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Leatherface, la critique

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ReviewLe 31 Oct
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5 /10
On a aimé
• Joue intelligemment avec l'idée de l'origin story
• Un travail sur l'esthétique souvent réussi
• Le complément à la saga
On a moins aimé
• Porte mal son titre
• Veut trop en faire en trop peu de temps
• Toute une batterie d'erreurs grossières
• La distribution, aux fraises

Si pas mal d'analystes du cinéma aiment à répéter que 2017 marque le retour au premier rang de l'horreur, le succès de It ou Get Out doit être relativisé. Jolis arbres devant une forêt un poil biscornue, les phénomènes que sont devenus ces deux films sont davantage des prospectives sur les directions qu'Hollywood prendra demain - et aujourd'hui, on fait ce qu'on a toujours fait. De l'exploitation, du boulot d'auteur en indépendant, de sympathiques séries B ou des délires éparses, et, bien évidemment, des continuations de franchises. Bienvenue dans la ferme des Sawyer, agréables cannibales américains, dans ce huitième opus de la saga Massacre à la Tronçonneuse.

Commençons par un peu d'histoire. Le Texas Chainsaw Massacre original de Tobe Hooper sort en 1974 et servira de rampe de lancement au cinéaste, à l'époque seulement auteur de deux films à petit budget. Hooper vise une classification honnête pour s'assurer que le film sera vu, et se limite donc en termes d'effets de violence. La structure effrayante de ce-dernier passe surtout par les ambiances, l'impression de cauchemar éveillé duquel on ne peut pas s'enfuir, et une iconographie crasseuse qui marquera beaucoup à l'époque. 

 

Mais là où une génération plus loin, le public qui aura grandi avec Michael Myers ou Jason Voorhees pense reconnaître dans Leatherface, le tueur à la tronçonneuse, un vilain iconique de l'école slasher, il n'en est rien. A l'image d'autres séries qui seront parties trop loin, la qualité de Massacre à la Tronçonneuse en tant que franchise est usurpée : il s'agit bien d'un film d'auteur, bien plus réfléchi que le courant du cinéma d'exploitation que lancera plus tard Sean S. Cunningham après le premier Vendredi 13. Et pour cause, la suite sera aussi réalisée par Tobe Hooper, qui incorporera une nuance de tons et des thèmes différents, comme une réflexion sur son propre travail dans le premier.
 
Mais le cinéma d'horreur étant ce qu'il est, Massacre à la Tronçonneuse connaîtra toutes les erreurs des franchises auto-proclamées. De mauvaises suites, un remake, une origin story, un passage par l'humour (avec Matthew McConaughey, oui oui) et une tentative de relance au pic du cinéma en 3D. Aujourd'hui, la franchise sort son nouvel opus, Leatherface, et le bilan est un peu plus cordial. Le film n'est pas un ratage, propose un concept intéressant, mais ne se départit pas des failles propres à son mécanisme de production. Ce cours d'histoire étant terminé, parlons de Leatherface en cette belle période d'Halloween pertinente pour le moindre petit frisson.
 

 
Le film s'ouvre sur un retour dans l'enfance de Jed Sawyer, et sa famille de cannibales. Après que ceux-ci aient tués la fille du shérif local, ce-dernier incapable de prouver quoi que ce soit se venge de maman Sawyer en envoyant sous d'obscurs prétextes ses fils à l'hôpital psychiatrique jusqu'à leur majorité. L'enjeu sera de reconnecter au présupposé du premier film de 1974 en passant par une série d'étapes plus ou moins superflues. Mais l'intérêt est posé, puisque le gap de dix ans qui sépare l'internement de Jed Sawyer à son premier meurtre pose la question : mais en fait, c'est qui, Leatherface ?
 
Parce que le personnage fonctionne comme une coquille vide, et ce dès l'original de Hooper. Le véritable méchant de la famille, c'est la mère, le tueur n'étant qu'un bras armé naïf et muet, incapable de prendre des initiatives, pas réellement traversé par une volonté meurtrière quelconque, et au demeurant, plutôt simplet. Donc, raconter les origines de ce personnage était un pari intéressant, puisqu'en définitive on se moque pas mal de savoir s'il a été battu ou élevé dans la fange pour en arriver là : le cerveau, l'âme meurtrière des Sawyer, ce n'est pas lui. Il serait presque plus intéressant de raconter l'enfance de la génération du dessus, celle qui a enfanté le sémillant avatar masqué du crime et de la démence, si on voulait expliquer quoi que ce soit.
 

 
C'est là que les réalisateurs Julien Maury et Alexandre Bustillo ont eu une bonne idée. Faire de ce film une sorte de "qui qui c'est le méchant ?", en proposant une série de portraits de Leatherface potentiels et en jouant sur la curiosité du spectateur qui cherche du regard lequel des protagonistes finira une tronçonneuse dans les mains. Un concept intéressant qui joue souvent sur de fausses pistes, et surtout, la seule chose pertinente à faire avec ce personnage. Problème, le film porte du coup assez mal son nom et s'intègre d'ailleurs difficilement dans l'ambiance des deux premiers, en plus de s'égarer dans les limites du projet. Parce qu'en cherchant à rendre le héros plus incertain, ils créent un film lui aussi très incertain.
 
On passe à travers différents genres : le film d'horreur dans hôpital psychiatrique, le film d'horreur où on suit des dégénérés dans un road trip, le film d'horreur à scream queen, le film d'horreur avec la famille de sadiques dans un coin paumé, et le film d'horreur qui raconte pourquoi le méchant est devenu méchant. Tout un tas de répertoires qui juxtaposent des effets visuels souvent intéressants, on peut même s'amuser à penser que le fait que les réalisateurs soient bien de chez nous ramène un effet jauni et un travail sur les courtes focales à la Jean-Pierre Jeunet période Delicatessen (interprétation personnelle). Le travail visuel est là, et souvent plutôt agréable à travers deux trois scènes (de type nécrophilie) difficiles à expliquer mais tout de même réussies. Mais le film veut en faire trop en trop peu de temps et se heurte à l'ambition de producteurs qui ne voulaient, sans doute, que proposer un film d'exploitation un peu sale à sortir pour Halloween, une tradition du genre qui compartimente l'intrigue dans une petite heure et demie et livre un montage final confus (et gorgé d'approximations).
 

 
Comme chaque personnage peut ou doit être un Leatherface potentiel, exception faite de l'infirmière qui accompagne le groupe, on ne s'attache à personne. Tout le monde ou presque est un sadique amoral dans ce film qui n'arrive pas à créer d'enjeux, parce que quoi qu'il arrive ou quelles que soient les directions prises : peu importe, tout n'est qu'une série d'étapes aditionnelles pour mener au moment où l'un d'eux se mettra un masque en peau sur le visage. Les péripéties s'enchaînent comme des moments de trop, pas vraiment servies par des acteurs qui en font souvent des tonnes, des dialogues mal écrits et des personnages gorgés de clichés. Mention spéciale au duo Stephen Dorff / Finn Jones, flics ratés les plus involontairement drôles qu'on puisse trouver sur les routes du Vieux Sud. Les réalisateurs semblent presque se moquer d'eux par le choix des musiques ou des éclairages, qui sonnent comme des parodies de western avec deux interprètes qui ne savent jamais trop quoi donner.
 
On retrouvera aussi des problèmes de mise en scène fréquents. La géométrie de certaines scènes ne marche pas, on se demande ce qu'attend tel ou tel personnage pour arracher son fusil à l'autre, comment l'un se retrouve à tel endroit puis à tel autre, pourquoi l'accélération du troisième acte ne respecte absolument pas l'écriture d'un personnage en particulier (difficile d'expliquer sans divulgacher, mais pour la faire courte : Leatherface lui-même n'arrive pas à se justifier), et une construction où on sent un manque de finitions évident et un format trop court. C'est bien dommage, puisque le film est en soi loin d'être une oeuvre bête d'exploitation. En effet, les réalisateurs se montrent parfois généreux, et leur le film arrive à surprendre. Mieux, il ne passe pas loin d'être plus qu'une autre série B dans la franchise.
 
Malheureusement, l'ensemble tient assez peu debout. On le recommande tout de même (déjà, parce que c'est Halloween), en tant que film-objet intéressant pour compléter la série. Le regard porté sur le personnage est suffisamment pertinent pour que les fans trouvent un intérêt à le voir, à défaut d'être celui qui aura le mieux saisi ce qu'était l'original. On reste assez loin de l'origin story besogneuse à la Hannibal Origins, mais tout de même dans le registre amer du direct-to-video. Il en ressort un gâchis assez intéressant dans la manière dont le cinéma peut aujourd'hui comprendre l'intérêt des franchises, qui donnent plus à voir que de simples effets de gore pour amateurs d'hémoglobine et arrivent à se poser deux trois questions de l'intérêt de perpétuellement tout relancer. A la manière du tournant pris récemment par les Chucky, et on l'espère, du prochain Halloween.
 
 
Donc voilà, Leatherface n'est pas une catastrophe, mais ce n'était clairement pas la peine de le vendre à ce point là. Il est probable que le studio aura poussé pour rendre une copie nette pour profiter des fêtes, ou bien plus inquiétant, que la mort de Tobe Hooper ait précipité le besoin de surfer sur le nom de la saga. Mais l'un dans l'autre, Maury et Bustillo se sont motivés pour proposer un ensemble qui marche (en boîtant) et plus que le délire de genre né après Massacre à la Tronçonneuse 2 et dont plus personne n'a vraiment envie. C'est un film honnête mais biscornu, indéfendable sur la direction d'acteurs et les dialogues, mais qui propose quelque chose d'intéressant et de souvent très joli à regarder. Donc ne vous limitez pas à la note, cela dit si vous devez regarder quelque chose pour célébrer la saison des citrouilles, on aurait plus envie de vous adresser vers l'original de 1974.

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Leatherface Massacre à la Tronçonneuse Tobe Hooper Julien Maury Alexandre Bustillo origin story Préquelle
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