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La Belle Sauvage, de Philip Pullman (À la Croisée des Mondes), la critique

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ReviewLe 16 Nov
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7 /10
On a aimé
• Le sens de l'aventure et du merveilleux
• Retourner dans l'univers d'À la croisée des mondes
• Malcolm, le héros
On a moins aimé
• Le personnage d'Alice
• La fin un peu molle

Malcolm est un jeune garçon qui vit avec ses parents, aubergistes à Oxford. Il les aide dans leur activité en débarrassant les tables ou en servant les clients. Au cours d’une soirée, il apprend que dans le couvent qu’il fréquente un bébé y est caché. De lourds secrets entourent la présence de ce nourrisson qui fait l’objet de bien des convoitises. Afin de le protéger de ceux qui lui veulent du mal, le héros et Alice qui l’accompagne n’auront d’autres choix que de fuir avec l’enfant au bord d’un canoë nommé La Belle Sauvage.

La sortie de La Belle Sauvage de Philip Pullman est l’évènement littéraire, de cette fin d’année. Ce livre publié par Gallimard Jeunesse ouvre un nouveau cycle, La Trilogie de la Poussière. Les faits relatés dans ce roman sont antérieurs à ce qui se passe dans Les Royaumes du Nord.

Quel plaisir de retourner dans l’univers d’À la Croisée des Mondes !

On y découvre Malcolm. Comme Lyra, dans la précédente trilogie, il est un enfant très intelligent, mais aussi très ordinaire. Il aide ses parents à l’auberge, ainsi que les sœurs et l’ébéniste au couvent voisin. Une fois de plus, on retrouve l’une des qualités de Philip Pullman, sa capacité à créer des personnages attachants qui sont mus par des valeurs positives, comme l’amour ou l’empathie.

L’écrivain oppose à ce héros lumineux, Gérard Bonneville, un être à la fois effrayant et fascinant. Si le manichéisme est bien marqué, entre ces deux forces qui s’affrontent, l’auteur dessine aussi un univers tout en contraste pour servir son propos. Comme auparavant dans les aventures de Lyra, il montre, aussi dans ce roman, combien la place des dogmes et de l’intégrisme religieux peut pervertir une société.

En plus des thématiques communes aux livres précédents, ce nouveau récit met en scène des protagonistes bien connus, Lord Asriel et Madame Coulter. On les redécouvre dix ans auparavant à travers le regard de Malcolm. Le casting est impeccable entre les anciens et les nouveaux personnages à un détail près, le rôle que joue Alice, dans La Belle Sauvage. Dans toute la première partie de ce roman, elle existe à l’arrière-plan de l’intrigue. On sait peu de choses sur elle à part qu’elle a plutôt mauvais caractère. Elle finit par avoir une place plus importante dans la seconde partie du livre, en étant la compagne de fuite de Malcolm. Cependant, sa fonction dans le récit se réduit peu ou prou à s’occuper du bébé, se faire enlever par l’antagoniste ou encore de servir de proto « love interest » au héros. Avoir une protagoniste cantonnée à ce genre d'archétype, dans l'œuvre de Philip Pullman, est plus que surprenant, car elle se situe aux antipodes du rôle que tinrent Lyra ou Mme Coulter, dans le précédent cycle ou même de l'universitaire Hannah Relf dans ce roman. Malheureusement, le constat est là, Alice est totalement sous employé dans ce récit. Il est à espérer qu’elle gagne en matière dans les deux prochains tomes.

Malgré ce détail quelque peu rédhibitoire, Philip Pullman possède un talent de conteur incroyable. Il plonge son lecteur dans une intrigue fascinante qui ne souffre d’aucun temps mort. On se laisse emporter au fil des péripéties que traverse Malcolm. Ce roman officie comme une préquelle parfaite, il fait le lien avec la première trilogie sans la dénaturer. Pourtant, au terme de la dernière page, on ressent une certaine frustration, en dépit de toutes les graines que l’auteur a plantées pour la suite, la fin paraît fade. Mais ce constat est sans doute le sentiment du lecteur gourmand qui éprouve certains regrets au moment de dire une nouvelle fois au revoir à un univers qu’il aime tant.

S'aventurer à nouveau dans le monde riche et familier de Philip Pullman avait de quoi réjouir, mais quelques menus accrocs viennent entacher ces retrouvailles. Si on peut avoir le sentiment que la fin n’est pas assez spectaculaire à son goût, le véritable défaut se cristallise autour du rôle d’Alice. Elle aurait sans doute mérité un peu plus d’attention de la part de l’écrivain. En dépit de ces légères imperfections, la magie opère toujours. Quel plaisir de retrouver le talent de conteur de Philip Pullman ! Pas un seul instant, on ne s’ennuie en lisant la Belle Sauvage. On redécouvre tout ce qui fait la patte de l’auteur : une intrigue palpitante, un univers riche et un propos engagé. Ce livre s’adressera autant au nostalgique de la trilogie originelle qu’à tous ceux et toutes celles qui souhaiteraient s’aventurer dans ce monde merveilleux inventé par l’écrivain anglais.

Galerie Photo La Belle Sauvage, de Philip Pullman (À la Croisée des Mondes), la critique

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