressivement supplanté l’intention initiale. Il y a énormément de fan-art autour de Lovecraft sur le net, et, même s’il y a de très belles images, je n’en voyais jamais qui correspondaient à ma vision de cet univers. Quelque chose de plus sobre, moins JDR, plus cinématographique. Alors, un jour, j’ai franchi le pas. Puisque personne n’avait encore tenté une version intégralement illustrée, c’était à moi de le faire !

• La question suivante a dû t'être posée des milliers de fois. Mais, comme bien des œuvres, L'Appel de Cthulhu est réputé pour être inadaptable. Est-ce que tu es de cet avis et si c'est le cas, comment as-tu géré la pression jetée par une telle réputation ?

L’opinion très répandue selon laquelle Lovecraft est un écrivain de la suggestion, de l’indicible est, selon moi, réductrice. Même si cet aspect est très présent dans son œuvre (les choses tapies dans l’ombre, qu’on ne peut décrire parce qu’elles rendent fous ceux qui les voient), il existe un autre pan de son style que je qualifierai d’épique. Les descriptions de créatures titanesques, pardon, "cyclopéennes", et de cités perdues aux proportions bibliques abondent dans certaines nouvelles, et parfois avec des descriptions fourmillant de détails. L’appel de Cthulhu, comme la plupart des "grandes" nouvelles, se range dans cette catégorie. Combien de fois en la lisant n’ai-je pas rêvé de voir ces images littéraires traduites visuellement, notamment sur grand-écran. En résumé, même s’il est vrai que le "Lovecraft suggéré" est difficile à retranscrire en illustration, ce n’est pas le cas du "Lovecraft épique" qui, au contraire, s’y prête très bien.


• Tu as travaillé en tant que concept-artist pour le cinéma et le jeu-vidéo. Est-ce qu'adapter l'Appel de Cthulhu peut-être comparé à cette facette-là de ton œuvre ? Au sens où tu appliques les mêmes techniques ? Par exemple je me demandais si tu étais passé par de nombreux croquis préparatoires ou des variantes avant de livrer telle ou telle illustration, si tu décortiquais le texte de Lovecraft comme un scénario, etc.

C’est tout à fait exact. Pour cette adaptation, j’ai procédé comme pour la pré-production d’un film. D’une certaine manière, j’ai fait comme si Lovecraft était un réalisateur qui venait de m’embaucher pour créer les concept-arts de son histoire. J’ai donc relu la nouvelle comme si c’était un scénario, en sélectionnant les parties qu’il était important d’illustrer, puis j’ai opéré un tri pour que le projet soit viable (je ne pouvais pas faire 120 illustrations comme ça m’est arrivé sur certaines productions, sans quoi le livre aurait pris dix ans de travail et aurait coûté 80 euros…). Comme avec n’importe quel réalisateur, j’ai essayé de me glisser dans l’esprit de l’auteur (en termes visuels, j’entends) afin de retranscrire au mieux son univers. C’est pourquoi, au final, ma version est très orthodoxe : je n’ai pas essayé de moderniser Lovecraft, mais de m’en tenir à ses descriptions, à la lettre.

En termes techniques, je n’ai pas appliqué de processus différent de mes habitudes de travail. Je commence par des croquis noir et blancs très simples. Lorsque j’en ai un qui me convient, je cherche la lumière et la gamme colorée. La lumière est très importante pour moi, c’est souvent elle qui dicte la composition, par exemple. Ensuite je passe à l’exécution proprement dite, qui est intégralement numérique. Je peins sur tablette et dans Photoshop. Une fois l’image assez aboutie, je rehausse certaines parties à l’aide de textures photo, en prenant soin de bien les fondre dans l’illustration. Un des défauts courants de l’illustration numérique est la mauvaise intégration des différentes techniques employées. J’essaye d’être très attentif à ça.

• Les œuvres de Lovecraft sont un univers à part entière. Pourtant, cet univers dépend fortement de l'imagination du lecteur, étant donné que les adaptations de Lovecraft n'ont jamais atteint le (très grand) public. Du coup, j'aurais aimé savoir si tu t'étais basé sur ta propre interprétation de l'Appel de Cthulhu, ou si tu avais consulté ce qui entoure cette œuvre, pour t'en inspirer ou au contraire t'en éloigner ?

J'ai évidemment vu beaucoup d’images sur les univers de Lovecraft, le net en est plein. J’ai vu beaucoup de choses excellentes, d’autres moins bonnes aussi, il faut bien le dire. Mais je n’ai jamais vu de représentation qui me satisfasse pleinement, qui corresponde à ce que j’avais en tête, sans quoi je n’aurais pas fait ce livre ! Du coup, même si j’ai nécessairement été influencé par tout ce que j’ai vu, j’ai plutôt cherché à m’en détacher et à chercher ma propre voie, comme John Howe l’avait fait sur l’univers de Tokien.


• Dans le même ordre d'idée, je me demandais s'il y avait des références ou des influences non Lovecraftiennes qui avaient pu t'aider dans cette tâche ? Comme une musique, un réalisateur, quoi que ce soit ?

En musique, fastoche, il y a Call of Ktulu de Metallica ! Plus sérieusement, mes principales influences visuelles sont à chercher surtout dans le cinéma. Le sens pictural d’un réalisateur comme Ridley Scott, par exemple, n’est jamais très loin dans mon esprit lorsque je compose une image. Il y a aussi une parenté évidente entre mes images et certains peintres "pompiers" du XIXe comme Jean-Léon Gérome.

• Enfin, je terminerais sur tes prochains projets. Je crois savoir que tu travailles sur le prochain Christophe Gans en tant que concept-artist ? Mais as-tu des nouveaux romans en projets ? Ou même l'envie de t'attaquer à une autre œuvre, de Lovecraft ou non ?

Je travaille en effet sur le prochain film de Christophe, qui sera une adaptation live de Corto Maltese. Concernant l’écriture, mon prochain roman, déjà écrit pour moitié, a malheureusement pris beaucoup de retard, en grande partie à cause du projet Cthulhu. Quant à la suite de mes aventures lovecraftiennes, j’aimerais en effet enchaîner directement avec la mise en image d’une autre nouvelle, mais je n’ai pas encore décidé laquelle (même s’il y a de fortes chances qu’elle se déroule au pôle sud…).

• Et bien merci pour toutes ces précisions, on suivra ça de très près !

En attendant une nouvelle adaptation de Lovecraft, vous pouvez découvrir L'Appel de Cthulhu illustré aux éditions Bragelonne, pour 25 petits euros. On vous recommande notamment de suivre François Baranger sur son site personnel.


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