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Godblind, la critique

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ReviewLe 18 Dec
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7 /10
On a aimé
• Le charisme de tous les personnages
• Un chouette univers de Dark Fantasy
On a moins aimé
• L'épisode des sous-terrains
• Le cliffhanger efficace, mais convenu

Le voile qui empêche les dieux rouges de revenir parmi les hommes est de plus en plus fin. Ces entités qui se repaissent de la souffrance humaine ont une nation de fidèles à leurs bottes qui n’espèrent qu’une chose, leur retour. Avec un nouveau roi à leur tête, ce peuple a décidé de précipiter leur venue en exterminant le pays voisin. Malheureusement, un grain de sable est susceptible de contrarier leur noir dessein. Une jeune esclave vient de s’échapper de leur rang, elle connaît leur secret. Elle sera recueillie par Dom Templeson, un puissant devin. Ces deux êtres tenteront d’enrayer le destin funeste qui pèse sur la région de Rilpor.

On ne présente plus Bragelonne, l'éditeur ayant forgé au fil des années et des parutions un solide catalogue de livres. Godblind d’Anna Stephens est sa grande nouveauté de l’automne. La première chose que l’on remarque face à ce roman c’est le soin que l’éditeur a apporté à l’objet. La magnifique illustration de Mikaël Bourgouin qui orne la jaquette donne envie de parcourir ses pages, tout autant que le pitch initial.

On devine très vite à la lecture que Godblind reprend une bonne partie des ingrédients qui ont fait le succès de la dark fantasy, ces dernières années. Comme dans Game of Thrones, chaque chapitre est focalisé sur un personnage clef du récit. Ce procédé a un avantage certain, cela permet de rester toujours au cœur de l’action. La narration est donc composée comme un puzzle, on navigue d’un point de vue à l’autre. Au fil des pages, l’autrice s’amuse avec les informations qu’elle délivre. Elle annonce quel individu est un traitre avant que les héros n’en aient eu connaissance. Elle désamorce ainsi certains éléments de surprise. Elle endort la méfiance de son lecteur, pour mieux le mystifier lorsqu’elle place un retournement de situation inopiné.

Elle use de ce procédé surtout au début du récit pendant le déploiement de l’intrigue. Une fois que les bases sont posées, on bascule sur une histoire plus guerrière. Mais les scènes de batailles, si elles sont spectaculaires et sanglantes, conduisent à la longue à un sentiment de lassitude. Le meilleur exemple de cet enlisement est l’épisode du sous-terrain qui en devient presque abracadabrantesque, à mon goût.

Toutes ces scènes de guerre amènent à un cliffhanger efficace, mais malheureusement très convenu. Anna Stephens a conduit son intrigue jusqu’au point de « l’apparente défaite » comme le documente John Truby dans L’Anatomie du Scénario. Le procédé est efficace, il a fait et fait encore les belles heures des histoires feuilletonnesques, tous médias confondus. Le roman se clôture sur l’instant où tous les héros se trouvent dans une fâcheuse posture, à cheval entre la vie et la mort, pour certains.

Si l’on peut reprocher cette conclusion assez classique, ce serait oublier la grande qualité de ce roman : les personnages. C’est par eux que l’intrigue respire et surtout que le charme s’opère. Anna Stephens propose une galerie de protagonistes tous plus charismatiques et attachants les uns que les autres. En premier lieu : Dom, le devin dévoré par ses démons et Rillirin, l’ancienne esclave qui apprend à ne plus baisser la tête. Ce sont deux exemples particuliers, mais le reste du casting ne déparait pas : Crys, Tara Mace, Gilda… tous possèdent leur propre voix, leur propre destin. De l’autre côté du spectre, les antagonistes et leurs dieux sont tout aussi bien travaillés. On s’amuse à haïr ces êtres de papier.

Contrairement au Trône de Fer de George R.R. Martin où la frontière entre le bien et le mal est plutôt fine, dans Godblind les espaces sont bien délimités. Une fois que la place de chacun des personnages est définie sur l’échiquier, nous savons qui sont les bons et qui sont les vilains. Schématiquement les fidèles aux dieux de la lumière sont les gentils, les adorateurs des dieux rouges, les méchants. Si le manichéisme est appuyé, on ne peut reprocher ce parti pris à l’autrice, car il est l’un des moteurs de son récit.

Godblind s’adresse au lecteur friand de romans de dark fantasy efficaces. Son histoire se trouve à cheval entre les intrigues politiques à la Game of Thrones et la furia guerrière que l’on trouve souvent dans l’œuvre de Gemmel. Le charme de ce roman repose avant tout sur des personnages forts et attachants, dont on aime suivre les destins de page en page. La fin les laisse d’ailleurs dans une telle situation qu’il nous tarde de découvrir la suite.

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